Addictif R.I.P.
cerebral Ballzy
Hellfest 2011
Welt TurboJugend Tage
Goeland-TV
 
 
Addictif Facebook
 
This Is My Fest
 
 
Samiam
 
 
Title Fight
 
Posté le Jeudi, 04 Juin 2009

Strike Anywhere

Strike Anywhere

On avait profité de la venue du groupe de Richmond en première partie de Rise Against en février dernier pour prendre des nouvelles de Iron Front, son prochain album. Un album forcément spécial puisqu'il marquera les dix ans d'existence de Strike Anywhere ainsi que sa première collaboration avec Bridge Nine Records (label hardcore de Boston). Discussion avec le frontman Thomas Barnett, l'un des musiciens les plus accessibles et humbles qu'il nous était donné de rencontrer.

Quelles sont les nouvelles de Strike Anywhere ? On annonce un nouvel album pour la rentrée ?
Thomas Barnett (chant) : Avant cette tournée avec Rise Against, nous avons passé quelques jours dans un squat à Prague afin d'écrire quelques morceaux. Pendant cinq jours, on a organisé toutes nos idées. On a pensé uniquement à la musique pendant cette petite semaine. On a vraiment hâte de pouvoir enregistrer.

Vous répétez peu aux États-Unis ?

Pas énormément, en fait. On a tous grandi à Richmond en Virginie, mais depuis nous habitons dans des villes éloignées géographiquement. Je suis à Los Angeles car ma femme y travaille. Les autres sont sur la côte Est entre Richmond et Baltimore. Mais on s'envoie de la musique via internet. Il y a cependant une limite à écrire du punk rock sur son ordinateur. Heureusement que l'on parvient à se retrouver de temps à autre dans une pièce le volume à fond. C'est ainsi que le punk prend vie. Le prochain disque célèbrera les dix ans de Strike Anywhere et il englobera tout ce à quoi nous avons pu toucher musicalement durant cette décennie avec une ouverture sur ce que nous pourrons devenir dans le futur.

Vous avez déjà pensé au titre du disque ?
Oui. Il s'appellera Iron Front, en référence à l'organisation allemande des années 30. Le logo avec les flèches que l'on utilise est emprunté à Iron Front. Ce logo représente un cercle antifasciste. Iron Front était un regroupement qui dans les années 30 en Allemagne a essayé de prévenir l'opinion publique de la menace que représentait Hitler. Le logo a été créé par un artiste appelé Sergei Tschachotin. L'idée était que ce cercle pouvait recouvrir les swastikas des nazis sur les murs. Iron Front était aussi bien anti-nazi qu'anti-monarchiste et anti-militariste. Certaines personnes savent que ce logo est antérieur au punk et à Strike Anywhere et qu'on l'utilise pour perpétuer des idées. Mais d'autres pensent certainement que c'est notre logo, il nous faut corriger cette erreur. Ce disque rendra hommage à cette association. Quand tu visites le musée de Dachau, en banlieue de Munich, tu retrouves ce symbole pour parler de la résistance.

Qu'en avez-vous commencé à utiliser ce logo ?
On l'avait déjà avec mon premier groupe, Inquisition. On l'avait remarqué chez les groupes anti-racistes anglais et chez la formation hollandaise The Ex. The Ex l'a utilisé sur un 45 tours. Chumbawamba (groupe anglais issu de la mouvance anarchopunk — ndr) aussi. Au début des années 90, un ami m'avait ramené de la littérature anti-fasciste avec ce logo. C'est à ce moment-là que je me suis dit que ce symbole reflétait parfaitement notre optique anti-raciste en tant que groupe de punk rock.

Ce disque va célébrer vos dix ans. En même temps, il sera votre premier disque enregistré après Bush. L'élection d'Obama a-t-elle une incidence sur ton écriture ?
Oui. On a joué à Richmond le jour des élections dans un quartier noir connu pour avoir été un de bastions de la culture afro-américaine avant la fin de la ségrégation. Obligés à vivre séparément des blancs, les noirs américains y avaient leurs boutiques. Maggie Walker (enseignante devenue la première fois femme noire américaine a être à la tête d'une banque — ndr) dans les années 20 y avait ouvert la première banque pour noirs américains. Le jour des élections, on a joué dans une galerie d'art qui lui rend hommage. Quand l'annonce de la victoire d'Obama a été communiqué, nous étions en train de sortir le matériel du camion et jamais, je n'avais ressenti de ma vie une telle sensation de justice, d'équité et de joie. Malheureusement, Obama ne pourra jamais rien faire tant le système politique américain est pourri. Les Démocrates sont aussi corrompus que les Républicains. Le président n'a en réalité que très peu de pouvoir à moins de marcher dans les pas programmés des corporations. Mais j'ai espoir qu'Obama soit malin et juste. Il est porteur d'espoir. Même s'il ne restera qu'un symbole. Pour la première fois dans l'histoire des États-Unis, la frange pauvre de notre pays s'est intéressée à la politique et est allé voter en masse. C'est un changement important dans le comportement de ce pays. Une conscience politique est en train de naître. Forcément, cette élection aura sa place dans nos chansons. Tout comme les génocides en Afrique, les causes environnementales, l'apocalypse écologique, la cause ouvrière. Ce ne sont pas les sujets qui manquent. Peut-être que notre espèce n'est sur terre que pour un passage. Comme un virus. Cette idée m'intrigue.

