Addictif R.I.P.
cerebral Ballzy
Hellfest 2011
Welt TurboJugend Tage
Goeland-TV
 
 
Addictif Facebook
 
This Is My Fest
 
 
Samiam
 
 
Title Fight
 
Posté le Jeudi, 04 Juin 2009

Les Wampas

Les Wampas interview 2009

Les Wampas sont-ils la preuve que Dieu existe, comme le prétend le dernier album du groupe ? Une chose est certaine, les Wampas sont la preuve que le rock'n'roll n'est pas mort. Vu la teneur du dernier opus de Didier W, personne ne peut le mettre en doute.

À partir de "Manu Chao", la presse généraliste s'est beaucoup intéressée aux Wampas alors que la musique du groupe n'a jamais vraiment été très accessible. Étrange pour un groupe rock'n'roll, non ?
Didier Wampas (chant) : Dans notre dossier de presse, il y a plus d'articles ou de chroniques parus dans les journaux genre le Parisien que dans les canards de rock. Avec "Chirac en Prison", on était même dans les pages politiques (rires). Tant mieux ! C'est ce que j'ai toujours voulu. Ne pas être cloisonné dans un registre, un style ou un milieu. J'ai toujours voulu élargir l'audience du groupe, pas forcément pour plaire à plus de gens, mais pour exposer notre musique au plus grand nombre. Le punk rock n'est pas destiné qu'aux seuls punks. Ce n'est pas punk pour moi.

Cette médiatisation permet-elle d'être mieux accepté ?
Mieux accepté par les médias ? Je ne sais pas. Pour eux, tu ne fais que passer. Tu es le groupe du moment, alors ils parlent de toi. Mais le but de cette médiatisation n'est pas de se faire mieux voir ou de faire accepter le rock'n'roll, ce sont des opportunités de faire connaître "autre chose". Quand j'étais petit, je ne lisais pas de revues rock, je n'avais pas de grand frère, tout ce que j'ai découvert, ça a été grâce à la télé ou aux médias grand public. Alors quand on invite Les Wampas à la télé, ce qui n'est pas fréquent, je suis content d'y aller. Je me dis toujours que sur le nombre de gens qui nous verrons, il y en aura bien une poignée qui découvrira qu'il existe autre chose que la soupe qu'on lui sert habituellement.

Tu es à l'aise avec cette image de "salarié de la RATP qui fait un groupe de rock" que les médias ne cessent de mettre en avant ?
Au début, ça me gavait. Après, je me suis dit qu'il fallait bien que les médias trouvent un angle original pour parler de nous. Besancenot restera toujours un facteur qui fait de la politique ! Souvent, à la télé, certaines personnes veulent nous inviter, et cette particularité du "gars de la RATP qui joue dans un groupe de rock" leur permet parfois de convaincre les programmateurs. C'est ainsi. Je n'aurais pas cru que travailler à la RATP, ça aiderait mon groupe (rires) !

Jamais Les Wampas n'ont bénéficié d'un son aussi rock'n'roll que sur le dernier disque ? C'est grâce à Pelle Gustafsson (le producteur des Hives et celui du dernier Wampas - ndr) ?
Pour une fois, j'ai rencontré quelqu'un qui était aussi rock'n'roll que moi. Qui fait un disque non pas pour qu'il passe à la radio, mais pour qu'il soit proche du groupe. Ça semble évident, mais c'est tellement rare que c'est un vrai plaisir lorsque ça arrive. Sur le disque précédent, notre label nous avait déjà proposé Pelle… Le truc de base de maison de disques : "Les Wampas ? Ah, ben, prenons le producteur des Hives !" Ça m'avait saoulé à l'époque, mais cette fois j'ai accepté. Et j'ai bien fait ! J'aime le son que Pelle a donné au disque, un gros son en même temps cracra. Je cours après ce son depuis des années. C'est super dur d'arriver à cet équilibre en studio, encore plus aujourd'hui avec l'omniprésence de Pro-Tools et du numérique. Ce que j'aime chez Pelle, c'est qu'il ne cherche pas non plus à reproduire un son ancien. Il dit souvent que ça ne sert à rien de refaire le son du premier Damned, ce qu'il faut, c'est être dans l'esprit et de poursuivre dans la même voie. Ce mec est génial !

Les Wampas interview 2009


Qu'est-ce qu'apporte ce nouveau disque dans l'œuvre des Wampas ?
Je ne sais pas. En tout cas, il correspond enfin à ce que nous sommes sur scène et à ce qu'on a envie d'être sur disque. Pour une fois, on ne s'excuse de rien dans ce disque. Je trouve ce disque plus proche du live et aussi plus proche des chansons originelles… Lorsque je compose à la guitare, ce n'est pas clean, c'est parfois bancal, rugueux… Après l'enregistrement, c'est moins bien. En tout cas, ça me plaît moins. Cette fois, le résultat est proche des chansons d'origine.

Ce qui n'a, semble-t-il, pas plu à Barclay/Universal…
Oui (rires). Lorsqu'ils l'ont écouté, ils nous ont dit : "il est super votre disque, mais aucun titre ne passera à la radio". C'est là qu'ils nous ont proposé de faire un duo avec Cali. Ça m'a énervé ! Je suis retourné en studio, j'ai changé les paroles d'un morceau… et c'est devenu "U.N.I.V.E.R.S.A.L." ! Si ça ne passe pas à la radio, on s'en fout !

