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Posté le Mercredi, 29 Juin 2011

Hellfest 2011 - le report d'Addictif

Alors ce Hellfest, il était cool ? Ça n'a pas trop été "le vietnam" à cause de la pluie ? Qu'est-ce que t'as vu de bien ? Qu'est-ce que t'as vu de pas bien ? Les vieux groupes (Judas Priest, Ozzy, UFO, Scorpions, Coroner, Bad Brains) ont-ils assuré ? On se calme. On reprend son souffle. L'envoyé spécial d'Addictif, Pépito Ramirez, raconte son Hellfest et nous dit ce qu'il a aimé et ce qu'il n'a pas aimé dans cette édition 2011.


Le Hellfest 2011 se voulait plus que jamais éclectique. "L'éclectisme est donc définitivement le maître mot du festival pour le bonheur du plus grand nombre et peut-être au grand dam des plus sectaires dont peut-être certains festivaliers du début", clame l'équipe de Hellfest Productions dans le programme officiel. Tout dépend comment on comprend le mot "éclectisme", mais nul besoin d'être sectaire pour penser que des groupes comme Scorpions ou UFO n'ont pas grand chose à foutre à l'affiche d'un festival de musique extrême. Enfin bon, ne jouons pas les pénibles, l'affiche de ce Hellfest comportait, comme les éditions passées, son lot de surprises, d'événements et de frissons.

Le site n'a pas changé depuis l'an dernier (ça sera pour 2012), mais dès le premier jour, on a pu se rendre compte d'une chose : il y avait beaucoup plus de monde. On était prévenu par la campagne de pub "sold out" quelques jours auparavant, mais sur place, c'est nettement plus éloquent : les files d'attente pour tirer du pnouf (1 seul guichet) sont interminables, même sort pour aller aux WC ou acheter des jetons. Autre preuve que le Hellfest est victime de son succès : le merch officiel est dévalisé dès le vendredi (certains produits étaient sold out avant le coucher du soleil). Autre point noir, l'accès aux concerts, notamment ceux de la Terrorizer tent (la plus petite) — par exemple pour Eyehategod, Electric Wizard ou Melvins, est plus que difficile. Ceux qui n'ont pas anticipé l'heure de passage de leur groupe favori, ou ceux qui voulait "juste" découvrir un groupe, en étaient voués à rester "dehors". Pour le reste, l'infrastructure, les bénévoles et l'organisation demeurent toujours très professionnels, et ça, c'est cool. Même les patrouilles de gendarmes dans l'enceinte du festival sont plutôt discrètes et cordiales. A moins que ça n'était des métalleux déguisés (après tout, il y avait bien La Denrée (de la Soupe aux Choux), Mario (© Nintendo) et deux ou trois Vikings).

> Jeudi 16/06
Pour les "die hard", le Hellfest commence dès le jeudi avec le warm up à la programmation 100 % française qui se cale sur l'éclectisme de l'affiche générale. Soit huit groupes retraçant la grande famille du metal, du stoner instrumental de Öfö Am au thrash de Embryonic Cells, en passant par le hard rock de Zoe. Pour ma part, j'ai retenu deux superbes représentations live. Les autres n'étaient pas forcément mauvaises, je n'étais tout simplement pas attentif à leur suée scénique, trop pris j'étais à goûter le Muscadet spécial Hellfest ou à discuter de la vie en général avec les différents Turbojugend (*) présents.

Öfö Am. Pas facile de se retrouver en première ligne pour ouvrir les festivités. Surtout si c'est au Metal Corner, le chapiteau situé dans le camping. Encore plus si c'est un jour avant la "vraie" ouverture des portes de l'Enfer. Pourtant, le trio montpelliérain y est allé sans stress et sans se poser de questions. En fait, il a fait comme il fait à chaque fois : donner le meilleur de lui-même. Öfö Am, c'est du stoner racé et brusque à la fois, des instrumentaux qui savent jouer entre complexité et colère, subtilité et méchanceté. Bref, ça avoine sévère quand ça doit avoiner, et ça temporise quand ça doit temporiser. C'est paraît bête à dire comme ça, mais dans la pratique, le groupe montre un savoir-faire digne des grands. Certains y voient du Karma To Burn (ce qui n'est pas tout à fait faux, il est vrai), d'autres un esprit "Desert Rock" que bien peu en France ont su approcher d'aussi près. Premier groupe à jouer de l'édition 2011, Öfö Am a porté chance à la suite du Hellfest.  

