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Posté le Mardi, 07 Septembre 2010

Ieper Fest 2010

live report Ieper fest 2010

Pour la première fois depuis longtemps, le festival belge (à 20 minutes de la frontière) se déroulait à la mi-août au lieu de la fin du mois. Etait-ce une intention pour choper plus de têtes d'affiche ou simplement pour éviter qu'il ne pleuve pas (trop) ? Peu importe. L'affiche était très convaincante avec des noms comme Converge, Kylesa, Black Dalhia Murder, 7 Seconds, Agnostic Front, Raised Fist, Madball, Trash Talk, Breakdown, All Out War, Dying Fetus, Voivod, etc… Et du côté du temps, on a eu du soleil, des averses et du vent. Bref, comme chaque édition du Ieper, les trois éléments sacrés étaient présents : la musique live, la pluie et la bière. En guise de report, voilà plutôt un point sur les groupes qui nous ont vraiment impressionné lors de ces trois jours.


*** vendredi 13/08 ***

16h30 - SSS
Il est plutôt rare de voir le groupe anglais en concert. Non… en fait, il ne vient pas souvent jouer en France, c'est tout. Alors sa présence en terre belge est la première sensation du Ieper fest 2010. C'est donc sous la tente du Marquee que les fans de thrashcore se massent. Et là, ça ne fait pas dans la demi-mesure, on prend la rigueur du metal et l'énergie du hardcore, un peu comme les premiers groupes crossover des 80's, Corrosion Of Conformity et D.R.I. aux Etats-Unis ou, plus proche — géographiquement parlant — de SSS, des groupes comme Heresy, Concrete Sox ou Ripcord. On mélange et on sert chaud. Punaise, ça joue vite. Très vite. C'est agressif à souhait. Les titres sont courts, flamboyants et puissants. Dommage que le soundier n'ait pas réussi à régler sa console correctement (pas assez de basses), le set de SSS en aurait été encore plus fracassant. En tout cas, voilà une bonne entrée en matière pour démarrer le festoche (ouais, on vient d'arriver !)

20h20 - 7 Seconds
Bon, d'accord, ce n'est peut être pas une prestation de 7 Seconds qui restera dans les annales. Les darons du hardcore de Skeeno commencent à vieillir et à s'empâter. Bah, logique, non ? L'année prochaine, ça fera tout de même 30 ans que les gonzes arpentent la scène internationale. On verra où vous en serez, vous, dans 30 ans !! Donc, on pardonne ce concert un peu "mou". Encore que. Les conditions climatiques n'ont pas forcément aidé à apprécier 7 Seconds, la pluie s'étant invité au trois quart du set. Il n'empêche. Même devant une formation un peu relâchée, des nuages qui vous pissent dessus, le set de 7 Seconds fût revigorant. Tu sais pourquoi ? Parce qu'avant la bande de Kevin Seconds, il y a eu pas mal de metalcore (Annotations Of An Autopsy) ou de hardcore moderne (Cruel Hand, Strenght For A Reason), et comme il va y en avoir encore après (Agnostic Front, Next Step Up), on est acquis à la cause de ce hardcore simple, proche du punk rock, clair et précis. Et puis, merde, il y a les tubes du groupe. Et les reprises ! Ce soir-là, presque au coude à coude, on a pu savourer "If The Kids" de Sham 69 et "99 Red Balloons" (version anglaise du tube de Nena). Respect !

21h00 - Vitamin X
Derrière 7 Seconds, le groupe hollandais a l'air bien plus vif. Et hargneux. De toute façon, on n'attend pas moins de lui. Ce sera furibard au possible, un grand moment de hardcore (tu as dit thrashcore ? ouais, bon ok, si tu veux) durant lequel on a du mal à rester figer. D'ailleurs, dans la fosse, on se rend compte que la plupart de ceux qui portent une casquette "Wasted" ou "Suicidal" sont présents. Ça slame à tout vent. Ça moshe plus que de raisons. Ça hurle les refrains (pour ceux qui les connaissent), ça lève le poing (pour ceux qui ne connaissent pas les refrains), ça se bouscule énergiquement, c'est la teuf !! Vitamin X reste l'un des groupes européens les plus rapides du circuit : avec lui, il suffit souvent d'une seule chanson pour transformer une salle endormie en un asile d'aliénés ! Thrash(core) 'til death !

