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Posté le Jeudi, 23 Avril 2009

La Ruda

La Ruda

Après un disque et une série de concerts où le groupe avait adapté certaines de ses chansons à l'acoustique, il revient aujourd'hui avec Grand Soir, un album tout neuf dont le calibrage a été directement influencé par l'expérience unplugged. Une nouvelle ère pour La Ruda ?

Que vous a apporté l'expérience acoustique ?
Pierrot (chant) : De l'air et du souffle. On était arrivé en bout de cycle avec la formule électrique. A la fin de la tournée qui a suivi la sortie de l'album L'Homme Canon, nous n'avions plus d'idées pour nous renouveler. On était prêt à prendre une année sabatique pour retrouver l'inspiration. En plus, on était quelque peu désarçonné par l'accueil de L'homme Canon, un album qu'on aimait bien et qui n'a pas très bien marché. L'idée de prendre les guitares sèches, c'était de retrouver la scène simplement, sans logistique, dans les bars et les cafés concerts. Dix ou quinze dates étaitent prévus au départ, mais ça a bien pris, et on a finalement fait un an de tournée avec cette formule acoustique. On s'est aperçu qu'on prenait beaucoup de plaisir, que ça renouvelait notre répertoire mais aussi la manière de l'envisager. Ces adaptations plus swing nous mettait plus à nu. On s'est placé différemment par rapport à nos instruments, on ne chante pas pareil en acoustique qu'en électrique… On est dans un autre état d'esprit. Paradoxallement, ça nous a rappelé nos débuts.

Une telle formule est aussi un manière de retrouver le goût du risque ?
On nous a proposé à de nombreuses repirses (pour des émissions radio, des show cases ou des concerts de soutien) de jouer en acoustique, on avait du coup quelques morceaux montés pour ce genre d'occasion. En rejouant dans les bars, ça nous a rappelé nos débuts. Et puis, il faut bien admettre qu'au bout de quinze ans, on use les patiences. On évolue dans un circuit où pour exister il faut jouer beaucoup. Le nerf de la guerre, c'est les concerts. Et pour en trouver, il faut toujours avoir une actualité. D'où l'obligatoire d'être créatif, de se renouveler sans cesse. Mais on ne peut pas faire un groupe comme si on allait au bureau, donc les changements sont nécessaires. Et ces concerts acoustiques ont été salutaire.

La Ruda électrique et La Ruda acoustique sont-elles des entités différentes ?
Au début, oui. Il fallait bien dissossier le groupe électrique de sa version acoustique, ne serait-ce que pour informer le public. Mais petit à petit, avec le succès de la formule acoustique, on s'est mis à jouer dans des lieux plus grands, jusqu'à retrouver les salles dans lesquelles on a l'habitude de jouer en formation électrique. Et même des festivals. C'était donc important de souligner la différence. Beaucoup de gens se sont retrouvés dans cette version acoustique de La Ruda, à notre grand bonheur, mais d'autres n'ont pas accroché, préférant la formule électrique. Aujourd'hui, on ne fait plus de différence. On assume. On le fait d'autant plus facilement qu'avec le nouveau disque, on a réintroduit les guitares électriques pour appuyer notre base acoustique. Aujourd'hui, La Ruda est un mix des deux formules.

Avez-vous touché un autre public avec ces concerts acoustiques ?

Ça a fait du bien à tout le monde. Et pour le public, et pour le groupe. C'est bien d'appréhender notre musique de manière différente, un peu moins frontale, de pouvoir mettre en avant le texte. Dans la Ruda, les mots ont toujours été importants, mais ils fonctionnaient surtout sur les disques (où les textes sont imprimés sur le livret et où ils sont plus intelligibles)… Le pari de La Ruda a toujours été de faire sonner le français sur du rock, que ça ait du sens, de la gueule. Forcément en acoustique, les textes se sont placés différemment. Le chant est devenu le moteur des chansons. Ça a donc séduit un autre public. Notre grande joie, c'est qu'une partie du public de La Ruda, qui s'était éloigné du groupe parce qu'il trouvait qu'on insistait trop sur l'énergie sur nos derniers albums, a retrouvé dans la version acoustique l'essence de nos débuts. Ce public est plus intéressé par la chanson, une notion qu'on a toujours eu puisqu'on est des faiseurs de chansons avant tout.