Les Saboteurs. Chapitre nantais des iconoclastes Turbojugend, Les Saboteurs sont bien plus qu'un simple groupe jouant des reprises de Turbonegro, ils SONT Turbonegro ! D'ailleurs, depuis le stand by forcé du groupe norvégien suite au départ de son chanteur, on ne leur connaît pas de rival sérieux. Le set du quintet, habillé en denim et attifés de tous les accessoires nécessaires pour transformer le concert en spectacle rock'n'roll inoubliable, fût brillant et indiscutable. La première partie du set suit scrupuleusement le déroulé de Apocalypse Dudes, enchaînant les tubes et les hymnes sans une erreur. Saluons ici les deux guitaristes qui rivalisent sans peine avec Euro Boy. Les autres ne sont pas en reste, le chanteur en tête qui s'exprime comme Hank et sait bousculer le public avec des citations bien provoc. Suivent "All My Friends Are Dead", "Le Saboteur" et quelques autres tubes deathpunk. On aura même droit au "ass rocket" et aux cannons crachant des confettis. Les Saboteurs = Turbonegro circa 1998. Les Saboteurs, meilleurs que Turbonegro ?

(*) les Turbojugend étant les fan-clubs tentaculaires du groupe Turbonegro que l'on trouve partout dans le monde. Ils sont reconnaissables à leur veste en jeans patchée Turbojugend + le nom de leur ville d'origine.

> Vendredi 17/06
La journée avait bien commencé avec un set enflammé des Français de Hangman's Chair, le new metal d'Architects passe plutôt bien sur scène, Karma To Burn est un des meilleurs groupes stoner du moment, Iggy a été fidèle à lui même, mais ses Stooges étaient loin d'être fou-fou que lui, le set spécial de Mayhem donnait envie d'aller se coucher, les Japonais Maximum The Hormone ont mis le feu à la Main Stage 2, The Exploited (le plus metal des groupes punks) a aboyé ses hymnes nihilistes devant un pogo quasi continuel… Pour le reste, on retiendra cinq sets exceptionnels en ce vendredi. Voilà pourquoi.

The Dwarves (Main Stage 2, 13H00)
Le passage du groupe punk sur la grande scène était à redouter. On imaginait mal les Dwarves foutre la merde sur une aussi grande surface. On se disait même que leur style dévergondé — qui a su tant faire des étincelles durant les dates précédentes en France — allait probablement perdre en intensité en début d'après-midi. Et ben, tout faux. Les Dwarves ont assuré. Vifs, agiles, teigneux, pernicieux, expressifs, le groupe a fait ce qu'il sait faire le mieux, à savoir jouer vite et frapper fort. Enchaînant quatre ou cinq morceaux d'affilée, le groupe s'est avéré hyper sportif, nous qui les croyons alcooliques et drogués au point de n'être qu'une pâle copie de ce qu'ils ont été dans les années 90. Encore une fois, tout faux. Le groupe a joué pied au plancher pendant une demi-heure, le temps pour lui d'envoyer une vingtaine de titres dont "Astro Boy", "FEFU", "Dominator", "Backseat Of My Car", etc… Le chanteur Blag Dahlia a mis le public dans sa poche en slammant par deux fois jusqu'à ce que les bras ne le portent plus dans les derniers rangs. N'oublions pas le final durant lequel un faux HeWhoCannotBeNammed (le vrai étant retenu aux USA pour des raisons inconnues) et trois majorettes pryomanes ont rajouté un peu de piquant à un show qui, décidément, n'en manquait pas.

