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Posté le Jeudi, 02 Juillet 2009

Anti-Flag

Anti-Flag a la rage. Indémontable, le groupe de Pittsburgh balance un nouveau brûlot à peine un an et demi après le précédent. People Or The Gun apparaît comme l'antithèse de The Bright Lights Of America. Exit les arrangements élaborés et les instruments à cordes, Anti-Flag renoue avec l'esprit punk et rentre dedans de ses débuts. Pittsburgh burning !

Ou avez-vous enregistré People Or The Gun ? À Pittsburgh ?
Chris #2 (basse/chant) : Ou, chez nous. On possède notre local de répétition dans les bureaux de AF Records, notre label. On y écrit la plupart de nos compos. Mais cette fois-ci au lieu d'uniquement y enregistrer nos démos, puis d'aller dans un autre studio, on a préféré tout y mettre en boîte afin que tout aille vite. On a bâti notre propre studio. Désormais, nous n'aurons plus à attendre plusieurs mois avant d'enregistrer. On pourra mettre nos morceaux sur bandes dès qu'ils sont écrits. On a enregistré People Or The Gun d'une traite, à quatre. Une fois le disque achevé, on a appelé un seul label, Side One Dummy, qui a accepté de le sortir.

D'où le délai minime entre The Bright Lights Of America et People Or The Gun ?

Il a été d'un an et demi. On a vite rebondi entre les deux. The Bright Lights a été notre second et dernier album pour la major RCA. Depuis notre signature, pas mal de choses ont changé. Les gens avec qui nous avions signé ont été virés. On s'est retrouvé sur Bright Lights… avec une nouvelle équipe au marketing qui ne comprenait pas Anti-Flag. Et qui ne paraissait pas véritablement motivée à l'idée de nous défendre. Au bout d'un an de tournée, on a choisi de partir.

Comment analyses-tu cette période en major ? Est-ce au final une expérience positive ?
Oui, absolument. Notamment pour tout ce qui concerne l'international. En dehors des Etats-Unis, nous n'avons jamais été aussi populaires. On a aussi été remarqué par le genre de presse qui nous ignore habituellement. Rolling Stone a même fait un article sur nous. C'est le résultat de l'argent dépensé en promo par RCA. Je trouve cela positif d'avoir pu détourner de l'argent généré par American Idol (l'équivalent américain de la Nouvelle Star - ndr), et de le placer dans un groupe comme le nôtre (rires).

Penses-tu qu'au moment où RCA vous a signé, il espérait un succès à la Green Day ?
Certainement. Les majors sont des commerces. RCA a vu Anti-Flag avec une base de fans loyaux et 100000 ventes par disque, et s'est dit qu'il allait pouvoir nous en faire vendre un million en envoyant nos titres à la radio. Cela ne nous a pas posé de problèmes. Nous étions libres artistiquement. Il savait que l'on ne changerait ni notre musique, ni notre message. Je ne comprends pas ces jeunes groupes qui signent des contrats à 360% qui leur font céder non seulement leurs droits sur les albums, mais aussi sur leurs tournées, leur merch. Du coup, ils deviennent employés d'une entreprise. Ils n'ont plus leur mot à dire sur leur création. Et ce fait n'existe pas qu'en major. Certains labels dits indés commencent à pratiquer cette arnaque. Je ne vois pas comment tu peux céder ta vie à quelqu'un juste pour sortir un disque.

The People Or The Gun sonne comme une réaction à Bright Lights Of America. Autant le précédent était ambitieux dans sa prod, autant celui-ci sonne brut et sauvage.
On s'est demandé quel type de chansons on voulait écouter et quels étaient les albums qui nous ont donné envie de nous bouger de la sorte. Et les réponses étaient Fresh Fruit For Rotten Vegetables des Dead Kennedys, le premier Clash et London Calling. On a voulu un Anti-Flag plus agressif non sans omettre un sens de l'humour. On a su être critique de nous-mêmes et de la scène, tout en continuant d'aborder des thèmes comme la crise mondiale et économique, l'environnement, l'administration Obama.

The Bright Lights of America a été très controversé par les fans. Crois-tu qu'il ait été mal compris ?
C'est l'atout d'Anti-Flag. Peu de gens sont indifférents à notre musique. Bright Lights… symbolise le mieux cet état de fait. Mais ce disque n'a pas bénéficié de l'aide qu'il méritait de par les changements qui survenaient au sein de RCA. En même temps, nous avons été un groupe avant d'être en major. Et on le sera encore pendant de nombreuses années. On a longtemps sorti nos albums nous-mêmes. Notre place a toujours été sur le terrain, en tournée. Même si personne ne nous aide, cela ne nous empêche pas de continuer à écrire et à défendre nos idées.

