Qu'est-ce qui a changé pour L'Esprit du Clan entre le Chapitre III et ce Chapitre IV ?
Arsène (chant) : Pour être honnête, et tout en étant content du précédent album, on restait sur une impression mitigée, surtout au niveau des concerts. Bizarrement, on n'a jamais aussi peu défendu un album sur scène. C'est avec ce "manque" que nous sommes entrés en studio. Forcément ce chapitre est plus hargneux, peut-être le plus hargneux de tous, mais aussi plus "live" dans la façon dont il est produit.
Lorsque L'Esprit du Clan a déboulé il y a dix ans, c'était un groupe metal/hardcore au caractère hip hop. Est-ce que cela a été dur de vous imposer ?
Nous ne sommes pas du genre à ressasser le passé, plutôt à penser à ce qui va suivre. Si à l’époque on était plus hip-hop, c’est qu’on en écoutait beaucoup plus, aujourd’hui la plupart d’entre nous écoutent du métal de plus en plus violent. On ne choisit pas ces choses, elles viennent à nous… Ou s’en vont ! Depuis le début, on essaie d’être sincères. Jouer ensemble cette musique nous passionne, c’est ce qui me semble être le plus important.
Quelles leçons avez-vous tirées de vos expériences dans le business musical ?
Ce business est intéressant, on en apprend tous les jours. L’avantage, avec le temps, c’est peut-être paradoxalement de travailler avec moins d’intermédiaires et de faire les choses nous-mêmes. Ça fait gagner du temps et, du coup, ça ressemble plus à ce que nous sommes, à ce que nous voulons. L’expérience fait que nous savons désormais nous entourer de gens efficaces et pointus… Tout en faisant beaucoup plus de boulot nous-mêmes. Il y a eu aussi de belles rencontres humaines, même si elles ont été plus rares. Sur cet album, je pense qu’on n'a jamais été aussi bien entourés, le label, la distribution, la promo…
Le titre du nouvel album est L'Enfer, C'est Le Nôtre. Doit-on comprendre que l'enfer est sur terre ?
L’idée, c’est plutôt que l’enfer c’est nous-mêmes ! À la fin de l’enregistrement, quand nous cherchions un titre pour l’album, on voulait éviter de piocher dans les titres des morceaux. Mais il a bien fallu se rendre à l’évidence que cet album était une introspection et que la chanson "L’enfer, C’est Le Nôtre" en était le parfait résumé. Ce n’est pas un hasard si on l’a placée en dernier sur ce chapitre. C’est un album contestataire, comme tous nos albums, mais cette fois on essaie de chercher ce dont nous sommes responsables. On a tenté de ne pas sombrer dans la facilité.
Sur la pochette, on peut voir un galion bravant la mer. Est-ce une manière d'éviter les clichés graphiques actuels du metal ?
C’est vrai que les clichés "violence", "château fort" ou encore "démon" nous fatiguent un peu. Le but est d’essayer de ne pas donner au public un truc prémâché. On n'aime pas trop être pris pour des cons donc on évite de prendre les autres pour des quiches. Souvent, c’est vrai, il y a du second degré, de la métaphore… Mais nous n’avons pas l’intention de révolutionner cette musique. L’image du bateau, c’est l'idée d’avancer malgré tout, un peu à l’image du groupe : c’est dur, mais on y va tête baissée. Ce bordel, cette tempête, ce sont les nôtres, alors autant y aller pour de bon… jusqu’à l’autocritique.
De quels textes êtes-vous les plus fiers dans ce nouveau disque ?
Le premier truc qui me vient à l’esprit c’est le titre "J’aime". La musique et les textes ont été écrits très vite et n’ont pratiquement pas changé depuis la première maquette. Ce qui est souvent bon signe. Ces textes, c’est un peu ma définition de mon rapport à la musique. Tout en restant humble, j’ai le sentiment d’avoir dit l’essentiel de ce que je ressentais et de ce que la musique en général m’apportait. Pour le reste, je n’ai pas de thèmes privilégiés, mais peut être que c’est principalement l’humain et ses rapports qui me travaillent depuis le début. Je n’ai jamais pu écrire sur les dieux, le diable ou l’écologie par exemple… Peut-être que ça viendra.
Penses-tu que les gens sont sensibles à vos coups de gueule ?
Les gens retiennent surtout l’énergie de cette musique. C’est vrai que j’ai été surpris par les remarques qu’on a pu nous faire à propos de certains textes. Il y a même des choses très émouvantes. J’en suis le premier surpris. Encore une fois, j’essaie juste d’être sincère, pas trop naïf (le chant en français ne pardonne pas) et surtout de donner une dynamique musicale différente de celle des instruments. Quand tout fonctionne, ou à l’air de fonctionner, c’est un sentiment agréable.
Chacun de vos albums est un chapitre. Plusieurs chapitres formant généralement un récit complet, quel est celui que l'Esprit du Clan raconte depuis ses débuts ?
L’histoire de quelques mecs qui prennent du plaisir à faire la musique qu'ils aiment et qui essaient d’en donner avec celle-ci. Avec toute la colère et l’amour que ça comporte.
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