Outre la diversité musicale de la compile et la tentative de répondre à la question que soulève le titre, l'autre grand intérêt de La France Dort ?, c'est son quota d'inédits : presque 95 %, ce qui est plutôt cool (le reste étant des versions live — comme le "Cargo" de Tagada Jones — ou des versions remasterisées — "La France Dort" de OTH). Vu les participants (40 groupes), ça en fait de la découverte ! Le punk rock se taille la part belle de la compile (Guerilla Poubelle, Out Of School Activities, Pretty Johnny, The Hop La, Parabellum — version live du "Dernier Trocson" —, Diego Pallavas pour ne citer qu'eux), mais le hardcore (Korttex), l'alterno (Les Vilains Clowns, Bob's Not Dead, Stygmate) ne sont pas en reste. Idem pour des genres moins représentés mais tout aussi retentissants : le tzigano-punk de Jabul Gorba ; le metal de Leituss et de Syn (ces derniers ayant sans doute le son le plus massif de la compile) ; le ska hybride version Goulamas'k ; le rap de Zob' (présent deux fois, une fois sur chaque disque) ; l'électro de Moshpit ; et bien sûr, du rock'n'roll à foison avec Paradis Minuit, Jungle Fever, Space Jahourt et Brassen's Not Dead. Et si la grande majorité des groupes s'expriment en français, quelques-uns (Burning Heads, Spermicide, Banane Metalik et Hippycore) hurlent en anglais. Musicalement variée, La France Dort ? l'est aussi dans les sujets qu'elle aborde. La France Dort ?, ce n'est pas seulement un cri d'alarme pour dénoncer que la culture rock est bafouée dans l'Hexagone (de moins en moins de lieux pour jouer, par exemple), c'est aussi une tribune pour montrer que le pays se "sarkozise" dangereusement : la politique sur l'immigration (nouvelle version de "Fièvre de L'Exil" de La Phaze), manque de liberté ("Main Basse" de Chepa, "La Crise" de Lufo), égalité ("A Qui Cela Profite" de Marcel et Son Orchestre — véritablement rock'n'roll sur ce coup-là, les Marcel), censure ("Les années Passent" de Kiemsa), le racisme latent (le vrombissant "Tricolore" de Lofofora), les abus financiers (Sidilarsen et ses "Parachutistes"), la religion ("Eureka" de Scorch), etc… On pourra d'ailleurs résumer tout cela par une cette strophe extrait du titre de Jneb Band ("Division démultipliée") : "La France Dort, elle ronfle à poings fermés, elle a tort, elle devrait les lever". Le fun n'est pourtant pas absent, comme toujours chez les Skalopardz, avec des sujets plus frivoles ("Je Suis Un Highlander" de Blurp), un Didier Super intervenant à chaque début de CD (sur le titre de Toxic Waste par exemple), ou des interludes drôles et cyniques (Les Guignols de L'info, extraits de films). Ça en fait des choses, hein ? Ils sont comme ça les Skalopardz. Ils n'ont pas beaucoup de moyens, mais ils ont grand cœur. — Pépito Ramirez
www.myspace.com/skalomarcow
Compilation
(Skalopards Prod'z / Mosai Music)
Projet de longue haleine, cette double compilation CD tient ses promesses : une grande partie de la scène hexagonale indépendante et underground rassemblée (des têtes d'affiche et des groupes moins connus) est représenté, un tracklisting varié (de rock au hardcore, en passant par l'électro et le festif), 95 % d'inédits, des sujets qui fâchent, de l'humour qui tâche… Alors, est-ce que la France dort ? Une partie, seulement.