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Eyehategod (Terrorizer Tent, 17H05)
On est rarement déçu par Eyehategod. Forcément. Après une longue pause, le groupe se doit de ravir ses fans. Qui sont de plus en plus nombreux. Son apparition au Hellfest était très attendue. Le soundcheck se fait donc devant un chapiteau bondé. Et la dernière mise en place sonore de cette balance se fait sous les vivas du public. Dingue ! Et encore, si vous l'aviez entendu, le public, lorsque Eyehategod a vraiment démarré… Pfiou ! Les Beatles en 66, c'était rien à côté. Non, ok, j'en rajoute. Mais quand même. C'est fou de voir l'engouement autour de Eyehategod. C'est fou, oui. Mais tant mieux. Parce que le groupe le mérite. Pour une fois qu'un précurseur peut récolter les fruits de son travail de son vivant, on ne va pas faire la fine bouche. Donc, premier morceau, premier accord lent et lourd, surpuissant. Mon cœur fait "boum", ma tête fait "bang" ! Les titres s'enchaînent avec une intensité et un fracas superbes. C'est violent, bruyant, braillard, explosif… et totalement malsain. Un des points positifs de Eyehategod, c'est sa négativité non feinte. Ici, on ne joue pas les loubards, on ne singe pas des poses apprises sur Youtube… la musique qu'on joue, c'est la continuité de sa vie. Brutale, crasseuse, défaite, vile. Au milieu du set, le groupe rend hommage à Seth Putman, dont le groupe Anal Cunt a été évincé par les organisateurs du Hellfest, décédé quelques jours aparavant. En sortant de scène, EYG fait scander le public : "Melvins ! Melvins !". Sympa pour les autres groupes.

The Young Gods (Terrorizer Tent, 19H35)
L'an passé, à ce même endroit, le Hellfest s'était plutôt mal passé pour les Suisses. Après seulement deux morceaux, une coupure de courant était venu abréger le set du groupe. Reprogrammés cette année (il ne pouvait en être autrement après pareille déconvenue), les Young Gods ne semblaient nullement effrayé par un nouveau coup du sort. Ils ont appréhendé ce nouveau set comme n'importe lequel : souriants, alertes et d'une énergie communicante. Et armé d'une puissance sonore rarement atteinte sous le chapiteau sponsorisé par le magazine Terrorizer (qui pourtant a passé de sacrés sorciers du son). 2011 sera donc une année où on se rappellera du show des Young Gods, hypnotique, bruyant, violent, mais aussi dansant et frénétique. Le rock tribal des Suisses, à mi-chemin de l'industriel et de l'électro, saura faire plus que séduire les fans, il convaincra aussi les gens venus découvrir "ces papes de la scène electro-noise" à coup d'infra-basses ("Envoyé"), de guitares lourdes ("Super Sonic") ou de belles phrases ("El Magnifico"). Un concert fort en son, en intensité et en vibrations !

Morbid Angel (Main Stage 2, 22H10)
Très attendu aussi le monstre de Floride. Surtout que le bougre fait parler de lui avec le contenu de son dernier album, Illud Divinum Insanus. Mais depuis le retour de David Vincent au chant et la basse, sans oublier le renfort de deux nouvelles recrues, Morbid Angel est de nouveau en pleine possession de ses moyens. Mieux, il semble avoir retrouvé l'esprit tapageur qui le hantait à ses débuts où il a… inventé le death metal moderne. Malgré une introduction calamiteuse (deux intros se sont succédés, dont le générique de Conan) qui n'a pas eut l'effet escompté, le groupe a rassuré le fan en lui labourant les tympans avec "Immortal Rites" et "Maze of Torment". Pif, paf ! La machine death était lancé. Elle est maintenant impossible à stopper. Même les nouveaux titres ("Exito Vulgoré", "Nevermore" et le très morbide "I Am Morbid") s'intégreront idéalement dans cette course vrombissante où le chaos se mêle à la technique. "Chapel Of Ghouls" délivrera le solo de la mort. Et "God Of Emptiness", le coup fatal. Hell yeah, Morbid Angel est de retour, les anges n'ont pas bien planqués !



