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Posté le Mardi, 25 Août 2009

Billy Talent interview

Billy Talent Interview

Après une tournée estivale américaine aux côtés de Rancid et Rise Against, Billy Talent vient défendre III, son troisième album à Rock En Seine, le même jour que Faith No More. Outsider canadien, le quatuor s'est donné pour mission de réconcilier les nineties avec les seventies. Produit par cartonner, III ne surprend certes pas mais ravit déjà les nombreux fans de Billy Talent.

Le nouvel album s'appelle simplement III. Depuis, le début, vous aviez dans l'idée de nommer vos albums de simples chiffres ?
Ian D'Sa (guitares) : Le premier s'appelait Billy Talent. Puis il nous a paru logique de nommer le second II. Quant au troisième, III paraissait bien (rires). Mais cela risque d'être le dernier avec un chiffre. S'arrêter à une trilogie est toujours bien. On verra pour le suivant.

The Bronx ont nommé tous leurs disques de The Bronx. Ils ont fait mieux que vous.
Ben Kowalewicz (chant) : Oui, c'est dingue. Je me demande comment les disquaires s'y retrouvent. Je trouve cela assez génial.
Ian : C'est un super groupe.

Quelle a été votre approche sur ce disque ?
Ian : On n'a pas eu d'idées préconçues. On a laissé notre créativité s'exprimer pour voir ce qui allait sortir. On n'a pas eu peur d'essayer de nouvelles choses et surtout de puiser dans nos influences du début des années 90 comme Soundgarden, Jane's Addiction, Nirvana, Pearl Jam ou Rage Against The Machine. Il y a vraiment un goût nineties à ce disque. On rend hommage à la musique que l'on écoutait à nos débuts en 1993.

Vous avez souvent décrit Billy Talent comme un croisement entre les 90's et les 70's. Ce qui paraît logique vu que les groupes des années 90 étaient tous fortement marqués par les 70's ?
Ian : Oui c'est logique. On a zappé les 80's. Les 70's sont revenus dans les 90's et les 90's refont surface à la fin des années 2000.

Qu'en est-il des années 2000 ?
Ben : Il y a eu des bons groupes, mais pas de scène marquante comme dans les 90's avec le grunge puis l'explosion de la scène punk avec Green Day, Offspring, Rancid, NOFX. Il y a aussi eu la brit pop d'Oasis, puis l'electronique de Prodigy à Portishead. Ces années étaient vraiment intenses.

Quels albums symboliseraient le mieux Billy Talent III ?
Ben : Led Zeppelin IV, Soundgarden Badmotorfinger, RATM Evil Empire et Synchronicity de The Police ou Reggatta de Blanc. Peut-être aussi Blood, Sugar, Sex and Magic des Red Hot.

C'est marrant de vous voir citer Evil Empire de RATM, un album qui a sa sortie a été critiqué par les fans.

Ben : Il a eu moins d'impact mais pour moi, il est meilleur. Tout comme Pinkerton de Weezer est supérieur au premier alors qu'il a été mal perçu à sa sortie. Aujourd'hui, c'est devenu le disque culte de Weezer.

Que vous citiez The Police n'est pas surprenant. Notamment après avoir écouté le titre "Diamond On a Landmine".
Ian : Ce titre est vraiment un hommage conscient à The Police. Andy Summers reste un de mes guitaristes préférés. Quand j'ai trouvé les accords de notre chanson, j'ai tout de suite pensé à Summers et on est parti sur une section rythmique façon Police. Ils avaient une manière unique de rendre un titre lumineux et entraînant. Personne n'écrit plus de chanson de la sorte.

Billy Talent Interview


Vu vos références, le choix de Brendan O' Brien (RATM, Pearl Jam, AC/DC) à la production, n'est pas une surprise.
Ben : On rêvait de travailler avec lui mais on aurait jamais pensé en avoir l'occasion.
Ian : C'est quelqu'un de très occupé. Entre AC/DC, Bruce Springsteen et Pearl Jam, on ne pensait pas qu'il aurait le temps d'écouter nos démos. Mais un jour, on reçoit un coup de fil comme quoi il aime nos titres et qu'il est partant pour produire le disque. C'était un honneur pour nous. Il possède un son propre à lui. Les disques qu'il a produits dans les années 90 restent crédibles encore aujourd'hui et sont devenus des pierres angulaires de la musique. Il sait capturer la puissance live d'un groupe. Ce sont ces qualités que l'on recherchait.
Ben : Mais tout aurait pu mal se passer. Collaborer avec quelqu'un aussi intimement sans le connaître est spécial. On aurait pu se rendre compte en studio que nous n'étions pas sur la même longueur d'ondes. Mais fort heureusement, cela n'a pas été le cas.

Cela vous est-il déjà arrivé de ne pas vous entendre avec un producteur ?
Ben : Sur le précédent album, oui. Mais on reste content de II. En studio, il faut avoir du respect et de la confiance avec les gens qui t'enregistrent. Autrement, tu as du mal à accepter les critiques ou les idées que l'on te propose. Intégrer quelqu'un de l'extérieur au groupe pendant quelques semaines n'est pas simple. Pour Brendan, vu son CV, nous étions déjà en confiance avant de commencer. On n'a pas arrêté de lui demander de nous raconter des histoires sur ses enregistrements.

