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Posté le Vendredi, 24 Avril 2009

Les Fils de Teuhpu

Les Fils de Teuhpu

En France, le camping sauvage est souvent interdit. Au mieux, est il toléré. Mais pour Les Fils de Teuhpu, la pratique est nécessaire, fondamentale et même à encourager. Le groupe parisien montre avec son dernier album que c'est bien souvent hors des sentiers battus qu'on s'amuse le plus !

Qu'avez-vous appris des 1400 concerts que vous avez effectués jusqu'à présent ?
Rodolphe : On a appris que les gens aimaient la musique, et la notre en particulier (rires).
François : On a beaucoup fait de concerts à nos débuts, c'est vrai, un peu moins aujourd'hui surtout pour des problèmes logistiques ou d'intendance, mais on n'a jamais arrêté. On a encore la chance, grâce à des associations et des jeunes qui se bougent, d'avoir pas mal de propositions en France. Et il y a plein de choses qu'on n'a pas encore faites encore. 1400 concerts, le chiffre peut paraître impressionnant, mais ce n'a jamais été une finalité, un objectif à atteindre. C'est arrivé comme ça. Et on a envie de continuer.
Rodolphe : Il y a quand même eu une période où on s'est rendu compte que ne tiendrait pas le rythme imposé. On était crevé, on finissait même par se pourrir la gueule à force. Pendant un ou deux ans, on était constamment sur la route. Ça devenait dangereux pour le groupe. D'où la volonté de freiner la cadence des concerts. Et peut-être de trouver d'autres manières de créer de la musique.

La scène influence-t-elle votre manière de faire des disques ?
Rodolphe : Au départ, on ne savait pas faire de disque.
François : On venait de la rue. Notre premier album était donc une photographie de ce qu'on était à ce moment là et surtout de ce qu'on jouait à cette époque. Sur le second album, on voulait une photographie de ce qu'on jouait sur scène. Quatre ans après, on s'est dit qu'on devait apprendre à se servir des outils du studio. Ce fût le troisième album. Et celui-ci, Camping Sauvage, est une réflexion de ce qu'on peut faire en studio et qu'on ne peut pas faire sur scène.

Quelles sont les grandes nouveautés de ce nouvel album ?

Rodolphe : Avoir ouvert encore plus l'éventail de notre musique. Une nouveauté qui n'en est pas une finalement. On a toujours eu cette démarche. Chaque nouvel album ouvre un peu plus notre éventail éventail.
François : Depuis qu'on a notre propre local de répétition et d'enregistrement, on s'est ouvert à plus de styles et d'instruments. Et puis, après l'expérience Buster Keaton (le groupe a composé des bandes son de deux courts métrages du célèbre acteur du cinéma muet, on les retrouve sur le DVD bonus offert avec Camping Sauvage — ndr), on a développé une instrumentation beaucoup plus électrique : un clavier, deux guitares électriques, une basse, des effets et des instruments un peu atypiques. On n'est plus tout à fait une fanfare. En fait, aujourd'hui, c'est comme si nous étions un jeune groupe de rock. Sauf qu'on joue ensemble depuis plus de douze ans.
Rodolphe : C'est toujours la même formule, mais on rajoute des options en plus. A chaque album. Mais les Teuhpu ne deviennent pas, avec cet album, un groupe de rock, l'album sonne simplement…Teuhpu. Le groupe reste un atelier où chacun évolue en totale liberté. C'est ce qui donne de la richesse au groupe, et à nos albums.

L'album s'intitule Camping Sauvage, c'est aussi le sujet de la chanson qui ouvre le disque. Une chanson sur la guerre… mais à double sens.
François : Oui, la guerre qu'on compare à du camping sauvage. La réalité est bien différente de celle qu'on nous montre à la télé. De même, le terme "camping sauvage" peut s'appliquer aussi aux SDF. Ceux du canal St Martin par exemple, ça c'était du camping sauvage. Quand tu te ballades dans Paris, il y a des mecs qui campent n'importe où : sur les bords du Périf, dans les moindres recoins des rues, sur les plaques de métro…
Rodolphe : Au départ, on n'a pas pensé à toutes ces métaphores, on aimait le mot, le sens… Après coup, ça a une résonance sociale… On a l'habitude d'utiliser des expressions à sens multiple. On n'a pas envie de militer à travers notre musique…
François : On n'est pas vindicatifs, mais on a des idées. On s'intéresse. On réagit. On a toujours abordé les grands thèmes de manière détournée.
Rodolphe : L'absurde, l'humour, le décalé, voilà notre manière d'aborder ces sujets. Par exemple, la chanson anti cléricale de l'album s'appelle "Les Liaisons Dangereuses", ce n'est pas pour montrer qu'on a de la culture, mais parce que ça nous fait marrer.