Melvins (Terrorizer Tent, 23H30)
Néanmoins, LE show de ce vendredi (et pourquoi pas du week-end tout entier) sera celui prodigué par les Melvins. Diantre, quelle violence ! Quelle brutalité ! Même pour les habitués du groupe américain, le choc sera rude. On attendait un bon concert, comme c'est toujours le cas avec les Melvins, on aura droit à une correction en bonne et du forme. Une tornade sonore. Un malestrom sonique. Une tsnuami de bruit et de fureur. Avec du tube melvinien à gogo ("Anaconda", "Hooch", "Honey Bucket"), du culte ("Night Goat"), de l'étrange ("The Water Glass" a cappella), de la reprise (Alice Cooper, Flipper), du riff massif (Pfiou, cette entrée en matière sur "Hung Bunny"), de la batterie (est-ce que Coady Willis, le second batteur, n'est pas en train de devenir MEILLEUR que Dale Crover ?), un son de basse à la fois groove et fracassant… Sans oublier des fans totalement fous sur le côté de la scène (Eyehategod et Down au complet complètement emballés par les Melvins). On verra même, à la fin du set, Phil Anselmo s'emparer du drum-kit de Crover pour terminer le morceau… Dingue. Complètement dingue. Le genre de concert qui te fait presque oublier tous ceux que tu as vu précédemment.

Samedi 18/06
L'armada hardcore (Deez Nuts, Your Demise, Shai Hulud, Comeback Kid, Terror, Converge) avait pris possession de la Terrorizer Tent ce jour-là. J'aurais pu me réveiller en assistant à déflagration Total Fucking Destruction (mieux qu'un tonneau de RedBull !) ou Angel Witch, j'ai préféré aller visiter Clisson. J'en ai profité pour aller voir la petite expo du photographe Christian Ravel au Café des Cordeliers (http://www.christianravelphotography.com/index.html). Et surtout prendre l'air (frais et sans grain de sable) et la température des commerçants locaux (toujours très gentils avec les hordes de métalleux internationaux, qu'on dit pourtant barbares et sanguinaires). A mon retour sur le site du festival, je me suis fadé Mekong Delta et Hammerfall. J'aurais bien aimé voir The Haunted, mais les Nordiques étaient à la bourre et ont donc été remplacés par un groupe local. Idem Pour US Bombs qui a raté son tour sous la Terrorizer Tent (ils seront calés entre deux groupes plus tard). Et si vous voulez tout savoir : Kreator a été pénible, Bad Brains a été décevant, Triptykon aussi malgré le nombre impressionant de reprises de Celtic Frost intéprétées, Thin Lizzy a ravi tout le monde, Scorpions a joué "Still Loving You" et tout le monde s'est mis à danser le slow… et UFO… heu… merde, que foutait UFO au Hellfest ?

Mes cinq concerts "top méga cool" de ce samedi étaient :

Raw Power (Terrorizer Tent, 14H40)
Ce samedi, sous la Terrorizer (décidément the place to be), tout le monde n'avait d'yeux que pour Bad Brains et DRI. Logique après tout. Les concerts du premier, initiateurs du hardcore d'après les archivistes du mouvement, sont tellement rares en France (dernier en date, 1989 à l'Elysée Montmartre ?) que sa présence au Hellfest relevait d'un événement quasi historique. Quant à la venue du second, les terribles Dirty Rotten Imbeciles, elle s'apparentait à une visite papale, tant ces messieurs ont aidé le metal et le hardcore à se rapprocher dans les années 80. Mais il y avait un troisième groupe, que l'on peut tout autant ranger dans la catégorie "pères fondateurs" ou "groupe culte", j'ai nommé Raw Power. Les Italiens demeurent parmi les tous premiers hardcoreux en Europe. Qu'ils soient programmés ici était une belle initative qu'on allait pas rater. Certes, Raw Power joue toujours un punk/hardcore classique, sorte de croisement insidieux de GBH et de Black Flag, mais les années (décennies ?) n'ont en rien entamé sa fougue et son incroyable capital santé. Un style sec comme un coup de trique, violent et radical ; des chansons frondeuses, courtes et dissuasives ; un jeu de scène puissant, sportif et volontaire. Raw Power va au charbon quoi qu'il arrive. A l'arraché. Et donc, c'était bien.

