Sur cette tournée européenne, vous avez choisi comme premières parties Strike Anywhere et Rentokill, deux groupes qui partagent vos engagements et votre volonté militante. Est-ce essentiel pour vous ?
Tim (chant/guitare) : Maintenant qu'on a le pouvoir de décision sur nos groupes de première partie, absolument. On passe beaucoup de temps sur la route. Par conséquent, on cherche à le passer avec des gens que l'on apprécie humainement et avec qui on partage aussi nos idées politiques et musicales. On souhaite aussi que nos fans découvrent les groupes que l'on aime.
Y a-t-il des tournées sur lesquelles vous vous êtes sentis décalés ?
Oh oui. Nos tournées avec Mad Caddies étaient fun, mais néanmoins déplacées. Rise Against sur une tournée ska, c'est étrange quand même (rires). Par contre, je ne peux pas nier qu'ils nous ont vraiment aidés. On est aussi partis en tournée avec Agnostic Front, The Casualties et TSOL. Cela a été dur ! Le public voulait du street punk. Mais c'était une bonne expérience. On avait la rage, on a pris cela comme un défi.
Appeal To Reason est sorti simultanément à l'élection de Barrack Obama. Quelles impressions gardes-tu de cette période ?
C'était l'euphorie. On était en tournée, notre disque sortait et fonctionnait comme aucun de nos disques n'avait fonctionné jusqu'ici et l'Amérique changeait enfin dans le bon sens. Après la descente, il y a la montée. Bush a été le pire président de notre histoire. Obama, du coup, représente le progrès. Tout ce qui allait arriver après Bush ne pouvait être qu'une évolution. Obama représente l'exact opposé de Bush, il symbolise l'espoir.
Sur cette tournée, ressens-tu un changement d'attitude des Européens envers l'Amérique ?
Oui. Les Européens étaient en colère, à raison, contre l'Amérique. Les décisions du gouvernement Bush ont eu des portées mondiales. Il y a quand même eu la guerre en Irak, les multiples crises, etc. L'Amérique était dans une impasse. Pour cause, elle était tenue par des gens aux mentalités conservatrices, rétrogrades et dangereusement à droite. Les libertés semblaient diminuer chaque année. Avoir Obama est encourageant pour tout le monde. Cela montre que les Américains sont prêts à changer et se rendent enfin compte du désastre de Bush. Par contre, cela va faire du tort à certains groupes. Tous ceux qui profitent du "fuck Bush" pour faire hurler la foule vont devoir renouveler leur discours (rires).
Qu'est-ce qui se cache derrière le titre de l'album, Appeal To Reason ?
Je me suis inspiré d'un journal socialiste des années 20/30 aux Etats-Unis qui s'appelait The Appeal To Reason. À l'époque ces idées de gauche étaient marginalisées par la société et considérées comme radicales, anarchistes et quasi terroristes ! Le punk rock est similaire. Il peut être radical, marginalisé, provocateur, mais ses idées de base appartiennent juste au sens commun. C'est ce qu'est Rise Against. Nos idées sont juste raisonnables et logiques. Elles appartiennent au sens commun.
Appeal To Reason est votre premier album avec Zach Blair (Only Crime, Hagfish, GWAR) à la guitare. Avoir un nouveau guitariste a dû être motivant ?
Oh oui. Zach a amené une nouvelle vitalité à Rise Against. Notamment en live. Zach est un grand habitué du Blasting Room, le studio où l'on enregistre. Il joue avec Bill Stevenson (producteur mais également membre des Descendents et ex Black Flag — NDR) dans Only Crime. Il est apparu comme le candidat idéal. On n'a même pas fait d'audition. On lui a directement proposé le poste.
Une nouvelle fois, vous avez enregistré au Blasting Room avec Bill Stevenson (NOFX, Comeback Kid, Good Riddance, Anti-Flag) alors qu'à ce stade de votre carrière, vous pourriez travailler avec n'importe quel producteur de renom. Pourquoi Stevenson et pas Rick Rubin ou Butch Vig ?
Le Blasting Room est notre famille de cœur. On s'y sent bien et c'est essentiel pour que nous travaillions correctement. Bill nous comprend parfaitement et sait capturer notre son. Puis, on travaille rapidement avec lui. On travaille dur et tout avance vite. On sait que Bill et Jason (Livermore, complice de Stevenson — NDR) ne sont pas fainéants. Ils ont une éthique de travail qui nous correspond.
Quels préjugés autour de Rise Against te dérangent ?
Le fait que nous soyons un groupe avec des textes engagés fait de l'ombre au reste de nos propos. Pas mal de nos morceaux traitent de sujets personnels. Nous ne sommes pas Rage Against The Machine. La politique et le militantisme sont essentiels chez nous, mais il y a une autre facette à notre univers. À part ça, il me semble que Rise Against est bien compris. Je n'ai pas à me plaindre.
Parmi toutes les causes que vous défendez, laquelle t'est la plus personnelle ?
