Qu’est ce qui t’a donné envie de faire de la musique ?
(Rires) Le milieu dans lequel j’ai grandi (pour ceux qui ne le savent pas, Izia est la fille de Jacques Higelin. ndr)… quand tous les jours tu as de la musique, des instruments et des gens qui font la fête autour de toi… que tu te couches à 4 heures du matin alors que tu n’as que 7 ans, parce que c’est le bœuf dans ton salon, forcément tu trouves ça super et tu as envie de faire la même chose !
Par quel instrument as-tu commencé ?
Au départ, j’ai commencé par le piano en prenant des cours avec une prof horrible qui se mettait du bleu sur les yeux, qui avait des ongles hyper longs et qui me disait de mettre les doigts "en parapluie"… ça ma traumatisé ! Je joue aussi un peu de guitare… mais je ne suis ni guitariste, ni pianiste… j’ai mon style… Enfin c’est surtout un truc de flemmarde de dire que j’ai mon style (rires).
Quels chanteurs ou chanteuses t’ont donné envie de chanter ?
En fait, personne… je n’ai pas eu de révélation en voyant quelqu’un où je me serais dit : "voilà c’est ce que je veux faire !". A part mon père… quand je le voyais sur scène, danser, chanter, faire des impros de dingues pendant des heures sur la vie, la mort, l’amour, le cul, c’était hyper inspirant… Mais, disons que c’est surtout ma voix qui m’a donné envie de chanter, quand j’ai découvert qu’elle était juste, que j’avais de l’énergie et de la puissance vocale, je me suis dit qu’il fallait que j’utilise ce potentiel qui dormait en moi.
Sur quels albums as tu fais tes « gammes » ?
Quand j’avais 12/13 ans j’ai vraiment découvert le rock, j’écoutais Nirvana et Muse et j’ai flashé sur la voix de Matthew Bellamy ! Je chantais par dessus, j’essayais de refaire ces aigus, ces petits couinements. Je trouve qu’il a vraiment une voix incroyable. Quand j’étais gamine, ma mère m’achetais des disques de Billie Holiday, j’étais à fond sur le gospel aussi, je bossais ça avec ma prof de chant.
Tu écoutais les disques qui trainaient chez toi ?
Oui, il y’a d’ailleurs une anecdote que j’aime bien. Quand j’étais petite et que mon père m’emmenait à l’école, on écoutait dans la voiture l’album bleu et l’album rouge des Beatles (compilations des deux périodes du groupe — ndr), et jusqu’à mes 11 ans, j’ai crû que c’était les deux seuls albums qu’ils avaient fait, et que le "double blanc" était un "best of" ! Jusqu’au jour où mon père ma dit qu’il y’ avait aussi « Revolver », « Abbey Road », « Sergent Pepper », etc ! J’ai alors découvert pleins d’autres morceaux des Beatles et là j’ai halluciné ! (rires). On écoutait aussi à fond U2, Rickie Lee Jones, et de la musique du monde, c’était nos "disques de voiture".
Quelles sont tes influences non musicales ?
J’ai une énorme passion pour Boris Vian, c’est un personnage qui m’intrigue… j’adore le contraste de ce mec… quand tu lis L’écume Des Jours et j’Irai Cracher Sur Vos Tombes, tu ne peux pas imaginer que c’est la même personne qui a écrit les deux… Et je trouve que c’est une énorme qualité de pouvoir se dédoubler comme ça.
Tu as toujours eu envie d’écrire et de composer?
Oui, il y’a certains titres qui sont sur l’album que j’ai composé quand j’avais 13 ans. Je me sens plus compositrice qu’instrumentiste... ce sont les mélodies qui me guident. Je crois que je ne pourrais pas être juste interprète, cela me rendrait trop malheureuse… je n’arriverais pas à chanter des trucs qu’on m’a écrit, ça ne me semblerait pas naturel… Mes textes ne sont pas brillants, c’est la base du texte de rock, mais ils me ressemblent, c’est ce que je pense et ce que j’ai envie de dire. Ça correspont parfaitement à cet album qui est énergique spontanéité et juvénile.
Pourquoi écrire en anglais ?