Municipal Waste (Main Stage 2, 16H15)
La musique du groupe thrash peut-elle engendrer autant de bordel dans un festival open-air que dans une petite salle ? L'esprit fun de Municipal Waste survivra-t-il à une scène aussi large qu'un paquebot ? Un peu, mon neveu. "Terror Shark", "Headbanger Face Rip", "Beer Pressure" ou "Black Prez" n'ont rien perdu de leur charme caractériel (vitesse, brutalité, énergie), pas plus que le quatuor ne manquait de prestance et de folie. "I Want To Kill The President", puis "Unleashed The Bastards" ont été accueillis par des circle pits à faire tourner la boule et des pogos que le public de The Exploited lui aura envié. Même le Wall of Death sera une réussite. Pas à dire, Municipal Waste sait comment orchestrer une fête réussie ("The Art of Partying") et inoubliable. Il glissera même une belle info à son public : son passage d'Earache à Nuclear Blast. Thrash till death !!!



Sodom (Main Stage 2, 19H50)
Dans la série thrash teutonne de ce samedi — Destruction, Sodom, Kreator —, on choisira celui du milieu pour une simple et bonne raison : on n'a pas vu Destruction et le concert de Kreator a été incroyablement pénible. On ajoutera aussi que Sodom a été particulièrement en forme en ce début de soirée. Son thrash n'est pas si "vintage" qu'il n'y paraît, il a incorporé une brutalité (dans le son, mais aussi dans le jeu) inédite qui le rend à la fois contemporain et expérimenté. Les enceintes crachaient impeccablement (ce qui n'a pas toujours été le cas sur les Main Stages), le trio fit preuve d'une énergie vraiment diabolique ("Blasphemer", "Outbreak of Evil") et d'un vitalité guerrière ("In War And Pieces", "M-16"). L'efficacité des classiques ("Sodomized", "Agent Orange"), la prestance des musiciens (Tom Angelripper, toujours alerte malgré les années) et, n'oublions pas de le signaler, l'extraordinaire bonne tenue des compos du nouvel album… Voilà la recette d'un set thrash qu'on n'est pas près d'oublier de si tôt.

DRI (Terrorizer Tent, 20H50)
Après avoir vu C.O.C. au Roadburn, j'étais peu enclin à aller voir D.R.I. au Hellfest. Lorsqu'on aborde le sujet du crossover, les noms de ces deux groupes sont immanquablement cités. Il est vrai que leurs influences sur le mélange hardcore/metal n'est pas à remettre en cause, leurs premiers enregistrements sont des pierres angulaires du mouvement et de la musique extrême. Sauf qu'en 2011, le crossover a donné naissance à tout un tas de groupes et de styles toujours plus violents et extrêmes les uns que les autres. Au Roadburn, la reformation de C.O.C. m'est apparu tout à fait inutile. Qu'en sera-t-il de D.R.I. au Hellfest ? Ma foi, la surprise fût bonne, même si le set des Ricains a démarré de façon mollassonne. Après 4 ou 5 morceaux, le groupe avait trouvé la bonne mesure pour interpréter ses morceaux. Les plus endurcis espéraient une interprétation thrashcore, mais le groupe préféra se caler sur le rythme de ses albums 4 of Kind et Thrash Zone. Le propos se fit alors plus violent et acéré, le tempo s'est accéléré, et le public est devenu comme fou. "Thrashard", "Beneath The Wheel", "I Don't Need Society", "Problem" ont engendré des circle pit et des pogos qui soulevèrent la terre asséchée du chapiteau. Bon, ok, ce n'était peut-être le concert du week-end, mais ça restait de bonne facture. En tout, c'était beaucoup mieux qu'une autre légende du hardcore qui jouera sur les mêmes planches un peu plus tard dans la soirée.