La défense des animaux. J'ai été sensibilisé jeune à cette cause grâce à des musiciens, et je me sens aujourd'hui le devoir de la présenter aux prochaines générations. Nous sommes tous végétariens au sein du groupe. Ce combat et cette manière de vivre m'ont permis d'être celui que je suis aujourd'hui. Avec Rise Against, on souhaite informer les gens. On veut expliquer d'où vient la nourriture, ce qui arrive aux animaux, souligner la maltraitance à leur encontre. Non pas pour forcer à être végétarien, mais on estime que tout le monde doit pouvoir avoir accès aux bonnes informations. Afin de se faire sa propre idée.
D'où le descriptif de votre modèle de Vans "Rise Against Old Skool Vegan Friendly Skate Shoes" où vous expliquez l'origine du matériel utilisé ?
Oui. Quand Vans nous a proposé notre propre modèle, on ne voulait en aucun cas apposer notre nom à un modèle en cuir animal fabriqué dans les sweat shops asiatiques. On a trouvé un accord avec eux pour créer une chaussure différente.
Comment était-ce d'être végétarien en tournée à vos débuts il y a plus de dix ans ?
C'était difficile. Pas seulement en Europe mais aussi aux Etats-Unis. Les organisateurs ne comprenaient pas forcément ce que l'on voulait. Aujourd'hui c'est devenu facile de l'être et de trouver de la bonne nourriture. Plus de restaurants, de traiteurs proposent des plats végétariens. Même Burger King a un veggie burger, cela montre que la demande doit être vraiment là ! Pas seulement de la part des végétariens, mais aussi de la part de mangeurs de viande qui souhaitent de temps à autre changer de régime alimentaire.
Qu'est-ce qui a été le plus décisif dans ta découverte du punk ?
La découverte du straight edge. Je le suis toujours. Les autres membres de Rise Against ne le sont pas tous. Certains boivent de l'alcool, ce qui ne me dérange en rien. Le straight edge est ma manière de vivre. Je suis là pour en parler avec les kids qui ont des questions à me poser, qui cherchent une voie autre que celle qu'on leur propose. Les musiciens qui ne buvaient pas et ne se droguaient pas étaient des modèles pour moi. Je suis heureux si je peux à mon tour servir de référence à certains de nos fans qui ne se retrouvent pas dans l'alcool, ou qui ont du mal à l'avouer face à leurs potes de peur d'être rejetés et jugés comme des losers. Le monde des ados est très dur. Avant le straight edge, si tu ne buvais pas, tu étais perçu comme quelqu'un de non cool. Depuis, tu peux refuser de l'alcool et être toujours cool. Pour un ado, c'est important. Je ne bois pas, mais je veux quand même aller en soirée, traîner avec mes potes dans les bars ou après les concerts et me marrer avec eux. Minor Threat a été vraiment important et m'a permis de trouver un équilibre et de m'accepter. Le straight edge est une décision très intime. Et je ne pense pas que quelqu'un qui devient straight edge puisse ensuite se permettre de juger ceux qui boivent. C'est de ces dérapages que viennent les dérives de tels courants.
Quel a été ton premier concert de punk ?
Un concert des Vandals et de MDC à Chicago dans un théâtre. Les groupes et le public étaient sur la scène. Le reste de la salle était séparé par un rideau. Nous étions tous entrés par la porte de derrière. Le chanteur de MDC nous a tous serré la main en sortant et comme d'habitude les Vandals étaient hilarants. Mes autres concerts étaient ceux des groupes locaux autour de Chicago.
Qu'écoutez-vous en tournée ?
Beaucoup de metal. Nous sommes de véritables metalheads. Cela va de Metallica, Killswitch Engage puis des trucs comme Coliseum, Fucked Up, Cancer Bats et pas mal de gangsta rap comme Wu Tang Clan, GraveDiggaz.
De plus en plus de chanteurs de groupes se lancent dans des carrières acoustiques (Tom Gabel, Chuck Ragan, Matt Skiba, Kevin Seconds, Frank Turner etc.). Est-ce quelque chose à quoi tu as déjà songé ?
Songé, oui. Mais je n'en ai vraiment pas le temps. Rise Against est notre priorité absolue. Mais je me vois bien faire quelque chose de la sorte à l'avenir. J'adore ce que font Chuck Ragan (Hot Water Music), Tim Barry (Avail), Ben Nichols (Lucero). Tous ces disques sont vraiment bien. L'acoustique est vraiment difficile. À quatre, tu as une marge d'erreurs acceptable. Si je me perds, j'ai le batteur sur qui me recaler, si je paume mon médiator, je n'ai aucune inquiétude car Zach est là. Lorsqu'on joue acoustique, on est seul. Chaque petite note est amplifiée à tel point que la moindre accroche est une catastrophe. Et cela m'arrive ! À St Louis dans le Missouri, j'ai joué le mauvais accord sur "Hero Of War" et d'un coup 2000 personnes m'ont fixé en se demandant ce qu'il se passait ! J'ai vécu quelques moments vraiment embrassants depuis le début de cette tournée (rires).
publiée dans le catazine Addictif #1 (avril 2009)










