Ces deux dernières années, vous avez beaucoup joué en Allemagne, probablement plus qu'en France. Quelle est cette passion pour l'Allemagne ?
Ed : C'est un nouveau terrain de jeu pour nous. C'est vrai qu'on a fait beaucoup de concerts là-bas sur une courte période, peut-être une centaine en l'espace de deux ans. Maintenant, on connaît du monde, on connaît les salles, les promoteurs nous apprécient… et il semblerait qu'on ait été accepté par le public allemand. Donc, on arrive assez facilement à booker des tournées là-bas.
Pourquoi percer le marché allemand maintenant ? Vous auriez pu le faire avant. Après tout, ce n'est pas si loin de la France…
C'est une bonne question (rires). Comme pour pas mal de choses dans l'existence du groupe, il a fallu une rencontre. LA rencontre. Mais tu ne décides jamais quand va arriver cette rencontre. Ça peut arriver au début du groupe, comme au bout de dix ou quinze ans de carrière. Dans le cas présent, il y a quelques années, on a rencontré un tourneur qui s'est montré intéressé pour nous booker une tournée allemande. Sans lui, on ne tournerait certainement pas en Allemagne comme on le fait aujourd'hui. C'est même certain, vu que de nous-mêmes, on n'est pas super débrouillards à ce niveau-là.
Comment le public allemand vous perçoit-il ?
Un peu pareil qu'en France, je dirais. Quand tu tournes à l'étranger, le public te considère comme n'importe quel groupe en tournée, que tu sois américain ou français. Si tu es bon, ils vont aimer. Si tu es mauvais, ils te jetteront des tomates. Comme partout. Les groupes français font toujours un complexe, pensant que le monde les regarde de haut parce qu'ils sont français. Ce qui n'est pas du tout le cas. Que retirez-vous du fait de vous frotter à un autre public ? Le grand avantage de ces tournées en Allemagne, c'est que ça nous éloigne un peu de la France qu'on a parcourue de long en large. Il y a certaines salles où on a joué dix fois. Je pense qu'au bout d'un moment, même avec un nouvel album à la clé, il y a une érosion de l'intérêt. Jouer autant en Allemagne, ça permet à notre public français de souffler un peu (rires). Maintenant, avec la sortie du nouvel album en octobre, on va jouer plus régulièrement en France… Et probablement beaucoup en 2010.
Qu'apporte Functional Dysfonctionality à votre discographie ?
Premièrement, on s'est laissé glisser sur des terrains où on n'avait pas l'habitude d'aller. Bon, c'est une réponse que je donne à chaque nouvel album, il me semble (rires). Mais c'est la vérité. Il y a certes des morceaux où les fans de Uncommomenfrommars seront confortablement installés dans leurs habitudes, mais il y a deux ou trois petits trucs qui changent la formule et qui apportent de la nouveauté. On a fait appel à des musiciens additionnels, ce qui est rare chez nous. Alice des Ogres de Barback a joué du violoncelle sur "It's All For The Greater Good" et "Get Back On Your Horse", un ami a ajouté de l'orgue Hammond sur certains titres. Le modèle B3, le même que Deep Purple (rires), ça compte ! Sur d'autres morceaux, il y a des percussions. Ça apporte des sonorités nouvelles. En tout cas pour nous.
Vous l'avez abordé de manière différente ?
Suite à l'accident de moto de Daff (le jumeau batteur — ndr), on a chamboulé nos habitudes de composition. D'habitude, on écrivait tous ensemble dans la salle de répète. Chacun donnait ses idées, et on passait ça à la moulinette Unco. Pour Functional Dysfunctionality, on a écrit chacun de notre côté, de manière séparée, du fait que Daff était indisponible. Du coup, j'ai écrit pas mal de morceaux où j'ai pu exprimer certaines choses qui ne seraient sans doute pas ressorties telles qu'elles si on avait tous mis notre grain de sel… Jim (le bassiste — ndr) a aussi écrit quelques morceaux de son côté. Du coup, sur ce disque, on retrouve plus les individualités de chacun, notamment sur les chœurs. Ce qui permet d'obtenir quelque chose de plus cru. Enfin, j'ai l'impression. On n'est pas les mieux placés pour parler de nos disques. A chaque fois, on élabore de grandes théories sur le nouvel album, on voit des évolutions incroyables, et les fans nous disent après "c'est génial, c'est du pur Uncommonmenfrommars !" (rires).
La musique des Unco évolue, soit. Mais est-ce vous envisagez vos textes différemment maintenant que vous êtes plus âgés ?
