Peux tu nous raconter la genèse de Cocoon ?
Mark (guitariste, chanteur, auteur, compositeur) : On s’est rencontré avec Morgane il y a quatre ans à Clermont-Ferrand, à l’époque je chantais mes chansons tout seul sur scène (déjà sous le nom de Cocoon), et cela me faisait très peur. J’ai donc cherché une fille pour m’accompagner. Je croyais déjà beaucoup à un duo fille/garçon. Elle est arrivé un peu par hasard, et tout de suite ça a collé, nos deux voix se mariaient bien sur des chansons assez douces. Ça a été assez naturel, on est rapidement rentré en studio, on n’a pas galéré, on a signé tout de suite sur un label… On a eu beaucoup de chance, en fait.
Qu’est-ce qui t’a amené à la musique ?
J’ai toujours eu ça en moi depuis mon enfance, j’ai toujours été fan des petits pianos jouets, des synthés. Mon père étant lui-même musicien, j’ai toujours été entouré d’instruments, ce qui m’a permis de pouvoir les toucher, de sentir la vibration des cordes. La musique est rapidement devenu quelque chose d’essentiel pour moi, plus que l’école même. J’ai toujours été certain que je pourrais en vivre un jour, je n’en ai jamais vraiment douté.
Quelle est ta formation musicale ?
Autodidacte complet. J’étais en pension au lycée, et le soir pour occuper les longues heures d’études, je dévorais toutes les méthodes et tous les traités d’harmonie que je pouvais trouver. J’ai toujours été fan d’harmonie, de solfège. Cela me permettait d’écrire ou de lire la musique même quand je n’avais pas d’instruments avec moi, ou quand c’était impossible d’en écouter, comme en cours par exemple.
Vu de votre jeune âge pourquoi avoir choisi le folk pour vous exprimer plutôt que le rock ou le rap ?
Mon rêve aurait été de faire du hip-hop, ma culture musicale est faite au moins de 50 % de rap US, j’aurais vraiment voulu être rappeur, mais le problème est que je ne suis pas black, que je ne viens pas de Chicago ou de Detroit… j’ai quand même essayé de rapper chez moi quand j’étais petit et c’était ridicule… Alors que, quand j’ai pris une guitare acoustique, j’ai tout de suite été attiré par la douceur de l’instrument et je me suis vite rendu compte que ma voix était plutôt faite pour chanter doucement que pour crier… En fait, je crois que pour l’instant ni moi ni Morgane n’avons la force physique de chanter autre chose.
Quelles sont vos influences ?
Elles sont principalement cinématographiques : les films de Jim Jarmusch, de Gus Van Sant, de Sophia Coppola, de Clint Eastwood… des films finalement plutôt à tendance dépressive. Le rapport à l’image est essentiel dans Cocoon. Il y a aussi la littérature américaine : Salinger, Conrad, Jack London… on a vraiment une vision fantasmée de l’Amérique : des grands espaces, des chevaux, des cabanes avec de la neige…
Pourquoi avoir choisit l’anglais pour vous exprimer ?
Je pense que le folk s’inscrit dans une longue tradition musicale anglo-saxonne, et donc pour ne pas trahir cet héritage, on se doit de chanter en anglais, sinon c’est de la chanson française… Et finalement la chanson française ne fait pas partie de notre culture musicale (mis à part Gainsbourg et Bashung). J’ai également eu la chance de voyager beaucoup à l’étranger et je suis devenu bilingue vers 17 ans, j’arrivais à penser en anglais, ce qui m’a permis de décomplexer sur le fait d’écrire des textes dans cette langue. C’est donc devenu complètement naturel pour moi.
Y aura-t-il un jour des titres en français ?
Pas dans Cocoon, mais peut être dans d’autres projets plus tard. Par contre, en tant qu’auteur pour d’autres artistes, cela ne me pose aucun problème d’écrire en français. Mais je trouve que le français est une langue moins musicale, moins belle…
Vous êtes sur un petit label indépendant, vous n’avez pas bénéficié d’une débauche de marketing, votre succès n’est du qu’à la qualité de votre musique et au bouche à oreille qui suit vos concerts. Peut-on dire que vous représentez l’antithèse des artistes préfabriqués qui émergent de la Star’Ac et autres Nouvelle Star ?
C’est vrai que nous sommes l’exact opposé de ces artistes… On espérait au maximum vendre 5000 exemplaires de notre album, on a signé sur un petit label indépendant qui n’avait aucun moyen et qui ne nous a rien promis, simplement parce qu’il nous ont dit qu’ils le sortiraient également en vinyle ! Je pense que le public n’est plus aussi naïf que l’ont crues les majors pendant toutez ces années, les gens se font de moins en moins avoir par la promo, le marketing et le matraquage des radios, ils sont plus en attente de qualité et d’authenticité. La crise du disque est finalement totalement mérité, elle va assainir la situation. Les gens ont senti que Cocoon c’était "du vrai" : des gens qui ont des doutes et des failles, qui font leur propre musique avec amour et passion.
Comment expliques-tu le succès immédiat de Cocoon ?
