Pourquoi remonté Satan Jokers aujourd'hui ?
Renaud Hantson : Dans le passé, lors d'interviews, on me posait souvent la question suivante : "Puisque le groupe était en avance sur son époque, pourquoi ne pas le remonter aujourd'hui ?" Systématiquement, c'était une fin de non recevoir de ma part. Parce que beaucoup de mon temps était occupé par ce que je faisais en solo, mon école de batterie et les cours de chant que je donne. J'ai aussi un autre groupe, Furious Zoo, qui joue pas mal en club et avec qui j'ai sorti quatre albums et un DVD. Tout ça me tenait suffisamment occupé pour que je pense à remonter Satan Jokers. Mais il y a quatre ans, le bassiste avec qui j'ai créé Satan Jokers, Laurent Bernat, est décédé et ça m'a fait un choc. C'était quelqu'un très important pour moi, mon meilleur ami à l'époque du lycée, un mec génial… C'était quelqu'un qui, malheureusement, comme beaucoup de musiciens de rock, a connu la toxicomanie et en est mort. Parallèlement, Pascal Mulot (bassiste emblématique de la scène metal française — Ndr) me pressait d'accepter les propositions de festivals qu'on faisait régulièrement à Satan Jokers. J'ai accepté à la condition qu'on donne un sens à ce retour en faisant un nouvel album. Comme je m'emmerdais comme un rat mort dans un show bizness moribond, pourquoi, à 45 ans, je ne m'amuserais pas à faire ce qui me fait vraiment kiffer. Donc voilà. La motivation profonde du retour de Satan Jokers est de foutre un peu la merde dans le monde du hard rock français mais surtout pour s'amuser.
Le projet s'est concrétisé très rapidement…
Oui, très rapidement. Pascal Mulot et Laurent Bernat étant potes dans les années 80, ça avait un sens que ce soit lui qui remplace Laurent dans le groupe. Ils étaient amis, Pascal joue avec le même état d'esprit que Laurent… A partir de là, il n'était pas question que je joue de la batterie comme dans les années 80… Depuis 23 ans, je "fais" chanteur. Il était évident aussi, étant le principal mélodiste de Satan Jokers à l'époque, que je lâche les baguettes — que j'ai laissé à Marc Farrez le batteur de Vulcain — et que je passe devant. Dans ce schéma-là, il était aussi évident que je ne remonterais pas le groupe tel qu'il était il y a 25 ans. Je n'allais pas me bloquer derrière ma batterie. Pierre Guiraud (le chanteur d'origine de Satan Jokers— ndr) avait de toute façon catégoriquement refusé l'idée que Satan Jokers apparaîsse en tête d'affiche du Paris Metal France Festival 2009.
L'idée de ce SJ 2009 était aussi d'avoir deux guitaristes au lieu d'un pour épaissir la texture sonore et sonner beaucoup plus actuel au niveau des guitares. Ce qui nous faisait cruellement défaut dans les années 80, non pas que Stéphane Bonnot, le guitariste de l'époque, ne soit pas un excellent guitariste, mais à l'époque on souffrait d'une production qui rendait la guitare fine, toute petite. D'où l'apparition de Michael Zourita et Olivier Spitzer, qui sont deux super guitaristes, dans cette reformation. Stéphane Bonnot est d'ailleurs venu jouer sur le nouveau disque.
Parmi les invités, il y a beaucoup d'anciens (Zouille de Sortilège par exemple). C'est voulu ?
L'idée n'était pas de surfer sur la vague de nostalgie que n'importe quel style musical vit un jour ou l'autre. Durant toute notre vie, on ne revit que des choses passionnelles. Donc, en partant du fait que c'est un retour à la musique et à une époque pleine de passion, autant rappeler des gens de cette même époque-là. C'était aussi pour revenir aux vraies bases du metal. A la vraie naissance de cette mouvance du metal des années 80 qui, dix ans après Deep Purple, Led Zepellin, Black Sabbath, etc…, avait donné un nouvel essor au genre. Je suis content d'avoir fat partie de ce début du metal français, d'avoir quelque part engendré ce qui se passe aujourd'ui, mais en même temps je suis super impressionné par l'évolution de cette musique là, par exemple, chez Gojira ou Dagoba. Qui sont des super musiciens qui ont radicalisé un metal violent, intéressant avec une très haute technicité.
Que t'a appris ton incursion dans les comédies musicales et la variété rock ?
Je suis un vrai musicien, et à ce titre, j'avais besoin d'explorer d'autres trucs que le metal. Par exemple, mon incursion dans les opéras rock, je préfére ce terme à celui de comédie musicale, m'a beaucoup appris… Plus tu cotois de gens talentueux, plus tu apprends. Ça aide à avoir une méthode pour transcrire ce qui sonne d'habitude mieux en anglais qu'en français. C'est pas simple. Ça fait partie de l'excercice de style qui me plait dans ce nouveau Satan Jokers. Je n'ai jamais été un mec qui a fait de la variété aseptisée. Bien sûr que j'ai fait certaines télés. Mais ma vraie culture est définitivement rock, et même hard rock.