Oui, bien sûr, on a la trentaine maintenant. Comme on a toujours écrit sur nos expériences et nos vies, forcément les textes évoluent. Plus tu vieillis, plus tes rapports avec les gens se compliquent, tu vis des expériences malheureuses, tu connais des décès, des séparations amicales ou amoureuses… Tout ce qui se passe dans ta vie a une gravité un peu plus prononcée avec le temps. Mais grosso modo, on aborde les mêmes choses depuis nos débuts, c'est juste peut-être un peu plus grave, un peu plus sérieux. Mais on a toujours notre lot de chansons… comment dire… de chansons fêtardes… comme "White Russian". Notre objectif n'a pas changé, il s'agit toujours de s'amuser. On n'a jamais été un groupe engagé, politique ou sérieux. Le but du groupe, c'est le fun, les rencontres et le rock'n'roll.
Est-ce que tu vois la musique différemment maintenant que tu la pratiques depuis de nombreuses années ?
Oui, au niveau de l'écriture notamment. Avec ce disque, on a passé un cap : celui d'arriver enfin à apprécier la simplicité. Depuis le début du groupe, on a toujours voulu en faire beaucoup, comme pour se démarquer. Quand on trouvait une suite d'accords un peu conventionnels, on plaçait un truc tordu au milieu pour faire "original". Aujourd'hui, on n'hésite pas à simplifier, à insister sur des mélodies fortes mais basiques… On se rend compte que c'est ce qui est important finalement. Il y a peut-être moins de technique, mais les morceaux me semblent beaucoup plus forts. Ce qui est drôle c'est qu'en simplifiant notre musique, on a un peu l'impression de régresser, alors que notre entourage nous dit que c'est au contraire un signe de maturité. Va comprendre (rires) ! Alors que le punk rock tourne en général en vase clos, vous avez toujours, et ce depuis vos débuts, partagé la scène avec des groupes très différents. On a toujours le cul entre deux chaises. Il y a plus punk rock que nous, et il y a plus pop aussi, mais grâce à ça, on peut jouer partout. On a joué au Fury Fest (l'ancêtre du Hell Fest — ndr), et ça s'est bien passé. On joue régulièrement dans des festoches de campagne, à l'affiche avec des groupes de chansons ou de festif, et ça se passe niquel. Ce week-end, on était au Rip Curl Festival à Biarritz, on a joué devant 26000 personnes qui n'étaient pas forcément préparées à notre musique, mais ça s'est très bien passé. On jouait avec Patrice, reggaeman allemand, tu vois la diversité de l'affiche (rires) ! Mais j'aime bien ces affiches variées. Jouer avec des groupes punk rock toute ta vie, ça lasse.
Votre précédent disque, Longer Than An EP, a d'abord été diffusé en intégralité sur Myspace, puis dans le magazine Punk Rawk… pour ensuite sortir dans le commerce, en CD et vinyle, sur Kicking Records. Qu'avez-vous retenu de cette expérience ?
On n'était pas vraiment sûrs de ce qu'on faisait. Tout s'est fait un peu au hasard, au fur et à mesure que les choses avançaient. A la base, on avait un disque, Longer Than An EP, mais pas de label pour le sortir. On a donc cherché des solutions ou plutôt de nouvelles méthodes de diffusion en gardant à l'idée qu'il devait être gratuit. Myspace a été une solution. Proposer le disque aux lecteurs de Punk Rawk en a été une autre. Rien n'était prévu, on a fait ça au feeling. Et puis Kicking records, bien que le disque ait déjà été diffusé gratuitement sur le net et dans un magazine, a bien voulu le sortir en "vrai". On s'est dit qu'il était complètement fou (rires). Finalement, il s'est avéré que Longer Than An EP s'est vendu correctement, ni plus ni moins que nos disques précédents. On s'est rendu compte que le téléchargement ou la gratuité ne faisait pas tant de mal que ça à des groupes comme nous. Le net fait aujourd'hui partie de notre culture, il faut non seulement l'accepter comme un nouveau média, mais aussi travailler avec.
Cette expérience vous a aussi permis de trouver un label, puisque Functional Dysfunctionality sort chez Kicking Records. Vous ne pouvez donc plus l'offrir gracieusement…
Non, effectivement (rires). Mais c'est à nous de trouver de nouvelles idées pour faire en sorte que nos disques soient des objets attrayants et originaux. Comme par exemple, les éditions vinyles. Il est étonnant de voir que ça intéresse pas mal de gens. Notamment en Allemagne, où le public est très attiré par le support vinyle. On écoule la majorité de nos vinyles là-bas. Mais même en France, des gamins achètent du vinyle pour l'objet. Tout n'est donc pas perdu.