Quand sortira Iron Front ?
À l'automne probablement. On retourne au Salad Days à Baltimore avec Brian McTernan. On a déjà une idée du son de guitare que l'on souhaite. Une distorsion plus crue et plus sale avec un peu de guitares acoustiques.

De la guitare acoustique ? Vos fans vont trembler à ce mot ?
Oui (rires). Mais ce n'est pas de l'acoustique genre balade pour les filles (rires) ! Une des guitares sera acoustique pour le son des percussions sur les cordes. Quelques disques essentiels du punk les ont utilisés de cette manière comme Worlds Apart des Subhumans. C'est plus une idée de production. Au niveau de la musique, on aura des titres plus rapides et énervés que par le passé.

Qu'écoutez vous en tournée ?

Teenage Bottlerocket qui vient de signer sur Fat Wreck. Ils jouaient le même jour que nous et Rise Against à Berlin. Sur scène, on a encouragé les 4000 personnes présentes à aller dans un petit club les voir. J'adore ce groupe. Warning Device, leur dernier album, est rempli de tubes. On aime le pop punk actuel comme celui de The Exploding Hearts. En ce moment, on écoute aussi Smoke Or Fire, Tragedy, le dernier EP de Dead To Me, The Parasitics avec l'ancien batteur d'Avail, c'est à la Discharge avec plus de mélodies. Il y a tant de bonnes musiques. On essaie en ce moment de ressusciter Saint Andrews, un endroit DIY placé entre Baltimore et Washington où l'on a ouvert pour Sick Of It All en 1999. On va y faire un show où l'on jouera l'intégralité de Iron Front. On souhaiterait que Bane partage l'affiche avec nous. Dans cette salle, en 1994, j'ai vu Four Walls Falling, un groupe de Richmond qui demeure une de mes plus grandes influences.

Écoutez-vous de la musique autre que du punk rock ?
Oui. Beaucoup de dub, de reggae, de musique latine, d'afro beat, de soul comme Curtis Mayfield, Marvin Gaye, Lee Scratch Perry. Notamment sur cette tournée. Bedouin Soundclash aussi, ce sont de bons amis. Ils ont le bon côté des premiers disques de Police. On joue de temps en temps ensemble et on a avancé l'idée qu'ils remixent quelques-uns de nos titres. Il n'y a pas assez de rencontre entre le punk et le reggae. Le punk rock doit s'étendre culturellement. The Clash l'avait compris. Notre musique restera heavy et agressive, mais je crois que mes vocaux vont avoir une approche plus soul dans le futur.

Quel a été ton premier concert ?
Gwar a commencé à Richmond à la fin des 80's. Ils fabriquaient leurs propres costumes de monstres et montaient des shows très DIY avec du faux sang. J'avais 15 ans quand je les ai vus et j'ai flippé (rires). C'était du théâtre d'un genre nouveau. Il y avait quelques groupes punks locaux avec eux. A l'époque, la scène était surtout thrash et skate punk. Il n'y avait pas d'internet et chaque ville avait sa propre scène. Les kids comme nous, nous nous nourrissions de notre scène sans savoir ce qu'il pouvait se passer ailleurs. Chaque scène était isolée. Fugazi était le groupe de l'extérieur qui venait le plus souvent. Ils étaient incroyables. Je croyais mourir à chacune de leur prestation (rires). Avec eux, le punk perdait son aspect rage pure et destructrice pour quelque chose de plus personnelle, d'intime, et d'intelligent. Cela parlait indéniablement à tous ceux qui se sentaient décalés par rapport à l'école et à la société.

Interview Olivier Portnoi

www.strikeanywhere.org
www.myspace.com/strikeanywhere