Face The Colossus est sorti depuis maintenant six mois. Quel est le verdict ?
Franky (batterie) : Le verdict est extrêmement positif, surtout à l'étranger, encore plus qu'il ne l'avait été pour notre précédent album What Hell Is About (2006) ; ce qui nous permet de tourner de plus en plus en Europe et nous en sommes vraiment contents. Les salles n’ont jamais été aussi remplies et c’est un plaisir de défendre Face the Colossus sur scène. L'accueil en France est excellent aussi, mais peut être un plus nuancé... Face The Colossus montrant un visage différent de Dagoba, via quelques petites prises de risques au niveau de l'évolution générale du son du groupe et de certaines ouvertures musicales sur un ou deux titres, nous savons que c'est un disque plus dense dans lequel il faut se plonger plusieurs fois pour cerner et apprécier tout le contenu. Nous comprenons que les fans des deux premiers albums de Dagoba (habitués à un son plus radical et direct) soient un peu plus surpris à la première écoute par ces petits changements mais beaucoup s'accordent à dire que c'est un album plus riche qui s'apprécie sur le long terme.
Comment expliques-tu ces deux avis légèrement nuancés ?
C'est assez simple. En France, le groupe a fait son trou depuis plusieurs années déjà avec des disques beaucoup plus brut de décoffrage (Release The Fury en 2001, et le premier album éponyme en 2003), des disques clairement influencés par Fear Factory, Slipknot, Machine Head et Pantera, soit une musique très radicale, très rythmique, assez minimaliste de façon générale, et calibrée pour le live. Face The Colossus montre une évolution musicale qui tranche avec nos enregistrements du début ce qui aurait pu surprendre une partie des fans de la première heure. À l'inverse, à l'étranger, le public ne nous connaît surtout qu'à travers What Hell Is About, un disque au son plus "scandinave" et qui amorçait déjà une certaine évolution et plus de mélodies. Du coup, là-bas, le public n'a pas du tout été déstabilisé par la teneur du nouvel album. D'où un accueil encore plus chaleureux.
En France, les critiques se portent essentiellement sur la production et le mix.
Personnellement, je m'y attendais un peu ! Le son de Dagoba sur ce disque est assez différent et chargé. Je comprends que certains aient pu être troublé. Peut-être avons-nous trop insisté sur les samples et les ambiances atmosphériques qui, au final, ont adouci l'agressivité et le côté tranchant des morceaux. Mais nous rentrons là dans un interminable débat de "goûts et de couleurs" où les sensibilités et attentes de chacun peuvent vraiment être différentes sur l'appréciation d'un mix. Sur Face the Colossus, le côté symphonique et grandiloquent (même au niveau de l'artwork) a été mis en avant. Je trouve qu'à ce niveau-là, le résultat est incroyable et très original, en corrélation parfaite avec tout le visuel épique du disque. C'est presque un album concept qui aurait pour but de transporter l'auditeur dans une aventure où l'ambiance générale et le côté atmosphérique prend tout son sens.
Pensez vous que votre public aurait tendance à préférer le Dagoba du passé ?
Dans la carrière d'un groupe, il y a très souvent un album charnière, un disque qui permet aux musiciens de se remettre en question. Sans doute que pour nous, ce sera Face The Colossus ! Peut-être que ce disque nous poussera à effectuer un retour aux sources, tant au niveau de la production que du style, pour notre prochain album. Nous ne nous imposons et interdisons rien dans Dagoba, si nous souhaitons faire une balade, nous la faisons et nous assumons complètement. Pour répondre à ta question, je pense que c'est très variable et les fans ont des titres favoris sur les trois albums, souvent les filles apprécient les titres plus mélodiques comme "Back from Life", "Another Day", "Cancer", "Things within" ; les titres les plus agressifs de nos albums ("The White Guy", "It's All About Time", "Fall of Men", "Sudden Death") plaisent aux fans de metal plus extrême... Les pogoteurs, slammeurs, jumpeurs et autres ravageurs de pit auront tendance à demander les titres issus de notre premier album ou Release the Fury (comme "Maniak", "Rush", "Scapegoat") et les titres de Face the Colossus contenteront bien plus les fans de symphonique, atmosphérique, épique...
Nous nous apercevons que notre public est assez large et je pense que cela correspond parfaitement à toutes les différentes couleurs et facettes de la musique de Dagoba sur nos trois albums. Peut-être, effectivement, que pas mal de titres des deux premiers albums plus directs et brutaux sont plus calibrés pour le live et ont un impact plus puissant en concert. De façon générale, les titres les plus demandés sont :"The Man you're not", "The White Guy", "Things Within", "It's all about time".
Existe-t-il une différence entre le Dagoba live et le Dagoba en studio ?