Bolt Thrower (Rock Hard Tent, 23H15)
Il y avait beaucoup d'événements sur ce Hellfest, mais s'il y a un groupe, un seul, qui méritait sa place en haut de l'affiche, c'est bien Bolt Thrower. Premièrement, parce que les concerts du groupe anglais sont si rares que chacune de ses apparitions sont forcément uniques et exceptionnelles. Deuxièmement, parce que le metal de Bolt Thrower est tout sauf banal et ordinaire. Original, c'est certain, mais aussi incroyablement cruel et brutal. Ses morceaux mid tempos sont d'une colère et d'une impétuosité sidérantes. Les voir enfin à l'affiche du Hellfest était une récompense à la fois pour lui-même, mais pour tous ses fans. Autant dire que vers 23H, les rangs étaient serrés sous la Rock Hard tent. L'armada anglaise ne sera pas en retard. Après l'intro militaire de rigueur, l'artillerie fera sonner les canons ! Fringante, ordonnée, belle et sanguinaire, l'armée britannique ne fera pas de quartier : "No Guts No Glory", "For Victory", "Mercenary", "The IVTh Crusade" ou encore "Rebirth Of Humanity". Malgré les années, Bolt Thrower reste une sidérante machine de guerre, sa rythmique est d'une efficacité sans égale et les duels de guitares font froid dans le dos. Mais plus que tout, c'est l'incroyable groove qui se dégage de l'ensemble, un groove pénétrant et incandescent, qui rend heureux… Oui, heureux !



Dimanche 19/06
Impureza a démontré que le flamenco était soluble dans le metal. The Ocean a fait temblé le tente Terrorizer. Knut demeure toujours l'un groupe les plus virulent du metal alternatif. Duff Mc Kagan's Loaded a montré qu'il pouvait être encore plus chiant que son album. Cavalera Conspiracy nous a donné envie de croire à une reformation du Sepultura d'origine. Grave a fait headbanger tout le monde (même ceux qui n'avaient pas de cheveux). Doro a enchanté les mecs du festival. Mr. Big a enchanté les filles.

Morne (Terrorizer Tent, 10H30)
Se réveiller avec le sludge-crust de Morne a quelque chose de pervers. En même temps, c'est la garantie de se (re)mettre dans l'ambiance du festival en quelques secondes. Le groupe de Boston ne semble pas incommodé par son horaire de passage et balance des morceaux puissants et terriblement efficaces. Remarqué par un split LP partagé avec Warprayer, Morne ne cesse de progresser en intensité et en percussion. Ses riffs tonnent comme l'apocalypse approchant au loin. Le batteur frappe comme s'il voulait en finir avec son kit de batterie. Et le chanteur vocifère plus qu'il ne chante. Le résultat, teigneux comme du crust, viril pour du sludge, était vraiment ce dont on avait besoin pour démarrer ce jour du seigneur. A moins que ce n'était que le jour du saigneur.

Ken Mode (Terrorizer Tent, 11H30)
Programmé en dernière minute en remplacement de The Gates Of Slumber, le trio ricain s'en est plutôt pas mal sorti. Certes, le public — faible — était acquis à la cause de son noise metal, mais sur scène, Ken Mode a montré qu'il pouvait rivaliser avec n'importe quel combo métallique. D'abord par sa force de frappe (gros accords de guitare envoyés en pleine face, groove plombé et rythmique appuyée), ensuite par l'intelligence de ses compositions qui tendent un pont, solide mais élastique, entre le metal alternatif de Keelhaul et Today Is The Day et la noise appliquée mais brutale de Unsane et Kiss It Goodbye. Autant dire que sur les planches de la Terrorizer Tent, même à l'heure de l'apéro, Ken Mode n'a pas fait les petits joueurs et a poussé les amplis aux maximum. Punaise, cette débauche de saturation allait nous vriller les tympans comme jamais.