*** Samedi 14/08 ***

Ufomammut Ieper Fest 2010

14h10 - UfoMammut (photo ci-dessus)
Pour bien démarrer cette nouvelle journée (on a laissé passer les groupes du matin pour s'offrir un petit déj peinard en ville — la ville est de Ieper est fort jolie), rien de mieux que le trio italien : 1/ parce qu'il est aux antipodes de la spécialité du festival (le hardocre et ses dérivés), 2/ parce qu'avec lui, on est certain d'être réveillé. La vache !! Ufomammut a adapté son set au IeperFest, délaissant son dernier album Eve (plus aérien, plus progressif, même si ces termes ne signifient pas forcément grand chose dans les amplis du trio) pour des morcifs de ses précédents albums. On a donc droit à un doom/stoner d'une lourdeur manifeste où la rythmique est aussi pesante que les riffs sont tranchants. C'est à la fois hypnotique et remuant, vivifiant et agressif. Surtout que contrairement au vendredi, le son sous le chapiteau est enfin digne des groupes qui s'y produisent. Ufomammut bénéficie donc des meilleures conditions pour convaincre le public. Et vu comment ce dernier a réagi, on se dit qu'on est pas seul à avoir envie de voir plus de groupes de ce acabit au Ieper.

15h10 - Black Heart Rebellion (photo ci-dessous)
Je reste toujours émerveillé par la bonne tenue des groupes belges. Que dis-je, bonne tenue… plutôt leur incroyable prestance ! A chaque fois que j'en découvre un nouveau, en général sur scène, c'est toujours la surprise, pour ne pas dire le coup de foudre. Black Heart Rebellion ne déroge pas à la règle avec un style qui se résumerait "facilement" par un "Amen Ra en version indie rock". Le combo belge compose de savoureuses déflagrations post hardcore autant inspirées par Amanda Woodward que Cult Of Luna. C'est à dire que c'est aussi dense et touchant que sombre et énergisant. En plein après-midi metalcore (Confronto, Bitter End, As We Fight, Rafflesia, Born From Pain, Cataract sont programmés à la suite), le set du combo belge aura été une vraie bénédiction !

The Black Heart Rebellion Ieper 2010

16h10 - Aussitôt Mort
Seul groupe français, Aussitôt Mort a fait de son mieux pour représenter la scène hexagonale. Mieux, ses trois quart d'heure auront été parmi les plus appréciés de cette seconde journée. Il faut dire que le groupe de Caen possède les attributs pour en découdre avec la triste réputation des groupes français (ne sort-il pas ses disques sur le label Level Plane connu pour ses bons goûts ?) : un son brut et compact, une présence scénique obsédante, des chansons intenses et remarquablement orchestrées, une rage sincère, etc. Ça te noue les tripes, ça te chopes les entrailles, ça capte ton esprit pour ne jamais lâcher prise, et ce jusqu'à la dernière note jouée et le salut final. Classe. Très classe.

16h40 - Ruiner (photo ci-dessous)
Tout de suite après Aussitôt Mort, on enchaîne avec Ruiner. Si le mot ne voulait pas déjà dire quelque chose, on aurait volontiers proposé "Colère" pour illustrer, dans notre langage, ce que nous fait penser le groupe américain. Bon sang, quelle haine, quelle fureur, quelle rage ! Autant les quatre musiciens demeurent relativement impassibles (bien qu'ils contribuent à structurer cette énergie "négative"), autant le chanteur rouquin exulte la colère. Des frontmen comme lui, on en voit peu… je veux dire, des mecs qui ne semblent pas jouer un jeu pour "faire comme les autres". Ce Rob Sullivan est une teigne, un casse-cou (pieds nus sur l'avant scène pleine de boue, voilà un risque que certains n'auraient pas pris), mais aussi un vocaliste sérieux qui ne lâche pas si facilement son micro. Le concert de Ruiner, le tout dernier en Europe puisque le groupe a décidé de splitter après quelques dates aux States, était similaire "as if millions of voices suddenly cried out in terror and were suddenly silenced" (citation de Obi Wan Kenobi, piquée sur le Myspace du groupe, et c'est putain de vrai !)

