Penses-tu que ce nouvel album est plus ambitieux que le précédent ?
Ryan O'Keeffe (batterie) : Plus ambitieux, je ne sais pas. Mais il est définitivement plus dynamique. Quand nous avons voulu aller plus rapide, nous avons été plus vite que sur Runnin' Wild. Idem pour les chansons plus lentes. No Guts. No Glory. est donc plus travaillé, plus réfléchi que le précédent. Les titres sont sans doute aussi plus variés, ce qui donne justement cette dynamique qui lui est propre.On a beaucoup tournée entre les deux disques, c'est cette expérience qu'on trouve sur ce disque.
C'est quoi une bonne chanson selon toi ?
Hum… C'est une chanson que tu as écouté quand tu étais jeune et dont tu te souviendras toute ta vie. Peu importe que tu l'écoutes souvent ou que tu as oublié son existence. Quand tu retombes dessus des années plus tard, ça ne fais ni une ni deux, tu retrouves la mélodie, les textes. Tu la connais comme par cœur, peu importe le délai qui est passé. Une bonne chanson, c'est celle qui te fait sourire de joie quand tu l'entends. Je crois d'ailleurs qu'il y a eu des expériences sur la perte de mémoire qui se basaient justement sur des chansons. Ça consistait à prendre des personnes qui ne se souvenaient même plus de leur nom ou de qui il était, et à leur faire écouter des chansons qu'ils étaient censés, d'après leurs proches, avoir aimé. Souvent, ils se rappelaient de leur chanson. Et à partir de là, le travail sur la mémoire pouvait commencer à évoluer. Je trouve que c'est une bonne démonstration du pouvoir de la musique sur nous. Et de ce que peut être une bonne chanson.
Est-ce qu'une bonne chanson est une chanson qui va forcément avoir du succès ?
Comme de se classer dans les Charts ? Je ne sais pas. Il y a des groupes qui n'ont jamais été classé dans les charts et qui ont fait de chansons mortelles. Pour certains groupes, c'est un objectif que d'être classer dans les charts, il ne cherchent même que ça. Et pour d'autres, ce n'est pas leur motivation première, ils veulent juste faire de la musique. Qu'importe si celle-ci aura du succès ou pas.
Et pour démarrer un groupe, à ton avis, qu'est-ce qui est le plus important, le talent ou la passion ?
(immédiatement) La passion. Le talent vient avec l'expérience. La passion ne s'achète pas. Par ailleurs, tu ne peux pas faire semblant d'être passionné. La passion est un moteur incroyable qui, bien sûr, a besoin d'être nourri en permanence, mais qui reste toujours présent en toi. C'est ta passion qui te fais avancer. Si tu es passionné par quelque chose, peu importe que ce soit la musique ou autre chose, si tu travailles dur pour cette passion, tu l'entretiens, tu deviens meilleur, tu deviens incollable, tu acquières de l'expérience, et donc du talent qui te permettra de faire ce que tu veux faire.

Bon nombre de vos chansons ont été utilisées dans des jeux vidéos, et pas forcément des jeux estampillés rock comme Guitar Hero… En quoi ça a aidé le groupe ?
Aujourd'hui, les jeux vidéos sont devenu l'équivalent des radios. Etre sur une la bande son d'un jeu vidéo, c'est avoir la chance d'être diffusé en radio… mais sur une radio qui diffuserait ses ondes mondialement. Bon, tu as besoin d'être chez toi pour jouer à un jeu vidéo, alors que tu peux écouter la radio en radio, au boulot, etc… mais la portée des jeux vidéo est mondiale. Si un morceau est associé à une étape d'un jeu, peu importe lequel, plus tu joues sur cette partie, plus tu écoutes le titre… Même s'il n'est diffusé qu'une seule fois, c'est quand même une opportunité incroyable. Si as tu apprécier le titre, tu peux approfondir et découvrir un monde (un groupe, un style, un univers) que tu ne connaissais pas. Je me souviens d'avoir découvert une chanson sur un jeu vidéo lorsque j'étais plus jeune, c'était "Paranoid", de Black Sabbath, une version live avec Zakk Wylde à la guitare quand il jouait avec Ozzy Osbourne. A cette époque, mon frère et moi, on ne savait même pas que c'était une version live de ce morceau, on l'a su après en achetant le DVD.