J’ai toujours écouté du rock anglo-saxons, donc quand j’ai commencé à composer, ça m’est venu naturellement en anglais, la question ne s’est pas posé…
Pourtant ton père a été un des premiers à faire du rock en français…
Oui mais lui, il écrivait des supers textes, je ne crois pas que j’en sois encore à la hauteur. Il avait 35 balais quand il a écrit "BBH 75", il avait déjà roulé sa bosse. "Est ce que ma guitare est un fusil", c’est extraordinaire ! Moi, je ne me sens pas prête tout de suite… j’avais envie de faire ce disque comme ça, aussi pour atteindre l’Europe et aller me balader un peu partout, être plus international… Je respecte le rock français, il y’en a qui s’en sortent merveilleusement bien, je pense notamment à Déportivo ou à Noir Désir, mais moi je suis plus à l’aise avec l’anglais, c’est une langue que j’avais envie de m’approprier.
N’as tu pas peur que tout soit arrivé trop vite pour toi ?
Non pas du tout, je ne suis pas blasé, au contraire je suis consciente que c’est un avantage de dingue d’avoir fait tout ça à 19 ans, quand je pense à tout le temps qu’il me reste pour faire encore d’autres choses. J’ai tous les jours des bonnes nouvelles, je vais faire un deuxième abum, ça va évoluer, c’est super.

As tu l’impression d’avoir été avantagé ?
Oui dans la mesure où j’ai grandit avec un père chanteur, une mère qui voulait développer mon sens artistique, et qu’ils ont mis pleins d’instruments à ma disposition. Oui j’ai été avantagé d’avoir des parents artistes qui me comprenaient, et qui quand je leur ait dit "’arrête l’école pour faire de la musique" m’ont répondu "bien sur, pas de problèmes". Mais par contre, je n’ai pas été pistonné, j’ai roulé ma bosse, j’ai été connu à l’ancienne manière, c’est à dire grâce au bouche à oreille qui s’est fait petit à petit, de concerts en concerts. Les maisons de disques ont entendu parlé de nous, elles ont fais des approches, et j’ai choisi. Il y’en a tellement des "fils et des filles de…" que ce n’est plus vraiment un truc qui fait vendre. Si je n’avais pas un minimum de talent et de potentiel je ne pense pas que ils m’auraient contacté.
Quel est ton meilleur souvenir de scène ?
En fait, il se passe toujours un truc qui fais que chaque concert reste un super souvenir. Ca change tout le temps, on fait plein d’impros, je dis pleins de conneries entre les morceaux, je fais participer les gens… Récemment, on a fait un concert à Besançon où on a tous finit torse nu et transpirant, à chanter « Lose Yourself » d’Eminem, avec 400 personnes, c’était super rock !
Etais tu impressionné quand tu as fait les 1ère partie d’Iggy Pop and The Stooges et de Motörhead ?
Pas vraiment… pour Iggy Pop je l’ai vécu hyper naturellement, parce qu’on a été mis au courant assez tard, et puis je ne l’ai pas vu avant… c’était plus le fait de jouer devant 4000 personnes, ce que je n’avais jamais fait . Je ne me rendais pas vraiment compte qu’on jouait avant Iggy Pop ou Motörhead. Ca a été un honneur pour moi d’ouvrir pour ces gens-là, mais j’ai plus été impressionné par le fait de jouer dans des salles comme le Zénith et le Palais Des Sports que de faire leurs 1ère parties.
As-tu une petite anecdote sur ces rencontres ?
En fait, par la suite, j'ai fait un duo avec Iggy Pop pour "La Musicale" sur Canal +. Quand on a démarré les balances, il ne se souvenait pas très bien de moi, et puis j’ai commencé à chanter et là il a fait "ok, ok, stop, stop! on va reprendre les gars, j’étais pas au courant !", c’était trop drôle ! A la fin de l’émission on a discuté ensemble, on s’est super bien entendu, il m’a écrit son numéro de téléphone sur un vieux sac en plastique, et il m’a dit « if you ever need me, call me ! ». Je ne l’ai jamais appelé et je pense que je ne le ferai jamais, mais c’est quand même la classe d’avoir son numéro ! (rires)
propos recueillis par Stef Chanmar