Ruiner Ieper Fest 2010

19h40 - Reproach
Vingt minutes. Tout juste 20 putain de minutes. Voilà ce qu'à duré le set de Reproach. Mais punaise, quelle décharge ! Quelle coup de pied au cul ! J'en ai encore les fesses toutes rouges ! Pour ceux qui ne sont pas habitués au style du groupe belge… c'est comme si tous les groupes les plus violents des 80's s'est réincarnés en un seul. Infest, DRI, Crossed Out, Negative Approach, etc. parlent tous à travers Reproach. Pas besoin de vous faire un dessin : ça va très très vite (à la limite du déraillement), ça joue fort, ça hurle à la mort, c'est intense et c'est exutoire au possible. Que tu sois sur scène ou dans la fosse.

23h15 - Madball
On peut difficilement être déçu par Madball. Que tu aimes le old school, le new school, le NYHC, le metalcore ou je ne sais quelle déclinaison du hardcore, Madball reste un spectacle unique sur scène. Dès l'intro de Terminator (que cette référence lui va bien !!), le quatuor engage les hostilités de la manière la plus offensive possible : gros son de façade, pilonnage en règle par la rythmique de La Hoya (basse) et de Jay Weinberg (batterie), les riffs acérés (oh putain, ces riffs de killer) de Mitts, et le flow de Freddy Cricien. Sa voix accroche l'oreille, mais c'est aussi son physique, sa gestuelle, son énergie, etc. qui fait que Madball est un spectacle unique. C'est une alchimie. Alchimie de rage. Alchimie d'influences (hardcore, punk, oi, metal). Alchimie de sentiments ou plutôt de ressentiments. Ce soir là dans la nuit fraîche, Madball a consolidé son Empire (titre de son prochain album).

*** dimanche 15/08 ***

Gaza Ieper Fest 2010

12h40 - Gaza (photo ci-dessus)
Grosse surprise. Peut-être la plus grosse surprise de cette édition 2010 ! Le groupe accompagne Converge et Kylesa sur leur tournée commune. On imagine que les deux têtes d'affiche n'ont pas choisi n'importe qui pour assurer le tour de chauffe de leurs concerts. Et Gaza est assurément le bon élève pour cela. Même s'il n'est pas typé clairement hardcore ou metal, ce groupe originaire de Salt Lake City se place dans la musique brute et violente en mélangeant un rock noise intrépide à la Jesus Lizard et un hardcore furibard d'un Converge (c'est tout ce que j'ai trouvé pour définir le style dévergondé du groupe). Le résultat est d'une audace incroyable, un mélange de bruit et de fureur qui fait tournoyer les têtes et bouger les jambes… Sur scène, Gaza est aussi une tornade qui électrise, effraie, excite. On n'a pas vu pareil groupe depuis longtemps. Un groupe qui fait autant peur qu'il émoustille. Un groupe qu'on a envie de suivre là où il nous dira d'aller, même si c'est pour faire des choses défendues. Putain, merde, les gars… Gaza, c'est le groupe à découvrir de suite !

16h40 - Knut (photo ci-dessous)
Ça faisait une paire d'année que j'avais pas vu Knut. Malgré cela, je suis heureux de voir que le groupe suisse n'a pas changé. Enfin si, il a changé. Il est devenu une machine infernale. Un groupe noisecore puissant et massif qui tient la dragée haute aux groupes US qu'il accompagnait en première partie il y a encore quelques années. Aujourd'hui, il n'y a plus de différences (il n'y en avait pas beaucoup auparavant, il est vrai). Knut joue d'égal à égal avec les cadors de chez Hydra Head (label chez qui les Helvétiques sortent désormais leurs disques aux Etats-Unis, un signe !). Grosse puissance de feu, un batteur exceptionnel (je n'aimerais pas être réincarné dans l'une de ses cymbales), deux guitaristes omniprésents, un chanteur discret scéniquement mais assidu quand il s'agit de relancer la machine, un bassiste au jeu martial… Quand Knut joue, le public dérouille. Quand Knut quitte la scène, le public en redemande malgré tout.