Un des excercices de style qui m'intéresse avec ce Satan Jokers 2009, c'est d'arriver à écrire en français des mots qui puissent parler aux gens qui ont cette culture rock et qui secouent un peu ceux qui m'ont connu dans la musique pop, une grosse frange de mon public pop rock est intéressé par Satan Jokers car ce que j'écris pour le groupe est différent. C'est l'intérêt. On ne peut pas se contenter d'une seule musique quand on est un vrai créateur. Les intégristes ont beau dire que le hard rock se suffit à lui même avec toutes les variantes qui existent. Fuck Off ! Toutes les musiques sont intéressantes. Ça me fait marrer que certains m'attendent au tournant, pensant que je suis un traitre à la cause. Il faudrait être un imbécile pour parler d'une seule musique. Moi, je n'aime pas la musique, j'aime les musiques. La vie est très courte et je me rends compte aujourd'hui avec la disparition de Laurent, ou celle de Michel Berger, quelqu'un qui n'a rien à voir avec le rock mais avec qui j'ai beaucoup aimé travailler. La vie va vite et je n'ai pas envie de m'ennuyer. C'est aussi pour cela que Satan Jokers renait aujourd'hui. Satan Jokers est une bonne raison de ne pas s'ennuyer puisqu'on va explorer d'autres choses… On a déjà 7 nouvelles chansons qui sont mille fois mieux que celles qui sont sur l'album.
Ce n'est donc pas un retour éphémère ?
Non, c'est vraiment une éclate sur le long terme. Tant qu'on a la santé physique de le faire… C'est vraiment un trip d'entrer dans Satan Jokers. A l'époque, des fans adoraient détester le groupe et détestaient adorer Satan Jokers. Le groupe passait pour être très arrogant, très frime… alors qu'on était juste de jeunes cons qui avaient envie de s'amuser et de jouer à Van Halen ou à Mötley Crüe. Le but aujourd'hui, c'est de décapiter ceux qui pensent que Satan Jokers va revenir avec les mêmes faiblesses qu'à l'époque. C'est un secret de polichinelle que de dire que Hantson était la tête pensante de Satan Jokers et le décissionnaire à 99% de tout ce qui se passait dans le groupe. Ayant remonter le groupe, je vais en donner la définition de ce qu'il aurait pu être il y a 23 ans si on avait plus d'expérience et si on avait été moins têtes de cons et moins débutants. Entre le choix de certaines anciennes chansons et de nouvelles, je pense que les gens vont être surpris. Mais on va au Helffest avec une peur de débutants, parce qu'il y a une ferté d'appraître sur la même scène que de sgroupes que j'ai adoré plus jeunes (Manowar, Ronnie James Dio, Motley crue).
Le retour de Satan Jokers devait se faire en français ?
Avec Furious Zoo, je m'amuse à faire du "big rock" en anglais. Mon attirance vers la langue anglosaxonne est satisfaite avec ce groupe. Mais pour Satan Jokers, il devait y avoir une cohérence avec le passé. Donc, je devais écrire en français. Ça n'a pas été simple de faire sonner du metal en français. Mais j'ai relevé le défi. On me parle souvent d'un morceau "Trustien" du dernier album, "Mouroir", qui parle de nos hommes politiques. Trust a déclenché l'envie chez nous de faire des textes en français. Il faut rendre à Bernie ce qui a appartient à Bernie. Mais je n'ai aucune intention de faire de Satan Jokers un groupe "politisé". La musique est en soi un acte politique ; les mélodies, la violence du contenu, le cynisme, l'attitude… C'est plutôt le deuxième degré qui m'intéresse. C'est de faire quelque chose qui ne sera compris que quatre ans après… Par exemple, c'est une grande fierté qu'on dise que Satan Jokers ait inventé la fusion metal. Le reste… qu'on dise que le chanteur ne chantait pas très bien, que Renaud Hantson était prétentieux… je m'en fous. Tout ça n'était que du jeu.
Le mot de la fin ?
Pour le redémarrage d'un groupe qui a commencé dans les années 80, être programmé au Hellfest, est un grande fierté. J'essayerais de ne pas décevoir les gens. Y' a un vrai avenir pour ce groupe, même si le marché du disque est au plus mal et que c'est très difficile aujourd'hui pour les groupes de rock. C'est une niche, mais c'est une niche dont je suis heureux de faire partie.
Propos recueillis par Frank Frejnik