Avec cette expérience, ton écriture a-t-elle évolué ?
Oui, mais pas de la manière à laquelle j'avais pensé au départ. Je pensais que le texte allait prendre une place très importante, comme dans les chansons folk. Mais on avait envie de garder une certaine énergie, d'éviter que ça fasse chanson à textes tristes, genre coin du feu, tu vois ? On a donc beaucoup travaillé sur le swing, puisque à défaut de puissance sonore, on joue sur les changements de ryhtme. J'ai donc essayé de faire swinger aussi les mots. Le français n'est pas facile à manier pour arriver à un tel résultat. J'ai beaucoup travailler sur le son des mots. Quitte à parfois obtenir des choses un peu naives, mais en tout cas qui étaient vivantes. Le pari de La Ruda avec ce disque, c'est de faire vivre la scène comme on le faisait en version électrique. Que les gens slamment, que ça pogotte, même sur de l'acoustique.

Vois-tu le swing comme une version "adulte" du ska ?

Pour schématiser, oui. Pas évident de faire du ska avec des guitares sèches. Tout passe donc par la rapidité d'exécution, le swing. C'est pas facile. Mais il n'y a pas 36 solutions pour faire passer de l'énergie avec des guitares sèches. Cela dit, le ska n'est pas pour autant absent de ce disque, même s'il apparait dans une version un peu bigarrée.

Un titre ressort de l'album : "Quand le Réveil Sonne"…

Peut-être parce que c'est un des rares morceaux calibrés "social", avec "Fantomas 2008" qui évoque la crise. Ce titre est le résultat de ce que beaucoup de gens pensent de la politique à la hussarde de Sarkozy. Pour lui, il faut obligatoirement des coupables, donc on montre du doigt des gens ou des situations pour mieux cacher les autres. Ça donne l'impression de résoudre les problèmes alors que ça n'attise que les tensions. L'écueil du texte politique, c'est qu'il ne faut pas que ce soit une figure imposée, il faut vraiment que ça soit sincère. C'est vrai qu'avec notre ami président il y a tellement de matière que tout cela vient assez naturellement. C'est tellement énorme ce qu'il nous montre qu'en parler revient à enfoncer les portes ouvertes. Mais quand on écrit des chansons, ça démange de parler de ce qu'on ressent.

On dit souvent que les groupes indés sont les seuls à ne pas trop subir la crise du disque. C'est vrai pour La Ruda ?
On n'a plus la même aura qu'il y a cinq ans, c'est évident. On a la chance d'avoir un passé et un futur puisqu'on nous fait encore confiance pour les dates. On a aussi un public fidèle qui nous suit en concert. On n'est pas dépendant complètement du succès d'un disque. D'ailleurs, on n'est pas tenu de faire des disques pour exister. Mais on est sur une économie fragile, en flux tendu, qui devient de plus en plus complexe. Il faut revoir les choses à la baisse, ce qui n'est pas un mal d'ailleurs car on peut faire de bonnes choses avec très peu de moyens aujourd'hui. On a la chance d'avoir une bonne expérience (Grand Soir est le neuvième album qu'on produit), mais on reste toujours sur un équilibre précaire. La Ruda n'a pas échappé à la baisse des ventes de disques. Chaque nouveau disque s'est moins bien vendu que le précédent. Et puis, on est là depuis quinze ans, j'imagine qu'il y aussi une érosion du public, ce que je comprends tout à fait. Quand on fait de la musique, c'est quelque chose qu'on doit prendre en compte. Quand on a la chance de s'inscrre dans la durée, il faut s'attendre d'avoir des hauts et des bas. Il faut s'adapter à la situation. A chaque groupe de trouver des solutions pour palier à la crise.

Le disque s'appelle Grand Soir. Qu'est-ce que serait le grand soir idéal pour toi ?
Que ce disque ce soit la consécration de notre formule acoustique. Que ce soit, égoistement, une nouvelle ère pour nous. Et si c'est le crépuscule de notre carrière, et bien que ce sera aussi un soir qu'on n'oubliera pas ! Ça marche dans les deux sens.

Interview : Frank Frejnik

www.laruda.fr