Knut Ieper Fest 2010

17h15 - Kylesa
Le groupe de Savannah connaît en ce moment une certaine notoriété en Europe, tant et si bien qu'il n'arrête pas de sillonner les routes du vieux continent. Tant mieux, ça donne l'occasion à tout le monde de le voir… et plus encore à ceux qui n'ont pu apprécier le groupe en formation complète (avec les deux batteries) comme ce fût le cas lors du Hellfest. Ici, Kylesa est au complet. Et même si son metal, de plus en plus proche d'un hard rock psychédélique, fait un peu figure d'étrangeté au Ieper Fest, il est fort attendu. Son transfuge de la Mstage Marquee à la Main Stage, dû à un retard de Trash Talk, est une chance de profiter pleinement de son jeu grâce à une visibilité augmentée. Les tough guys se restaurent (ils ont beaucoup donné sur Breakdown et 50 Lions) ou vont flamber sous la tente du merch, ce qui laissent les quelques chevelus et headbangeurs de service s'en donner à cœur joie sur les morceaux écrasants du combo. Il y a même une éclaircie durant le set. Cool, même Dieu aime Kylesa !

20h20 - Amen Ra
Malgré qu'il soit un des grands habitués du festival, Amen Ra attire toujours autant de monde. Voire même de plus en plus, sa notoriété montant d'un cran d'année en année. En plein enregistrement de son nouvel album, le groupe de Gent a bien voulu prendre un week-end de pause pour donner ce concert exceptionnel. Pour ma part, j'aurais bien aimer qu'il s'agisse d'une autre représentation de ses sets acoustiques qu'il a donné précédemment, mais j'imagine que cela aurait fait mauvais genre dans un festoche comme le Ieper où tout le monde ne porte que des t-shirts guerriers et affiche un amour pour la musique extrême. Donc, Amen Ra a donné un concert "classique", c'est à dire à fort volume, agressif au possible et dans une pénombre qui augmente la noirceur de sa musique.

Trash Talk
Arrivé à la bourre, Trash Talk a raté son créneau et il est trop tard pour lui en aménager un (ce troisième jour doit s'arrêter à 22 H). Néanmoins, Converge lui laisse un peu de son temps. Ainsi, lorsqu'on sort du concert d'Amen Ra, Trash Talk est en train de jouer sur la scène en plein air. Un rapide coup d'œil prouve que beaucoup était venu pour le voir : sur la scène, c'est blindé de fans (ça se passe comme ça au Ieper) et dans la fosse, c'est la folie des grands soirs. Il faut dire que Trash Talk n'a pas beaucoup de temps, donc il joue le plus furieusement possible, et sa rage est communicative. Durant ce set, difficile de dire qui était les plus dingues, le groupe ou le public.

A peine quelques minutes après le dernier titre de Trash Talk, Converge entre en scène. En fait, il n'y a pratiquement pas de temps mort. C'est assez cool à voir. C'est lorsque des imprévus interviennent que se déroulent les meilleurs moments de concerts. Donc après la tempête Trash Talk, l'orage Converge se met en branle. C'est que lui aussi n'a plus beaucoup de temps de jeu, vu qu'il en a lâché à son homologue américain. Qu'à cela ne tienne, ce sera un show comme seul Converge est capable d'en livrer : intense, sauvage, violent, physique et terriblement visuel. D'ailleurs, la question est de nouveau posée : comment parviennent-ils à bouger de manière si convulsive et être au diapason musical ? C'est irréel. Voir Converge est toujours un spectacle grandiose, et ce final du Ieper 2010 n'aura pas dénoté de l'esprit qui anime le groupe depuis ses débuts. Great show, guys, great show, comme disent les Ricains !


— Snake Plisken


Bonus :
Le van que TOUS les festivaliers rêvent d'avoir. Celui que TOUT le monde a pris en photo !!

Van Descendents Ieper Fest 2010