Il est important pour vous d'avoir du recul sur vous-mêmes malgré cette image militante que vous avez ?
Oui. La chanson "You're Fired" en est l'exemple typique. On ne va pas se plaindre d'avoir été viré d'un label. On ne veut pas faire partie de ces groupes qui pleurent sur leur sort en clamant que l'industrie musicale est en déroute. On reste incroyablement chanceux. Notre quotidien est de jouer de la musique, parcourir le monde, rencontrer de nouvelles personnes, dialoguer avec la France. C'est un privilège de pouvoir vivre sa musique et de faire partie de cette scène. Il y a tant de négativité dans ce monde.


De quoi traite The People Or The Gun ?
Nous sommes issus d'un pays qui dépense plus d'argent dans les armes que dans l'éducation ou la santé. Ce titre est une question : es-tu du côté du peuple ou des armes ? Les politiciens de ce monde ont témoigné ces dernières décennies qu'ils étaient surtout partisans de l'argent et de l'armement.

Parmi toutes les causes que vous avez défendues, laquelle t'est la plus personnelle?
Après avoir été un groupe qui a parcouru le monde pendant plus d'une décennie, on aimerait aujourd'hui pouvoir à notre tour aider les villes qui nous ont accueilli. Aux Etats-Unis, nous organisons des collectes de nourriture et de vêtements à nos concerts. C'est important pour nous. J'aimerais aussi le faire en France. Quand nous jouons dans une ville, on veut pouvoir soutenir les associations qui travaillent pour les démunis, on aimerait soutenir les sans abris, les groupes locaux, les mouvements de jeunesse. Afin de ne pas passer que pour un concert, mais pouvoir apporter notre aide un court moment.

People Or The Gun a été disponible sur le net un mois avant sa sortie. Comment avez-vous réagi à cette fuite ?
Ça craint. On a mis beaucoup d'efforts dans ce disque et dans le livret. On aurait aimé que les gens le découvrent dans sa version finalisée, qu'ils puissent lire les textes en écoutant le son. Mais je suis confiant. Je pense vraiment que ce disque est de qualité, du coup les fans d'Anti-Flag risquent de l'acheter par la suite ou nous soutiendrons d'une autre manière. Ce n'est pas le potentiel de ventes de disques qui m'emmerde. C'est plus la fuite d'un disque sans son packaging. Mais je suis d'une culture où un fichier son sur son ordi ne correspond à rien. Depuis que je suis gamin, mon passe-temps préféré est d'acheter un disque, de le déballer, puis de l'écouter sur ma chaîne en parcourant le livret et la pochette.

Comment se rétablit Justin (Sane chanteur/guitariste) de sa récente fracture à la clavicule ?
Il va mieux. Il s'est blessé à un concert en Angleterre. Un gamin jetait des trucs sur la scène et dans la foule. D'autres kids ont commencé à se battre avec lui. Justin a alors voulu intervenir. Il a sauté de la scène et c'est là qu'il s'est blessé (rires). Mais comme il y avait du mouvement, personne ne l'a remarqué. Vu qu'il est chétif, il se blesse souvent (rires). Il s'est déjà cassé la mâchoire et le nez en Angleterre, un doigt en studio….. on devrait le transporter dans une bulle (rires). Le plus marrant c'est que lors de nos récentes dates en Russie, on a croisé un fan qui portait un t-shirt représentant la pochette de The Bright Lights avec la mention "Fuck You James" en référence au kid fouteur de merde anglais qui s'appelait James. L'histoire de cette mésaventure de Justin a, semble-t-il, traversé les frontières.

Vous avez donné en début d'année, un concert uniquement constitué de reprises de The Clash. D'où vous est venu cette envie ?
Cela fait longtemps que l'idée nous démangeait, le Clash étant un de nos groupes préférés et une de nos plus grandes influences. Le prétexte a été un festival qui propose aux groupes de reprendre plusieurs morceaux d'un autre. New Found Glory y a joué du Green Day, Sum 41 du Metallica, The Ataris du Misfits, je crois. Le Clash nous paraissait le groupe évident pour Anti-Flag. L'expérience a été si fun que l'on a conservé quelques reprises pour les concerts de cette tournée. On en fera sûrement deux, trois lors du Eastpack Tour que l'on fera en Europe cet automne.

Interview Olivier Portnoi

www.anti-flag.com
www.myspace.com/antiflag



Cette interview a été en partie publiée
dans le numéro 3 du catazine Addictif