Souvent, après un concert en France, on vient me dire : "Putain, les morceaux de Face The Colossus… déboîtent ! Faudra que je réécoute le CD car je ne les avais pas perçus comme ça". Comme si ces personnes découvraient la teneur de ces titres plus en live que sur CD. Quand notre ingé-son nous fait le son en concert, c'est brut de décoffrage, bien plus agressif , les samples et effets ne sont pas dosés comme sur l'album (même si tous les samples des albums sont restitués en live). Il faut que le son de Dagoba en live soit surpuissant et sans concession et le travail de notre ingé-son à ce niveau-là est remarquable ! Sans traitement particulier, les morceaux de Face The Colossus s'insèrent parfaitement dans le répertoire de Dagoba, ils ne dénotent pas du tout au milieu de titres du premier album par exemple. Ce qui confirme quelque part que si Colossus surprend un peu au départ, c'est plus une question de perception de la production ; la qualité et la puissance des compos n'entrent pas en ligne de compte. Mais encore une fois, chacun a sa propre appréciation du mix, certaines chroniques (pratiquement toutes les étrangères) font état d'un son colossal et de production très personnelle ! Ce côté symphonique plait énormément aussi !
En live, le côté animal et brutal des titres de Dagoba est amplifié pour rendre le concert le plus explosif possible et les arrangements et les orchestrations passent légèrement au second plan.
Il semblerait que de plus en plus de groupes français attirent l'attention à l'étranger. Tu perçois ce changement ?
De plus en plus de portes s'ouvrent aux groupes métal français, c'est certain. Gojira est une locomotive exceptionnelle pour le métal français. Face The Colossus fonctionne super bien à l'étranger, si bien qu'on commence à avoir autant de demandes de concerts qu'en France, à la fois pour de gros festivals que pour des concerts dans les clubs. C'est un pas en avant incroyable pour nous ! Je pense que les groupes français ont un côté "outsider". La France a plutôt une mauvaise réputation en matière de rock et de métal. Du coup, quand un groupe met la claque en concert et que les gens apprennent que ce groupe est français, la surprise est double et devient un argument de poids ! Mais ce qui ferait encore plus pencher la balance en faveur de Dagoba, ce serait une percée américaine, comme Gojira en train de le faire en ce moment. Percer en Europe, c'est bien, mais dès que tu perces aux USA, les répercutions sont immenses. On attend la bonne opportunité pour faire une tournée là-bas, du même type que celle qu'on a pu faire en Europe en 2006 avec In Flames et Sepultura. Mais ça, ce sont des choses qui se monnaient super cher, le public n'en a pas forcément conscience. Cependant, ça vaut vraiment le coup, c'est la meilleure promo, de la promo de grosse envergure dont l'impact est incroyable.
L'année prochaine, le groupe fêtera ses dix ans d'existence. Quand vous regardez en arrière, que ressentez-vous ?
On est assez fier et content du parcours réalisé. Mais pas surpris. Ça peut paraître arrogant, mais on a tout donné depuis nos 16/17 ans. Passionnés à mort par le métal, on a tout fait pour que ça fonctionne toujours de mieux en mieux. Je ne parlerais pas de sacrifices, que ce soit en temps, en argent ou en énergie, car tout ce que nous avons fait a été extrêmement excitant et jouissif à réaliser, mais cela demande un réel travail. On a simplement fait un pari, et on a tout fait pour le tenir. Les groupes demandent souvent quelle est la recette, mais il n'y en a pas. Il n'est question que de volonté et de sincérité.Par exemple, à nos débuts, c'était la mode du néo-métal avec un chant en français. A cette époque, on nous a reproché de chanter en anglais. Mais on a tenu notre position car le chant anglais nous correspondait vraiment et notre envie de s'exporter était déjà présente. Et au final, nos choix, aidés par beaucoup de travail, ont payé. Cette volonté d'avancer et cette notion de challenge, c'est un peu le message de Face the Colossus : il peut y avoir pas mal d’interprétations à ce titre d’album et cette pochette, et c’est plus le concept général qui nous intéresse qu’une métaphore en particulier. Ce qui est important pour nous, c’est cette idée de défi qui en ressort ! Vaincre l’imbattable, surmonter l’insurmontable… c’est très stimulant. Nous nous sommes toujours fixé des objectifs, parfois fous et invraisemblables, et nous nous sommes toujours donné les moyens d’aller au bout de nos idées, sans baisser les bras à la première embûche. Ce fameux "colosse" pourrait représenter les galères que rencontre un musicien pour arriver à ses fins, ou encore la difficulté que peut rencontrer un groupe français pour s’imposer sur la scène métal internationale… libre à chacun d’y trouver sa métaphore personnelle.
Propos recueillis par Frank Frejnik