Vous en avez pas une pour nous ?
Ian : Si sur RATM. Quand tu écoutes Evil Empire, tu te dis que les batteries ont dû être captées dans une pièce énorme. En réalité, tout a été fait dans un petit local de répét avec du matériel mobile. C'était le désir du groupe. Cela montre le talent de Brendan.

Sur la première version de la chanson "Turn Your Back", les chœurs sont chantés par Anti-Flag. Ce qui n'est pas le cas sur III. Comment se fait-il ?
Ben : La version avec Anti-Flag a été réalisée pour un single caritatif disponible sur iTunes. Ils sont venus chanter avec nous et nous avons participé à un de leurs morceaux. Anti-Flag de par son combat était le groupe idéal pour ce projet. Ils ont un message plus politique que nous, mais ce titre traite des problèmes environnementaux. On les a emmené avec nous en tournée canadienne. Depuis, nous sommes devenus amis. Mais on a voulu réenregistrer ce titre pour l'album. Cette version avec Anti-Flag est plus une démo.

II était basé sur des idées de confiance et sur le fait de grandir. Quel serait le thème générique de III ?
Ben : Ce disque est le plus personnel de tous. Je crois que chacun peut se reconnaître dans les chansons. C'est un disque optimiste. Même s'il y a des sujets parfois sombres, nous sommes en tant que groupe dans une phase positive et cela se ressent. C'est ce que l'on a voulu retranscrire avec la pochette. Si tu regardes le chiffre III, il peut s'apparenter à des barreaux de prison. On a voulu représenter des oiseaux qui traversent ces barreaux comme un signe d'espoir.

Idée originale, vous avez sorti une version deluxe de III qui contient en bonus l'album sans les parties de guitare.

Ian : Oui. On l'a appelé Guitar Villain. Les jeux de guitare sont à la mode. Et pas mal de nos fans m'explique régulièrement qu'ils adorent rejouer mes parties sur nos disques. On a voulu leur offrir le disque sans mes guitares pour que cette fois-ci, ils aient vraiment l'impression de jouer avec Billy Talent.

Billy Talent Interview


Vous allez jouer à Rock En Seine fin Août. Que pensez vous de votre public français ?
Ben : Il est génial et fidèle. Le futur des groupes n'est plus chez les disquaires mais sur scène. Billy Talent est un groupe qui travaille dur et je suis fier de constater qu'en France comme au Canada et dans d'autres pays, on a su batir une base de fans qui nous est dévoué. Qu'importe si on ne passe pas à la radio, on sait qu'ils seront là quoiqu'ils arrivent. Le modèle pour nous serait Pearl Jam. Certains de leurs albums passent inaperçus médiatiquement. Pas par leur manque de qualité juste à cause des modes. Mais Pearl Jam s'en fiche et peut vivre rien qu'avec ses fans. Cela procure à ce groupe une force incroyable. Ils peuvent faire tout ce qui leur passe par la tête.
Ian : Ce qui reste est la musique. Qu'importe les modes, ton look, ton label. Au final, les gens ne se souviennent de ton groupe que si les morceaux étaient de qualité. C'est ce qu'a Pearl Jam et ce que nous visons.

Billy Talent s'est toujours distingué par ta voix Ben et Ian, par ta coupe de cheveux mais surtout ton jeu de guitare.
Ben : C'est devenu un atout avec le temps mais cela ne l'a pas toujours été. Au début, ma putain de voix chelou et le jeu de Ian ne correspondaient à rien de connu. Du coup, on ne rentrait dans aucune scène. Ni punk, ni metal, ni pop. On partageait des affiches avec toutes sortes de groupes sans arriver à s'immiscer quelque part.
Ian : C'est aujourd'hui une force. Mais on a du se battre. Comme ce fut pour d'autres comme les Red Hot par exemple qui ne ressemblant à rien à l'époque, ont du attendre le quatrième album avant de connaître le succès.

Quelle fut la première chanson que vous avez apprise à jouer ?

Ian : "Rockin' In A free World" de Neil Young au début des nineties lors de notre première répét. Mais personnellement, ce fut le riff de "You Really Got Me" des Kinks.

Les Américains aiment se moquer des Canadiens. Vous êtes un peu ce que les Belges sont pour les Français. Vous avez droit à des blagues de la part de vos compagnons de tournée américains?

Ben : Oui (rires). Je crois qu'ils savent que nous sommes un peu plus malins qu'eux (rires). Alors ils se vengent sur les blagues.
Ian : Et notre pays est plus propre.
Ben : Les Américains aiment nous taquiner. Mais on s'en fout. Tu n'entends pas de Canadiens détestait leur pays. On est tous fiers de notre pays. Contrairement aux Américains.
Ian : Le plus marrant c'est de voir à quel point les Américains sont souvent ignares sur le Canada. Ils pensent que l'on vit tous dans les bois avec des chiens de traineaux. C'est véridique.
Ben : South Park aime jouer avec les stéréotypes des Canadiens. Maintenant, il est vrai que l'on a enfanté Bryan Adams. Merde ! Mais j'adore South Park.

Interview : Olivier Portnoi
www.billytalent.com

Cette interview est parue initialement
en version courte dans le catazine Addictif #3