Apparaître sur ces jeux vidéo a-t-il boosté votre carrière ?
C'est quelque chose qui a sans doute précipité les choses, oui. Mais il y a d'autres choses. Airbourne a bénéficié effectivement de cette exposition sur les jeux vidéos, ce qui a permit à amener plus de gens à nos concerts. Mais je pense que les concerts ont aussi beaucoup joué en notre faveur. Le bouche à oreille à beaucoup fontionné. Les gens ont aimer l'énergie de nos concerts, ils en ont parler autour d'eux, ont rameuter leurs amis aux dates suivantes… Les demandes de concerts ont été très nombreuses, partout en Europe et ailleurs… Du coup, on a presque passé deux ans sur les routes. Ce qui est beaucoup, mais on se sent vairement chanceux de cet enthousiasme.
Vous avez joué autant en Europe qu'Etats-Unis. En tant que groupe australien, vous voyez vraiment une différence entre les deux continents ?
En Europe, les distances sont plus courtes. Tu peux aller d'un pays à l'autre sans passer ton temps dans le van. En plus, c'est plus intéressant, parce que d'un pays à l'autre, tu es exposé à des gens différents, des cultures différentes, des langues différentes… la nourriture est différente — la France est cool pour cela, la nourriture est vraiment classe, sans oublier le vin ! —, c'est donc plus fun que tourner aux Etats-Unis où c'est énormément de route pour aller d'une date à l'autre, de longues heures passées à attendre dans le van, à regarder par la fenêtre. Je crois que c'est ça la principale différence. Après pour les concerts, c'est un peu peu partout pareil…
Ça vous arrive de composer quand vous êtes dans le van ?
Parfois. On a passé presque deux ans en tournée, donc a eu le temps de réfléchir à ce qu'on voulait faire pour No Guts. No Glory. On avait emmagasiné pas mal d'idées, d'histoires, des lignes mélodiques…bref, on avait pas mal d'ébauches et d'idées… Après on trie, on sélectionne ce que vous avons besoin. Sans stress. Ensuite, dès qu'on passe en mode composition ou en pré-production, on travaille vite, c'est à ce moment-là qu'on décide de ce qui apparaîtra sur le disque : le choix des chansons les plus fortes, celles qui se retiennent le mieux.
Vous avez été introduit comme les "nouveaux AC/DC". Mais vous, à quel(s) groupe(s) vous vous compareriez ?
On nous a comparé aux groupes australiens de la même période d'AC/DC, les Rose Tattoo, Angel City (ou The Angels), Billy Thorpe & the Aztecs — tous ces groupes qui jouent un rock'n'roll simple et énergique dont le style peut se résumer en une seule chanson. Mais c'est effectivement comme ça que nous voulions sonner, quelque chose de simple, mais d'immédiatement percutant. Nous, on a toujours vu notre style comme un mix du son australien et de Motörhead. Cependant, l'une de nos grandes influences est un groupe qui s'appelle The Poor. Ils ont tournée avec AC/DC aux débuts des années 90. Ils ont un album qui s'intitulé Who Cares, un disque qu'on a énormément écouté dans le van. C'est une très grosse influence pour nous. Ils ne sont pas aussi connu que Rose Tattoo, ils n'ont pas pas la même portée international que AC/DC, mais pour nous c'est définitivement l'une de nos influences marquantes. Ils viennent de réapparaître avec un nouvel album. (Le batteur initial, il n'est plus dans le groupe, de The Poor est James Young, le neveu de Angus et Malcom Young de qui vous savez — ndr)
Tu considères Airbourne comme un groupe de metal ou de rock'n'roll ?
Un peu des deux. On dépense beaucoup d'énergie sur scène, mais on symbolise des personnages très rock'n'roll, très old school dans l'imagerie. Pour moi, la définition du metal, c'est le vieux Metallica (rires). Le meilleure définition que je puisse donner à la musique d'Airbourne, c'est" "kick ass rock'n'roll" ! C'est une nouvelle catégorie qu'il faut ajouter dans les dictionnaires du rock (rires) ! Hum, peut-être que non, sinon, il va falloir en ajouter tous les jours (rires) !