Je pense qu’on a été les premiers à aller aussi loin dans la proximité qu’on entretient avec notre public. Que ce soit sur scène ou sur internet où on a toujours répondu nous-mêmes à tous les messages, même si c’est parfois un peu compliqué… on a toujours voulu casser les barrières qu’il y’a entre les artistes sur la scène et les gens dans la salle. Pour nous, c’est comme si on était entre potes au coin du feu, sauf qu’on est parfois 10000 ! On a toujours voulu démystifier, ne pas jouer un rôle (même si on passe à Taratata, chez Drucker ou au Petit Journal) pour que les gens nous aiment pour ce qu’on est : des artisans qui font leur boulot avec honnêteté.
Peux-tu nous parler du prochain album ?
On l’enregistre à l’étranger, on en est déjà à la moitié, je pense qu’il sortira après Noël, deux ans après le premier. Je crois qu’il sera dix fois plus beau et plus fort, plus mûr en ce qui concerne les textes… Ce sera un concept album qui parlera uniquement d’animaux marins. On va essayer aussi de faire un très bel objet… Enfin, vous verrez.
Comment expliques-tu la maturité musicale de tes compositions ?
Je ne pense pas que ce soit de la maturité, c’est juste ma manière d’écrire. Ça vient sûrement du fait que j’ai écouté beaucoup de songwriters classiques : Leonard Cohen, Bob Dylan, Neil Young, Nick Drake. Je me suis vraiment imprégné de leur travail, j’ai fait l’éponge… Et donc, même si je ne pense pas être à leur niveau, il reste peut être un peu de la maturité de leurs compositions dans les miennes. Et puis j’ai toujours détesté les titres de plus de 3 minutes… J’aime bien le format court, un peu frustrant, les chansons "de poche", que tu as envie de réécouter tout de suite.
Vous avez un contact très spontané et direct avec votre public, est ce pour désamorcer le côté mélancolique et sérieux de votre musique ?
J’adore parler de chattes et de bites sur scène ! Il y a souvent une telle intensité au niveau de l’émotion qui se dégage de nos titres que l’on a besoin de déconner. C’est peut être chiant pour le public, mais pour nous c’est important que ça sorte. C’est un peu ambiance "camion en tournée", mais je trouve ça bien de pouvoir vivre ça avec une fille. Ça nous permet de désamorcer quelque chose d’un peu pesant… comme si on essayait de faire rire les gens pour s’excuser de faire une musique aussi plombée.
Comment se fait-il que vos titres intéressent autant le milieu de la pub ?
Notre musique est très visuel, c’est peut être pour ça qu’elle intéresse le monde de la pub… Je ne sais pas… On a eu plein de demande qu’on a refusé. Quand la pub nous paraît jolie, pas trop mal réalisée et que le produit n’est pas trop dégueulasse, on accepte. Du moment qu’on est sûr que notre musique ne va pas en pâtir. Mais évidemment on refuserait de faire une pub pour le FN, l’armée ou du PQ ! De toute façon à partir du moment où tu commercialises ta musique, je pense qu’elle ne t’appartient plus.
Y’a t’il un public de pub, comme il y a un public de single ?
C’est vrai qu’il y’a des gens qui nous découvre grâce à la pub. C’est une raison de plus pour en faire, d’ailleurs. On a constaté que les ventes sur Itunes augmentaient quand la pub passait à la télé… C’est incroyable, mais finalement c’est un moyen comme un autre de faire connaître ta musique.
Les groupes qui font une musique violente disent souvent que c’est un exutoire fasse à la société actuelle. Qu’en est il de la musique de Cocoon ?
Pour nous, c’est plus un voyage pour se retrouver avec soi-même. Protégé comme dans un cocon plutôt qu’une rébellion face au monde extérieur. Mais maintenant, c’est différent, le premier album ayant bien marché, la motivation pour le deuxième album est simplement musicale. C’est une autre pression.
Vous allez vous investir dans la réalisation d’autres artistes ?
Je pars en Islande en août pour produire l’album de Green Shape (www.myspace.com/greenshape) dans le studio de Björk. C’est ma première réalisation et je suis très content de pouvoir l’aider. Mon rêve serait de pouvoir partir en tournée avec lui ensuite et d’être juste son guitariste ou son pianiste. De ne plus à avoir à animer le devant de la scène.
Comment se passe le processus de création dans Cocoon ?
Je fais tout (guitare, voix, chant piano, arrangement) et j’envoie ça à Morgane quand tout est fini. Ensuite, elle change des parties de piano, des harmonies, des chœurs. En fait, moi je fais le gâteau et elle c’est le four. Et quand le titre ressort du four il est beau, il donne envie et il sent bon !
Avez vous des projets (ou des envies) plus rock/électrique?
Mon rêve serait d’avoir un projet solo parallèle à Cocoon, un truc qui envoie, bien sûr. La guitare électrique est une découverte récente pour moi et j’adore ça, mais je dois encore apprendre à en jouer. Donc à 30 balais pourquoi pas, mais j’ai encore le temps je n’ai que 24 ans !
www.myspace.com/listentococoon
dans le numéro 3 du catazine Addictif