Et à priori, ça ne passe pas à la radio !
Certaines radios trouvent le disque trop violent, même des stations soi-disant rock. On croit rêver ! En même temps, je suis content. Si les radios trouvent le disque trop rock, tant mieux, ça prouve que c'est un vrai disque de rock. Vu les merdes qui passent à la radio, ce refus est même une bénédiction ! Tout est si lisse…

C'est récurrent chez les Wampas de citer des noms de groupes, de chanteurs ou de personnalités dans les chansons. Après Manu Chao, Jacques Chirac, aujourd'hui Cali… On peut penser que tu tombes dans la facilité.
Je m'étais posé la question à l'époque du morceau "Jacques Chirac En Prison". Mais j'avais envie de le faire et je ne vais pas m'interdire de faire ce que j'ai envie sous prétexte que certaines personnes vont penser ceci ou cela. J'aime bien parler de villes ou de personnes dans mes chansons. J'ai besoin qu'elles collent à quelque chose de réel. Quand tu composes une chanson, c'est tellement vague et abstrait. J'ai besoin de les rendre plus réelles… Alors je cite des choses qui me les rendent plus proches.

On ne s'attendait pas à ce que Georges Marchais réapparaisse sur un disque des Wampas ! D'où vient cette passion pour l'ancien leader du PC français ?
Il y a un an, on a joué pour une fête du PC et je ne sais pas pourquoi, je me suis mis à invoquer l'esprit de Georges Marchais. Voilà (rires). Mes parents étaient communistes, et quand j'étais petit, c'était un peu mon héros. En plus, il était plutôt grande gueule, ses interventions télévisées étaient toujours de grands moments. C'est plus nostalgique que politique.

Pourquoi le ska festif t'énerve-t-il tant ?
Tous ces groupes qui n'ont retenu de la Mano Negra que le côté festif et rigolo… Pffff ! C'est pas que ça le rock ! De même que, lorsque j'ai commencé à traîner dans le milieu punk, les groupes sérieux ou engagés m'exaspéraient. Aujourd'hui, c'est le côté inverse qui m'énerve.

Pourtant, sous bien des aspects, Les Wampas peuvent être considérés comme un groupe festif, non ?
Je crois qu'il ne faut pas confondre le côté décalé et absurde du rock'n'roll et celui voué à n'être que rigolo. Dans ma discothèque, j'ai plein de disques faits par des cinglés, des loufoques géniaux. Dans le rockab par exemple. Cette excentricité fait partie du rock'n'roll. Mais c'est vrai que la limite entre excentricité et comique est fragile. Ce qui m'a plu dans le punk et le rock'n'roll au départ, c'est justement cette liberté de ton qui pouvait donner des choses décalées ou provocantes. Si j'ai aimé le glam rock par exemple, c'est aussi parce qu'il y avait une dimension spectaculaire en plus de la musique. Il était question de mise en scène, mais d'une manière excentrique. Et excentrique, ça ne veut pas forcément dire drôle. Tout le monde critique Indochine, mais lorsque je vois Indochine sur scène, ça me fait beaucoup plus d'effet que lorsque je regarde Noir Désir ou Louise Attaque. Leur côté cinéma, spectacle, rock star me renvoie à mon enfance. Pour moi, jouer un personnage fait partie du rock. Bon, moi, je joue le personnage de Didier Wampas tellement à fond, de manière tellement décalée, qu'on se rapproche effectivement de quelque chose de fun. Mais je l'assume. Monter sur scène habillé de paillettes requiert d'assumer ton rôle de chanteur ou d'icône. Quand les gens viennent te voir sur une scène, il y a une part d'idolâtrie, même minime. Il faut l'accepter. C'est sain de l'assumer. Si tu rejettes cette position, je crois qu'elle finit par te bouffer. Si tu l'acceptes, sans te prendre au sérieux bien sûr, tu peux en jouer et tu évacues quelque chose.

La dernière chanson du disque s'appelle "J'écoutais les Cramps". Début février, Lux Interior, le chanteur des Cramps, nous quittait. C'est un groupe qui a beaucoup compté pour toi et les Wampas.
Oui, je suis sorti sous le choc du concert des Cramps en 1983 ! C'était sens dessus dessous, tout le monde était sur scène, un bordel monstre. Un grand souvenir. On a joué avec les Cramps il y a quelques années, c'était moins… glorieux. Tu as remarqué que c'est une constante dans le rock que les groupes se dégradent avec le temps ? Pourquoi le rock'n'roll devrait être la seule forme d'art où les artistes font des œuvres de moins en moins bien ? En cinéma ou en musique classique, les dernières œuvres sont les meilleures. Les dernières compositions de Mozart ou Beethoven sont gigantesques. Tout le monde salue le dernier film de Clint Eastwood. Il n'y a que dans le rock'n'roll que les disques et les concerts sont de moins en moins bien. Pourquoi les Stones font des merdes depuis 20 ans ? Je refuse cette fatalité. Je veux continuer à faire des choses bien. Pour moi, le dernier album des Wampas est un des meilleurs. Je pense d'ailleurs que nos disques sont de mieux en mieux. Du moins aussi bien les uns que les autres. Il n'y a pas de raison pour qu'on fasse des disques de moins en moins bien. On grandit, on comprend plus de choses, on apprend, on évolue, le matériel s'améliore, les techniques s'affinent… Ce qu'on fait devrait donc être de mieux en mieux, non ?

interview Frank Frejnik

www.wampas.com

Cette interview a été initialement
publiée dans le catazine Addictif #1 (avril 2009)