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Posté le Lundi, 20 Juillet 2009

SPINNERETTE

Brody Dalle Spinerette interview

L'ex Distillers Brody Dalle sort enfin de sa retraite avec son projet le plus pop à ce jour. Longtemps considérée comme la nouvelle Courtney Love ("le premier morceau que j'ai appris à jouer était "Garbadge Man", extrait de Pretty On The Inside"), à 30 ans, l'Australienne a mis pas mal d'eau dans son vin. Fini les ruades punk et les coups de gueule façon Distillers. Spinnerette avec son premier album éponyme s'oriente vers une pop tortueuse, dansante et atmosphérique.

Ce disque semble avoir mis pas mal de temps à voir le jour. Que s'est-il passé?
Brody Dalle (chant/guitare) : On a terminé l'enregistrement il y a déjà plus d'un an et demi. Mais on a été bloqué pour des histoires de contrat et de logistique. J'étais sous contrat avec Warner à cause des Distillers, il a fallu que j'y mette un terme, puis on a dû chercher un nouveau management, un label. Tout cela représente beaucoup d'attente. Pour faire patienter les gens et faire découvrir notre musique, on a d'abord sorti un EP "Ghetto Love" en décembre 2008. Tout est à refaire avec Spinnerette. Il nous faut tout reconstruire dans un business qui a totalement changé.

En trois ans, vous sentez vraiment la différence?
Oui. Elle est flagrante. Ce n'est pas facile de se dire qu'il faut tout reconstruire après avoir été dans un groupe qui a sorti trois albums. Il n'y a plus de communauté musicale aujourd'hui. La plupart des groupes ne sont que des produits. Je ne retrouve pas cette camaraderie qu'il y avait il y a quelques années. J'espère que cela changera dès que l'on jouera plus mais j'en doute.
Tony Bevilacqua (guitare) : Tout le monde peut sortir son album avec son ordinateur mais du coup, cela dévalorise la notion d'album et la scène est remplie de groupes qui n'ont pas la hargne qu'il faut et qui du coup arrêtent au moindre coup dur.

Ne croyez vous pas que cette notion de scène appartenait à l'environnement punk dans lequel vous avez baigné avec Hellcat et les Distillers ?
Brody : Oui et non. Cette scène punk se détériore aussi. Pas mal de groupes ont vieilli et sont rattrapés par la réalité de la vie. La crise du marché fait qu'il est de plus en plus dur de vivre de son art. A Los Angeles, par exemple, il n'y a qu'un seul disquaire indé encore debout. C'est dingue de se dire que tous les disquaires indés ont fermé tout comme des grandes chaînes tels que Virgin et Tower Records. Cela montre à quel point la scène est en piteuse état.
Tony : A Los Angeles, les seuls indés qui restent ouverts sont ceux consacrés au vinyle. Mais du coup, cela ne touche qu'un public spécialisé. Je regrette cette époque où je pouvais aller chez un disquaire fouiner et acheter un disque. Aujourd'hui, tu récupères des fichiers sur ordi et tu ne sais même plus qui a joué dessus, qui a produit, qui a collaboré. Cela me fait chier. Du coup, je rachète du vinyle.

Après la fin des Distillers, vous a-t-il fallu beaucoup de réflexion afin de savoir ce que vous vouliez faire ?

Brody : Non, il n'y a pas eu tant de réflexion. L'idée est que l'on redémarre un projet loin des Distillers. Au final, certaines de nos chansons auraient peut-être convenir aux Distillers dans la forme mais pas dans le traitement. Alain (Johannes, collaborateur des Queens Of the Stone Age — ndr) qui a arrangé le disque en a fait quelque chose de radicalement différent.

Qu'est ce qui a provoqué la fin des Distillers ?
Tony : On était cramé.
Brody : Créativement, personne ne s'y retrouvait plus. Cela faisait deux ans que l'on était sur la route et le groupe était éclaté. On ne traînait plus ensemble, ni en tournée, ni de retour chez nous. Il n'y avait plus de cohésion.
Tony : La vie de groupe est difficile. Il est dur de rester soudé. Tant de groupes parviennent à collaborer ensemble tout en se détestant à un niveau personnel. J'ai du mal à comprendre cette ambiance. D'autres groupes sont amis mais leur musique ne fonctionne pas. Mais leur amitié les contraint à persévérer. On a pas envie d'être l'un de ces deux cas.

Spinnerette est centré autour de vous deux. Le groupe live sera différent de celui qui a enregistré le disque. Pourquoi ?
Brody : Le batteur Jack Irons (RHCP, Pearl Jam) a tourné toute sa vie et aujourd'hui, il ne désire plus repartir sur la route aussi intensément. Théoriquement, il ne devrait pas être avec nous. Alain est ingé son et aime le travail en studio. Mais j'aurai voulu avoir ce groupe en live. Pour l'instant, on a débauché les frères Hidalgo, les fils de David Hidalgo de Los Lobos à la section rythmique, et nous avons un autre guitariste aux côtés de Tony pour que je puisse me consacrer au chant. J'ai rencontré les frères Hidalgo en tournant avec The Bronx. On a souvent joué avec eux à l'époque des Distillers. Les frères Hidalgo font parti de The Drips, l'autre groupe du chanteur et du guitariste de The Bronx.