Red Fang (Terrorizer Tent, 12H30)
A peine le temps de se reposer les tympans, de mettre un peu de glace sur nos oreilles, de se reposer la cervelle en feu. Après Morne et Ken Mode, voilà que se profilait Red Fang, un des groupes les plus attendus de ce dimanche. Qu'importe si son passage correspondait à l'heure du repas (c'est fou ce que les festivaliers, fussent-ils métalleux 'till die, sont attachés à leur schéma de vie, cf les longues queue devant les baraques à frittes entre midi et une heure), le stoner made in Portland a transformé la tente Terrorizer en désert de Californie. Gros son et grosse suée. Temps lourd comme si un orage allait éclater dans la minute. Ciel chargé d'électricité, tonnerre assourdissant. Red Fang s'applique et fait sonner ses morceaux selon une formule bien rodée, mais au lieu d'apparaître comme de vils copieurs ou de piètres pasticheurs, nos quatre desperados nourrissent leur jeu simple de sincérité et d'amour pour le genre, transformant leur set en incroyable moment de vérité : celui durant lequel tu te rends compte que tout n'a pas été dit en matière de stoner, et que des experts comme Red Fang peuvent encore surprendre et te faire monter au rideau. Ou plutôt au chapiteau. God bless Red Flang.



Ghost (Terrorizer Tent, 15H50)
On aurait préféré voir Buzzoven à la place de Ghost, mais le premier ayant annulé sa venue en Europe, on se contentera du second… qui n'est pas un choix de seconde ou troisième zone. Ghost bénéficie d'un relatif engouement dans la scène metal en ce moment, et il faut bien avouer que c'est amplement mérité. 1/ parce que sa relecture du heavy metal à base new wave et de rock est tout à fait singulière, 2/ parce que son look (cinq prêtres capuchonnés accompagnant un pape zombie) est assurément le gage d'un set qui en mettrait plein les yeux. Ça commence fort avec "Con Clavi Con Dio"  et "Elizabeth" (sur la Comtesse Bathory), deux titres dont on retiendra les refrains aussi aériens que sataniques. "Death Knell", "Satan Prayer", "Prime Mover ", "Ritual"… le groupe suédois interprète tout son premier album, avec une maîtrise et une régularité impressionnante. Le chanteur — le pape zombie, donc — possède une voix sublime, moins crispante que celle de King Diamond du groupe Mercyful Fate (auquel on compare souvent Ghost), limpide et intelligible qui rend le propos du groupe (Gloire à Satan version Bue Oÿster Cult) infiniment plus subtil et subversif. Gloire à Ghost !

Goatsnake (Terrorizer Tent, 19H35)
Dernier concert pour ma pomme (tant pis pour Judas Priest et Electric Wizard). Autant que ce soit un bon. Et un groupe culte. Avec Goatsnake, j'aurais tout cela. Après une reformation express pour le Roadburn 2010, revoilà le quatuor initial — Guy Pinhas (bassiste de Beaver), Greg Rogers (batteur), Greg Anderson (Thorr's Hammer, Burning Witch, Sunn O)))) et du chanteur Pete Stahl (Scream, Wool, Earthlings?) — au Hellfest 2011. Une belle surprise. Un chouette cadeau. Goatsnake, malgré son statut culte dans la scène stoner, sera d'une incroyable simplicité sur scène. Souriants, heureux d'être là, et terriblement pro. Quand à la setlist, elle fera la part belle à son premier album Goatsnake Vol. 1 avec des titres comme "Innocent", "IV", "Trower", "Lord of Los Feliz", "Mower" et "El Coyote". Pour autant, il n'oubliera pas l'album Flower of Disease, jouant trois de ces titres : "Flower of Disease" , "The Dealer", ""The River". Bref, un set calibré pour les fans. Un must.

Alors ce Hellfest ? Un bon cru. See you next year !

Dans une vitrine. En allant du festival à Clisson. Classe !