Addictif R.I.P.
cerebral Ballzy
Hellfest 2011
Welt TurboJugend Tage
Goeland-TV
 
 
Addictif Facebook
 
This Is My Fest
 
 
Samiam
 
 
Title Fight
 
Posté le Dimanche, 16 Août 2009

Les Ogres de Barback

Les Orgres de Barback interview 2009

Après une tournée triomphale ("Fin de Chantier") et un prochain album destiné aux enfants (la suite de son album Pitt Ocha est prévue pour novembre), rencontre avec Fred, l'un des quatre Ogres de Cergy, pour une entrevue bilan sur le parcours du groupe.

Lors de votre dernière tournée, vous avez offert un DVD au public qui venait vous voir. Comment est venue cette idée ?
Fred (guitare et chant) : On n'avait pas vraiment souffert du téléchargement jusqu'à présent. On vendait même plus de disques qu'avant. On a la chance d'avoir un public qui joue le jeu et qui est assez soucieux de ce qui peut nous arriver… On a d'ailleurs toujours fait les choses de façon très respectueuse vis-à-vis de lui. Mais depuis deux ans, on commence à sentir les méfaits du téléchargement. Il fallait trouver une solution. On s'est donc demandé comment remercier notre public. Ce n'est pas rien de remplir les salles, de 100 à 1500 personnes. Pour nous, c'est un honneur. C'est presque une fierté de se dire que les gens viennent nous voir. Donc, on a pensé leur offrir un DVD. Par la même occasion, on montre que les indépendants peuvent avoir des idées qui ne sont pas mercantiles et on met un objet dans les mains des gens. On nous a dit qu'on habituait les gens à la gratuité, donc au téléchargement. On ne voit pas la chose comme ça. En payant leur place, les gens assistent à un concert et on leur file une carte postale souvenir de ce qu'ils ont vu. On habitue les gens à avoir un objet dans les mains. On montre qu'en étant autonome, on peut avoir des démarches anti-commerciales mais constructives.

Qu'ont pensé les professionnels de votre geste ?

Pas grand-chose. Tout le monde s'en fout des Ogres (sourire). Quoi qu'on fasse, on n'intéresse pas les professionnels. On a fait deux Olympia complets. On a invité 250 journalistes, seulement deux sont venus. Et en plus ils n'ont pas parlé de nous (rires)

Ce n'est pas frustrant ?
Parfois, oui, c'est un peu frustrant. Mais on a lâché l'affaire avec les "professionnels de la profession". C'est une autre planète. Pas la nôtre. On continue sans eux.

Vous avez toujours eu cette volonté de faire ce que vous vouliez. Ce que vous pouvez faire maintenant grâce à la totale indépendance, notamment grâce à votre label Irfan, que vous apporte votre popularité. Mais comment ne pas être grisé par ce succès ?

Déjà, financièrement, on ne peut pas se permettre tout et n'importe quoi. Certes, le DVD a été remboursé, mais ce qu'on a gagné est plutôt ridicule (2500 euros qui ont été réinvestis dans le label) par rapport au nombre de DVD fabriqués (30000 exemplaires). On perçoit ce geste, donner un DVD, comme un investissement. Les DVD vont tourner, les gens vont nous avoir chez eux, d'autres vont nous découvrir. C'est plutôt bien. Notre seule limite, c'est de ne pas trop répéter les choses. On a fait trois tournées sous chapiteau, deux ans dans les théâtres, deux ans encore dans les salles rock'n'roll, et deux autres années en centres culturels… C'est ce que nous permet notre "succès". Être libre et autonome, tout en proposant quelque chose de toujours "nouveau" et d'atypique.

