Pour certains, le centre névralgique de la Turbojugend est à chercher du côté du label Bitzcore, sur Wohlwillstraße, qui gère le bizness du fan club des gloires d'Oslo. Pour d'autres, il se trouverait plutôt du côté des pompes à bière du bar Fred's Schlemmereck, rue Hamburger Berg, à deux pas du célèbre Reeperbahn, boulevard rêvé pour s'adonner aux formes de décadence les plus sordides, que ce soit la toxicomanie, la prostitution, ou la curry wurst au chou aigre.
La dernière tournée du groupe norvégien remontant à l'été 2009, cela fait une paire d'éditions que les fans n'avaient eu à se mettre sous la dent que des tribute band... Il faut dire que Turbonegro avait un sacré problème de chanteur, Hank von Helvete ayant intégré son nouveau groupe plutôt indigeste, Dr Midnight & The Mercy Cult, tout en se faisant remarquer dans son pays par deux activités pour le moins difficiles à assumer pour ses futurs ex-collègues : membre actif de l'église de scientologie, et, frasque fatale, membre du jury de l'équivalent local de la Nouvelle Star.
Fin juin, Turbonegro publiait un communiqué, qui, en substance, actait le lourdage de Hank, et, à la surprise générale, annonçait son remplacement par le british Tony Silvester, chanteur des Dukes Of Nothing.
Silvester, déjà ami du groupe, était aussi le gars chargé d'en assurer la promo au Royaume-Uni, en plus d'avoir présidé la Turbojugend London.
D'où la grosse excitation pour cette 7° édition des Journées Mondiales de la Turbojugend, premier concert avec cette formation (et exclusif à ce jour).

Dès le vendredi après-midi, les rues de St Pauli se remplissent des membres de Turbojugend venus essentiellement d'Allemagne, mais aussi de dignes représentants de contrées européennes plus ou moins voisines, ainsi qu'une poignée de Canadiens et Californiens.
Le concert a lieu dans la salle Knust, située juste en face du fameux stade où joue l'équipe de Sankt Pauli.
Après une première partie anecdotique, le backline de Turbonegro est installé sur scène, compact, ronflant d'électricité, déjà prêt à pilonner.
Quand Euroboy (guitare solo) entre sur scène, suivi de Happy Tom (basse), c'est la frénésie dans le public. On croirait tout un équipage de la navy apprenant une nouvelle qui rendrait tout le monde complètement cinglé.
Euroboy devait être tellement impatient de remonter sur scène avec le groupe qu'il en a visiblement oublié de mettre un pantalon.
Tony Silvester est impeccable en gilet, chemise blanche, noeud papillon et chapeau melon. Il salue la foule et, avec flegme, prend appui sur son pébroc. Inutile de rappeler que notre homme vient de Londres. A ses côtés, Happy Tom s'époumone en backing vocals.
Surprise, à la guitare rythmique, c'est le retour de Rune Rebellion, coiffé de son casque colonial.
A la batterie, encore un nouveau, mais sacrément moins plongé dans les sunlights des potins people (un ancien roadie du gang, me suis-je laissé dire).
Pol Pot Pamparius est absent, non pas qu'il ait déserté ou soit reparti cuisiner ses pizzas, mais il a laissé un billet d'excuse : retenu pour raisons familiales, et promettant de reprendre son service dès que possible.
"Good evening we're Turbonegro !" lance Silvester. Happy Tom l'adoube aussitôt d'un index tendu : "ladies and gentlemen, the Duke Of Nothing !". Eclate alors "Turbonegro Must Be Destroyed", suivi de "Denim Demon".
A deux doigts de me casser la gueule, juché sur le balcon, je prends des risques insensés pour offrir à ce moment rien de moins que la postérité numérique :
Vient ensuite le classique "Zillion Dollar Sadist", puis un beau chassé-croisé des morceaux de Apocalypse Dudes et de Party Animals.
Allez, je vous mets, la set list, encore humide de bière Astra et de sueur :

Il n'y manque que "Are You Ready For Some Darkness", qui a bel et bien été interprétée.
Et si vous voulez savoir à quoi ressemblait le morceau inédit, "You Give Me Worms", je pourrais évoquer un mix des Hives, de Poison Idea et de Motörhead... Mais là-aussi, je vous balance ce petit instantané quasiment en 3D tellement on s'y croirait. Attention aux coups de coudes et aux brûlures de cigares.
La foule compacte n'est plus qu'une mer déchaînée de recrues de la Turbojugend. Tout à la fois hooligan, aristocratique et charismatique, Silvester a su s'attirer la reconnaissance des fans les plus dévoués à la cause turbonegresque, qui lui ont fait une véritable ovation en scandant son prénom comme seuls des guerriers vikings l'eussent fait à leur chef avant la bataille.
Sur ses comptes Facebook et Twitter officiels, Turbonegro, sur le chemin du retour, remerciait le public de lui avoir réservé, et surtout à Tony, un accueil royal et chaleureux, parlant même d'un des meilleurs concerts de leur tumultueuse carrière. — Guillaume Gwardeath, dévoyé spécial.












Vendredi 15 juillet 2011, Knust, Hambourg.