Brody Dalle Spinerette interview

Qu'est ce qui vous a le plus influencé sur ce disque ?
Tony : Rien de précis. Je n'avais pas d'expectation particulière. L'idée était surtout de ne pas se freiner sur l'expérimentation. Ce disque sonne différemment par rapport à tout ce que j'ai pu faire par le passé. Dernièrement, je me suis à écouter beaucoup de musique sans guitare. La culture du riff me fatigue. Des groupes comme Portishead, Bag To Lashes, Bad to Ashes.
Brody : J'ai écouté beaucoup de blues. Je suis complètement amoureuse de Howlin Wolf. Mais en studio, je n'écoutais rien de précis à part Cibo Matto parce que ma fille les apprécie. Ou les Beach Boys.

Etre maman a t-il transformé ton approche de la musique ?
Brody : Non. Pas au niveau de la musique. Plus au niveau des textes par contre. J'ai changé en tant que femme. Mes émotions sont chamboulées. J'ai dû confronté mon passé, m'affranchir de traumatismes liés à mon enfance et mon adolescence pour ne pas transmettre mes angoisses et mes démons à ma fille. J'ai beaucoup travaillé sur moi-même. Les Distillers n'allaient pas en profondeur. Sur Spinnerette, je me mets vraiment à nue. Je parle de mes doutes.

Brody, à la fin des Distillers, tu parlais d'avoir envie d'un projet plus "artistique" avec plus de contrôle créatif. Qu'est ce que tu entendais par là ?
Brody : Les Distillers étaient un groupe de punk rock. Or, j'avais parfois tendance à me censure, à me freiner en me disant que les kids n'allaient pas aimer ou accepter. J'aime toujours autant le punk rock, ce sont mes racines, mais j'avais envie d'autres choses de moins formater, de plus expérimental. J'ai choisi d'arrêter de me soucier de ce que l'on pourrait penser de ma musique et de faire ce que j'avais réellement en tête.

A l'époque de Coral Fang, Warner a t-il été essayé de vous imposer certaines choses ?

Brody : Pas imposer, mais ils ont suggéré des choses. Ils auraient aimé que notre musique soit plus popy, qu'elle soit plus orientée chansons. La seule chose qu'ils nous ont imposé c'est une seconde pochette à Coral Fang, la pochette initiale ayant été censurée par les grandes chaines de disquaires. Cela m'a énervé mais on a joué le jeu pour que notre disque soit disponible. Mais musicalement, Warner ne nous a rien imposé. Cette remarque sur le contrôle créatif est personnelle et en en rapport avec les limites que je me fixais.

Quelle a été la première chanson que vous avez appris à jouer ?
Brody : "Garbadge Man" de Hole. Pretty On The Inside est mon disque préféré de Hole. Je n'ai pas aimé ce qu'a fait Courtney Love par la suite.
Tony : Pour moi, cela devenait être "Smoke On The Water" ou alors du AC/DC. Je me souviens aussi que je n'arrivais pas à interpréter le riff de "Back In Black". J'ai du y passer des heures dans ma chambre avant de pouvoir le rejouer.

Qu'avez vous conservé de vos années punk ?
Brody : Je suis toujours une grande gueule. Et l'attitude ne disparaît jamais. Je ne suis pas plus facile à cotoyer (rires). Je continue à aimer le punk même si je n'en joue plus. Et j'ai toujours un "Fuck Off" tatoué sur le bras.

Quels sont les groupes avec lesquels vous aimeriez tourner ?
Ratata. Leur musique est instrumentale mais leur live est énorme. On adore aussi The Bronx. On a passé des moments géniaux avec eux. A l'époque des Distillers, on a les a emmené partout avec nous. Je me souviens d'un soir à Amsterdam quand après avoir pris des champignons, on déambulait comme des zombies dans les rues de la ville. Je dois forcément citer Queens Of the Stone Age, vu que c'est le groupe de mon mari. Mais outre ca, je trouve Josh impressionnant. QOTSA sont les T-Rex du rock'n'roll. On a aussi cotoyé les Donnas, Peaches.

On t'a entendu chanter sur les projets de Josh Homme, ton mari. C'est quelque chose que tu risque de continuer ?
Il n'y a rien d'établi. Ce ne sont pas de réelles collaborations. Faire des chœurs pour Queens Of The Stone Age sur Lullabies To Paralyze, ou Eagles Of Death Metal ne m'a pas pris beaucoup de temps. C'était surtout pour le fun.

Aux Etats-Unis, vous êtes signés sur le label créé par Rush, Anthem. C'est une étrange combinaison ?
Rush a créé son label dans les seventies quand personne ne voulait sortir ses disques. Il a bien fait puisqu'il en a vendu des millions par la suite. J'ai une amie qui travaille là-bas. Je lui ai transmis une démo. Anthem y a cru. Mais je n'ai rencontré les Rush que plus tard un jour à Vancouver.

Quels sont vos projets pour cet été?
Des dates aux Etats-Unis, puis des festivals en Europe ainsi que des dates par chez vous. On va jouer au Nouveau Casino fin Août.

Interview réalisée par Olivier Portnoi

Spinnerette sera en concert le 25 août 2009 au Nouveau Casino