Ce renouvellement permanent, c'est pour éviter la routine ?
La routine s'installe rapidement dans un groupe, et plus encore chez nous qui donnons entre 80 et 110 concerts par an. Le schéma classique d'un groupe c'est "album, tournée, album, tournée, etc.…". Quand tu as fait quatre fois les mêmes salles, ça devient un peu barbant. On s'est très tôt dit qu'il fallait trouver autre chose. C'est pour cela qu'on a fait une tournée en chapiteau, qu'ensuite on a joué exclusivement dans les centres culturels, le réseau rock'n'roll, et après les grosses salles… À chaque fois, c'est un challenge, car à chaque fois c'est une nouvelle manière d'aborder la scène. Du coup, après quinze ans d'existence, on n'est nullement blasés. On est toujours prêts à partir sur un nouveau projet parce qu'on sait qu'il y aura de la nouveauté et qu'on trouvera du plaisir.

Quel est votre but en étant autonome (label, distribution, tournée) : être en marge du business ou créer votre propre business ?

À la base, on n'est vraiment pas des rebelles. On a commencé dans la musique connement, dans la rue et les cafés-concerts, bref comme les trois quarts des groupes qui font de la scène aujourd'hui. Lorsqu'on a commencé à ramener du monde, on a intéressé des labels, un distributeur a pris notre disque en charge. On a accepté de déléguer. À mesure, on s'est rendu compte qu'on n'était pas sur la même longueur d'onde. On nous disait que ce n'était pas possible d'aller jouer là parce que, question marketing, ce n'était pas bien. Ah ? Que ce n'est pas terrible de laisser tomber le groupe durant quatre mois pour accompagner Néri (l'ancien VRP — ndr). Okay. Et qu'il faut absolument s'organiser sur ceci alors qu'on a envie de faire cela. On nous imposait des règles qui n'étaient pas les nôtres. Mais notre refus de jouer le jeu n'était pas un "fuck le système", mais plutôt "on ne fait pas le même métier. Vous voulez gagner de l'argent, nous on veut se faire plaisir, quitte à en perdre." On s'est pris en charge. D'un seul coup, on est devenu hors système, et on nous a collé une image de rebelle. Ce qu'on n'a jamais été. On veut juste faire notre truc à notre façon. Si certains veulent gagner de l'argent avec la musique, ça ne me gêne pas, je ne suis pas en lutte contre eux. Je veux juste qu'ils nous laissent tranquilles, qu'ils nous laissent faire les choses telles qu'on les entend.


photo : Pierre Wetzel

Les Orgres de Barback interview 2009


Les Ogres sont un peu le lien secret entre Pierre Perret et les Bérus. Mais il est difficile de cerner vos influences. Quelles sont vos références ?
Notre première démarche, c'est la chanson française. De Pierre Perret à George Brassens, en passant par Léo Ferré. C'est ce qu'écoutaient nos parents. C'est ce qui a forgé notre personnalité. Et ensuite, il y a eu le rock alternatif. Pour nous, la Mano qui part faire une tournée en Amérique du Sud avec Royal Deluxe, c'était ça la musique, l'aventure, la liberté. Et puis, on a eu une ouverture sur la musique du monde. On a voulu se démarquer de la scène "nouvelle chanson française" d'il y a quelques années, parce que le côté un peu branlo de la chanson à texte, ça nous a très vite saoulés, on ne s'y retrouvait pas. Alors qu'on venait de la rue, ça devenait un truc de bourgeois. Alors qu'on voulait une ambiance festive à nos concerts, ils devenaient une espèce de messe où on venait écouter LE texte. On a très vite mis une barrière entre cette scène et nous.

Pourquoi reprendre "Salut à Toi" de Bérurier Noir ?

C'est un morceau représentatif de ce qu'on avait dans le crâne dans les années 80. Même si la thématique de cette chanson peut paraître naïve et un peu simple, du genre "on est tous frères", mais je revendique ce côté naïf et simple. Pourquoi ça ne pourrait pas être simple ? En reprenant, cette chanson du punk rock qui a presque été un tube (rappelle-toi, ça passait en boîte), c'est un clin d'œil à notre passé. Un hommage aussi. Et une envie de faire découvrir ce groupe. Plein de jeunes de 20 ans viennent nous dire : "Hey, y'a un groupe qui reprend votre chanson" (rires).