La musique des Teuhpu est en grande partie instrumentale. Ne craigniez-vous pas de vous répéter à force ?
Rodolphe : On reste avant tout un groupe instrumental. C'est à dire que tout part de la musique. Ensuite, on aménage (ou pas) des passages pour le chant quand on pense que ça peut le faire. On pourrait très bien faire album instrumental que ça ne nous dérangerait pas. La diversité des morceaux vient de la musique, non des textes. D'ailleurs, je pense qu'on pourrait très bien inverser les paroles d'un morceau à l'autre.
François : On a toujours donné un début et une fin à nos instrus, comme pour leur donner un sens. Il n'a jamais été question de faire de la musique au kilomètre. Le travail sur Buster Keaton nous a permis justement d'aborder l'instrumental d'une manière plus varié. D'ailleurs, à peine avons nous terminé le projet Buster qu'on a enchaîné sur le disque, avec l'envie que l'un déteigne sur l'autre. La différence entre notre album et le projet Buster Keaton, c'est que le second il y a un chef d'orchestre : Buster. C'est lui qui donne le rythme, le découpage… On devait suivre ce qui se passait à l'image. Même si on a pris des libertés, on devait coller à l'image. Alors que sur le disque, nous sommes libre de nos mouvements.

Concevoir des instrumentaux qui ont du sens ou de la musique de film pour Buster Keaton, c'est assez proche finalement…
Rodolphe : Le premier, "One Week" (1920), ressemble énormément à un cartoon. Ce qui nous va bien. On a trouvé des solutions assez rapidement. Sur le second, "Sherlock Junior" (1924), ça été plus difficile car il y a une narration moins cartoonesque, des ambiances qu'on a pas l'habitude de créer avec notre musique, des moments plus calmes par exemple. C'est là qu'on a fait intervenir d'autres instruments. Pour résumer, le premier, on l'a pensé bruitage, le second musique de film.
François : Les musiques pour films muets, c'est souvent un pianiste seul qui suit à l'image, des jazzmen, en trio ou quartet, qui improvisent. Lorsqu'il y a des moyens, ce sont des orchestrations où tout est écrit et scénarisé. Ou de la musique électronique. Nous, ce qu'on propose, c'est d'être nous-mêmes, avec notre manière de jouer, nos connaissances communes de la musique. Ce projet, c'est la rencontre de deux entités. A travers Buster Keaton, on a réussi à toucher un autre public, qui ne connait pas forcément la scène française. C'est une démarche d'aller aux concerts, dans les festivals, de se renseigner. Ce n'est pas des mecs de 60 ans qui vont faire ça. C'est bien. A l'inverse, c'est aussi l'occasion d'amener une partie de notre public au cinoche. C'est de l'éducation populaire (rires).

Qu'écoutez-vous sur la route ?
François : Zappa tourne régulièrement. Mister Bungle fait l'unanimité. Beastie Boys aussi. Pas mal de jazz. Cela dit, on met souvent la radio, Nostalgie par exemple, c'est parfait pour des quizz.

Quels sont les groupes sans lesquels les Teuhpu n'existeraient pas ?
Rodolphe :
Ceux Qui Marchent Debout et Tarace Boulba nous ont beaucoup influencés dans la manière de concevoir le groupe et l'esprit avec lequel aborder la scène. Mais aussi Les Pires, Les VRP, toutes les fanfares de la Nouvelle-Orléans, Les Négresses Vertes, Ludwig Von 88, les groupes de ska (Specials, Toots And The Maytals, Prince Buster), Fela.

Des films ?
François :
Ceux des Monty Python et Terry Gilliam. Le cinéma français des années 70 : Des Pissenlits Par la Racine, Les Galettes de Pont Aven, Calmos… Calmos, le premier Blier, correspond très bien au groupe.

Quel est le plus beau commentaire qu'on ait fait à propos de votre musique ?
Rodolphe :
"Ce qui est bien avec les Teuhpu, c'est qu'on n'a pas le temps de s'ennuyer", suivi immédiatement par "Ce qui est chiant, c'est qu'on n’a pas le temps de danser."

Que vous a permis d’accomplir le groupe ?
François :
Voyager. Ça donne lieu à des rencontres et des découvertes. Mais l'un des points majeurs, c'est de nous avoir permis d'être autonomes. Aujourd'hui, on fait ce qu'on a envie de faire et de ne pas faire.

Quels sont les rêves que vous avez réalisés grâce au groupe ?
François :
Il nous reste encore tant de choses à réaliser. Jouer avec Fishbone ou Mister Bungle par exemple. En tant que fan de musique, c'est appréciable de rencontrer des gens dont on a apprécié, ou dont on apprécie encore la musique.

Les cinq règles d'or pour un camping sauvage réussi ?
François :
Ne pas planter de sardines (c'est chiant à enlever). Ne pas mettre sa tente en pente. Ne pas la planter de nuit (on ne sait jamais où on va se réveiller le matin). Ne pas confondre le GR avec les RG. Mais surtout ne pas oublier que dans le camping sauvage, l'important c'est le sauvage !

Interview : Frank Frejnik

http://lesfilsdeteuhpu.com