Serrières est en train de devenir un vivier punk, que se passe-t-il pour que tant de groupes éclosent dans cette petite ville ?
Annita Babyface (chant) : Déjà, c’est à Serrières que se trouve la maison Follain (Trint, Daf, Ed, Forest et AG), autrement dit la salle de répète de tous leurs groupes (Uncommonmenfrommars, Sons Of Buddha, X-TV , AG Sugar) ! C’est vrai que ces personnes ont contribué à développer une scène punk rock. Cela ne s’arrête pas à la ville de Serrières, mais plutôt à la région Rhône-Alpes avec des groupes comme Bad Chickens et No Guts No Glory... Depuis une dizaine d’années, un petit réseau s’est créé autour de groupes comme I.S.P., puis Uncommonmenfrommars. Plus récemment, ça s’est structuré autour de lieux comme le Warm Audio à Lyon et le Mistral Palace à Valence. On a tous enregistré avec Boule (Alex Borel) et Chris, on évolue un peu tous dans la même sphère, on écoute des groupes similaires, on va souvent dans les mêmes concerts… Forcément, des liens se créent. Entre nous, on participe aux projets des uns et des autres (apparitions dans les clips, sur les albums, sur scène…). On se file des coups de main, quoi ! Avec le temps, une vraie scène s’est mise en place dans le coin. Je pense que personne n’a cherché à créer ce mouvement, c’est plus qu’on a tous voulu faire avancer nos groupes respectifs. Ça s’est fait comme ça.
Quel aspect préfères-tu dans le fait de faire partie d’un groupe, est-ce que cela a changé votre vision de la musique ?
Annita Babyface : Ça en jette (rires) ! En fait, je pense qu’être entouré de gens créatifs stimule forcément ta création. Quand tu fais partie d’un groupe, tu dois toujours pouvoir arriver à te remettre en question. J’ai appris qu’une chanson n’est jamais vraiment finie avant d’être enregistrée. Chaque personne a son mot à dire, il faut être prêt à changer. Pas dans le sens changer d’avis, mais évoluer. On te donne des idées nouvelles, donc ça t’enrichit et c’est aussi ce qui nourrit ta musique et ton inspiration. Moi, je ne suis pas musicienne, je n'ai jamais pratiqué un instrument, ni fait de solfège. Mais je suis avec des purs musiciens et des mecs suffisamment intelligents pour m’apporter leurs connaissances et avec qui on peut discuter. Pour l’instant, je dirais qu’on n’est qu’au début du groupe, mais je sais qu’il faudra de la rigueur et du travail. Je le savais déjà, mais ça n’enlève rien au côté artistique, au contraire. Moi, mon instrument, c’est la voix : au final, c’est le plus free-style, même si tu dois t’échauffer, travailler ta voix. T’as le droit de changer, de pas toujours faire la même chose, tant que ça se tient (et que ça sonne pas faux bien sûr), t’es assez libre.
L’amour sur un balcon, rêve ou réalité ("Sex On The Balcony" est une chanson du CD — Ndr) ?
Annita Babyface : "Sex On The Balcony"… ah, c’est mon côté exhibitionniste ça (rires) ! En fait il y a une part de réalité dans cette chanson. Le jour de mon anniversaire, j’ai demandé à mon mec de l’époque de me faire l’amour sur le balcon… et il a refusé ! Du coup, j’ai écrit ce texte, pour qu’au moins, ça se produise dans la fiction. Comme je l’ai écrit, d’une certaine manière, je l’ai vécu !
Quand vient le moment d’écrire des textes, vers quels sujets vous tournez vous presque immédiatement ?
Annita Babyface : Mon sujet de prédilection c’est l’Amour (avec un grand A) ! Mais c’est aussi le sexe, la jeunesse, le syndrome Peter Pan… Puis, c’est aussi le fait de ne pas me sentir à l’aise dans ce monde : je me sens toujours trop exubérante, trop extravertie, trop gênante, trop grosse, trop de rouge à lèvre… Je me sens toujours ‘trop’ ! C’est difficile d’être nous-mêmes dans cette société et à travers le regard des autres. Tu dois toujours entrer dans des cadres et c’est ça qui est relou. Alors, j’essaie de donner un ton pin-up kitsch à mes chansons, parce que c’est ce que j’aime. Même si parfois je peux tomber dans le mauvais goût, ce sont toujours des sentiments flamboyants et vrais. Ce qui m’intéresse, ce sont les chansons d’amour, parce que c’est ce que je sais faire le mieux. Sur scène ou dans les textes, je pousse le truc au maximum, tu vois, je joue le côté pin-up à fond, je porte toujours une robe (même s’il gèle dans la salle), du rouge à lèvre bien rouge, c’est un personnage que je joue. C’est un petit jeu sexy et c’est un bon exutoire à ces frustrations que tu peux ressentir dans la vraie vie, mais il n’y a jamais rien de provoquant. "Girls just wanna have fun" ! Généralement, les textes, c’est moi qui les écris. Mais Benoît et Forest ont aussi participé à certains morceaux. A la base, c’était une histoire que j’avais dans la tête et je l’écrivais toute seule. C’était moi et mes peines d’amour de jeune fille de 21 ans… ! Maintenant il y a plus de morceaux que les garçons composent, et moi je pose mes textes par-dessus. Parfois, ils me donnent des idées, des thèmes, des phrases et je bricole…
De quels groupes actuels vous sentez vous proches ?
Annita Babyface : C’est une question difficile parce que c’est compliqué de définir son propre style, on n’a pas le recul. On pourrait dire qu’on est tous influencé par les groupes de pop punk à la Queers, Riverdales, Screeching Weasels, Teen Idols…. On écoute tous des groupes différents, moi par exemple en ce moment je suis à fond sur Spinnerette (le nouveau groupe de Brody Dalle ) et de Jay Reatard tout comme j’écoute de l’electro (Soulwax, Peaches, Mr Oizo, A-Trak…). C’est assez éclectique, on ne compte pas s’enfermer dans un style.
A-t-on besoin d’être en colère en 2009 pour faire du punk rock ?
Annita Babyface : Il y a un côté paradoxal, d’un côté, on écrit des chansons d’amour, on essaye de voir le bon coté des choses, on est des gentils ; et de l’autre, c’est sûr qu’on est dans une société où on a tous les jours plus en plus de raison d’être en colère ! C’est vrai, c’est une société inégalitaire, raciste, policée au maximum… Pour l’instant, nos textes ne sont pas énervés, ça ne veut pas dire qu’on ne l’est pas… On n’a pas fini d’écrire des chansons encore !
Ce premier CD n’est pas une fin en soi. Quels sont vos projets / objectifs ?
Annita Babyface : Et bien, on va enregistrer un album pour Dirty Witch cet été, donc pour l’instant on essaye de composer. Malgré tout on a plein d’idées, et des dates surtout !
ANNITA BABYFACE AND THE TASTY PONEYS sortira son premier album le 16 novembre 2009 sur Dirty Witch / Anticraft

C'est un CD 4 titres presque ordinaire. Du punk rock de fracture classique. Pourtant, il y a sur le premier disque de Annita Babyface And the Tasty Poneys un petit quelque chose qui le distingue des autres productions punk rock hexagonales, un je-ne-sais-quoi de troublant et d'excitant. Quelque chose qui fait croire que ce jeune groupe rhône-alpien possède un fort potentiel. La chanteuse Annita présente le groupe.