Pour finir, as-tu des groupes australiens à nous conseiller, des groupes pas connus ?
The Poor, donc. Il viennent juste de sortir un nouvel album intitulé Round 1, mais mon album préféré du groupe reste Who Cares. C'est une grosse tuerie. Il y a aussi Hell City Glamours de Sydney qui combine le son des Stones et Hanoi Rocks. C'est un groupe qu'on aimerait bien amener en tournée avec eux. Il le mérite et ça serait très fun de partager des dates pour nous.
Propos recueillis par Frank Frejnik
Bonus : les détails de la pochette de No Guts, No Glory expliqués par Ryan O'Keeffe.

La pochette : On a eu l'idée de base de la pochette lorsqu'on était encore sur la route. L'idée, c'était que la pochette devait être similaire à une affiche de film d'action. Sur ce genre d'affiche, le visuel reflète le film. Ici le principe est le même. Le logo apparaît en haut comme le titre d'un film, les acteurs sont les membres du groupe, et autour d'eux il y a les scènes clés du film qui sont chez nous des illustrations de certaines chansons du disque ("Raise The Flag", "Steel Town", "Bad Blondes Girls")… Il y a quelques clins d'œil aussi… comme Lemmy qui conduit le camion…On voulait se donner une allure de personnages de fiction. On aime beaucoup cette pochette !
No Guts. No Glory : Tous les titres de cet album sont basé sur des thèmes forts ou des choses très personnelles. Et ce slogan était le meilleur pour décrire cet ensemble de chansons comme un tout, compact et indissociable. C'est aussi le meilleur des slogans pour définir le groupe lui-même. C'est un bon slogan pour nous au stade de notre carrière.
"Raise The Flag" : C'est un drapeau qu'on appelle Eureka Stockade en Australie. Dans les années 1850, au début de l'Australie, des mineurs sont venus de tous les pays pour participer à la ruée vers l'or. A un moment, la police a décidé d'instaurer un impôt pour contrôler tout ce joli monde. Les mineurs se sont alors dit : "Quoi ? on va devoir payer un droit pour creuser nos propres concessions ?" Ce drapeau, c'est celui que les mineurs ont créer pour symboliser leur révolte. Ils ont combattu pour leurs droits et pour ce qu'ils pensaient être juste pour eux et leurs familles. J'aime ce drapeau parce qu'il représente une révolte. Nous avons souvent utilisé ce drapeau dans notre logo ou en fond de scène en y rajoutant le crâne, parce que dans un certain sens il nous représente. Un de mes grand grand grand grand parents, il y a très longtemps, faisait certainement partie de ces mineurs.
"White Line Fever" : La chanson "White Line Fever" parle de, je ne veux pas non plus tout dévoiler, mais cela parle de déplacer une certaine substance à travers les frontières. D'où l'action : les hélicoptères au dessus du camion, le camion qui défonce la barrière… Cette chanson est en référence à ce produit. Je ne révélerai pas ce que ce produit est. Si ce n'est que Le camion le transporte à l’insu des autorités.
"Steel Town" : Les ouvriers, l'usine, on voulait célébrer la working class, un truc important pour nous. Bon, si on regarde bien, on voit aussi une Mustang garée devant l'usine, ce qui n'est pas très "working class" (rires). En fait, "Steel Town" rejoint la thématique du titre de l'album No Guts. For Glory. et du single "No Way But The Hard Way". Ils correspondent à la notion de faire son travail, de le faire bien, de travailler dur pour obtenir ce que tu désires. C'est quelque chose de très implanté d'où nous venons. Ce thème est une des dynamiques de l'album. Ce n'est peu-être pas très rock'n'roll, en tout cas ce n'est pas un cliché rock'n'roll, mais c'est quelque chose qui compte pour nous.
"Blondes Bad And Beautiful" : Ça n'a rien à voir avec un truc sexiste ou péjoratif sur les filles rencontrées en tournée, comme on pourrait le penser. C'est même tout le contraire. C'est plus un compliment sexy envers les filles les plus dingues qui viennent à nos concerts. La fille de la pochette représente toute les filles qui viennent s'amuser aux concerts de rock et qui se foutent des règles que la société peut parfois leur imposer.