Les Bérus ont voulu créer une alternative, une manière différente d'aborder la musique. Penses-tu que les Ogres ont réussi là où les Bérus ont échoué ?
Peut-être que par chance on n'a pas eu un tube (sourire). Je ne sais pas si on a réussi là où d'autres ont échoué… le fait qu'on soit une famille a aidé (les Ogres sont composés de 2 frères et 2 sœurs — ndr). Et puis, on a eu l'occasion, à un moment donné, de se demander ce qu'on voulait faire professionnellement. Je sais que les Bérus refusaient toute SACEM. C'est un geste radical comme je les aime, mais on m'a expliqué que si tu refuses ta SACEM, elle va dans le pot des œuvres non déclarées, et c'est Goldman et Barbelivien qui touchent tes thunes. Même quand tu veux être dans le radical, tu te fais baiser. On a très tôt senti que si vous voulions être totalement indépendants, il nous fallait de l'argent. Notre économie est fragile, on est obligé de faire attention, mais il me semble qu'elle est juste. On doit gagner de l'argent, mais on peut en perdre là, et peut être un peu ici. On n'est pas dans une logique d'en gagner toujours plus. On est 100 % autonome et ça nous permet d'avoir une liberté totale. Et là, oui, je pense qu'on a réussi là où les Bérus ont "échoué". Bon, ce n'est pas la même période non plus. Notre label est basé en Ardèche, et grâce à Internet, on est hyper réactif. Plus besoin d'être à Paris pour être dans la musique.

Votre prochain album sera une suite de votre disque pour enfants Pitt Ocha. C'est d'avoir des enfants vous-mêmes qui vous a donné envie de faire ces projets ?
Le premier disque pour enfants est né effectivement de l'envie de faire des chansons pour nos enfants. C'est un disque qui a super bien marché (80000 exemplaires), et du coup, on se demandait si en faire un second, ça ne ferait pas redite… On a donc décidé de faire un disque pour les enfants qui serait ouvert sur le monde. Ainsi, on chante en bambara, en mongole, en arménien, en kabyle… Il sera différent du premier.

Les Ogres ont toujours un projet sur le feu, un disque à faire, un spectacle à penser…

Comme on est indépendant, on est porteurs de nos propres projets. Personne ne nous dit "vous allez là, vous faites ça, vous devez faire ci". Lorsqu'on se dit que ce serait bien de faire un truc, on le fait. On a envie d'aller jouer là-bas, on y va ! Ce sont nos envies qui déterminent nos projets.

Y a-t-il des projets que vous n'avez pas pu réaliser ?

Oui, un spectacle sous chapiteau, avec une scène ronde au milieu, des gens debout autour et derrière eux des sièges pour que toutes les tranches d'âge puissent assister au spectacle. On l'a créé l'année du problème des intermittents, on devait le jouer à Chalon Dans La Rue, mais on s'est retrouvé en plein conflit grévistes/non grévistes. On a dû annuler le spectacle.

Est-ce qu'on vous propose souvent des projets ?

Pas tant que ça. Je pense qu'il y a une image des Ogres… du genre, "bon, eux, ils font tellement de choses, ils n'auront jamais le temps (rires)". On va peut-être faire une musique de film. On attend une confirmation du réalisateur. En revanche, on nous propose un concert de soutien par jour (rires). Mais on est tellement tombés sur des plans merdiques qu'on est désormais super exigeants. On se retrouve souvent à être les bonnes poires, à donner de notre temps et de notre énergie, alors que d'autres (les salles, les pros…) gagnent de la thune. On n'est pas scouts encore (rires) ! Aujourd'hui, on en fait très peu, pour des associations dont le combat nous touche, comme RESF, la CIMAD, Handicap International.

Propos recueillis par Frank Frejnik

www.lesogres.com


photo : Brice M. / Emeute Visuelle

Les Orgres de Barback interview 2009