Avec cet album, vous vouliez revenir "aux fondamentaux du groupe". Quels sont-ils ?
Djag (chant) : C'est bien plus qu'un style ou des influences, c'est une façon de travailler ensemble. On a toujours procédé de façon spontanée et instinctive. C'est cet esprit-là qu'on voulait retrouver. Ce qui nous ramène forcément vers un style plus hardcore/punk que les deux albums précédents. Sur One Sound Bite to React notamment, le groupe s'était écarté de ses bases-là. C'était une envie du moment. Mais quand tu pars "loin de chez toi", tu as aussi envie d'y revenir (rires). Et puis, le fait que je réincorpore le groupe après 5 ans d'absence amorçait une certaine idée de retour aux sources.
Inviter Wattie de The Exploited sur un titre, c'était aussi une manière de renouer avec les premières influences du groupe ?
Carrément ! Lorsqu'on a commencé le groupe en 1994/1995, on faisait des reprises d'Exploited. C'est un groupe important pour nous, un disque comme Beat The Bastards est une grosse référence. On a souvent croisé le groupe lors de festivals, et on s'est rendu compte qu'ils aimaient bien Black Bomb A. Une amitié est née. Et lorsqu'on a proposé à Wattie de venir chanter sur "Burning Road", il a accepté tout de suite. Pour nous, ça a été un super cadeau.
Stéphane Buriez est-il le sixième membre de Black Bomb A ?
Peut-être bien (rires). Il a bossé sur tous nos disques. Il s'est beaucoup investi sur les premiers, mais sur One Sound Bite to React, il n'a enregistré que les voix. Du coup, dans ce contexte "retour aux bases", on voulait qu'il fasse From Chaos en intégralité. Stéphane nous apporte un confort de travail car il nous connaît bien, à la fois humainement et techniquement. Il sait de quoi on est capables. Il n'hésite jamais à nous pousser pour obtenir le meilleur de nous. C'est un avantage d'avoir un producteur qui te connaît si bien. Il savait où nous voulions aller avec cet album.
Le disque s'intitule From Chaos. Le chaos a plusieurs définitions : religieuse, métaphysique, fantastique, etc. Quelle est celle de Black Bomb A ?
On a choisi ce terme parce que justement il rassemble plein d'idées. D'une manière ou d'une autre, on se retrouve dans chacune d'elles. Ça peut être au premier degré, le côté anar, un peu punk, la rébellion… Mais le côté philosophique nous plaît aussi, cette matière confuse qui donne la vie ou génère la création. Le chaos peut être très positif. C'était aussi un clin d'œil au parcours du groupe qui a eu une vie assez chaotique, tant au niveau du line-up que des changements de label. On a toujours été un groupe sur la brèche et le titre From Chaos nous va bien.
Y a-t-il une idée directrice dans ce disque ?
Pas vraiment. Il y a quelques textes qui parlent du groupe, de ce qu'il a pu être et de ce qu'il est en ce moment… "To Reactive", par exemple, explique l'idée de nous rassembler à nouveau pour créer quelque chose de fort. Le titre "All The Way" parle du parcours du groupe. Et avec le dernier morceau "Tales From The Old School", on voulait remercier les gens qui nous ont aidés depuis quinze ans. Il n'y a donc pas de ligne directrice, seulement des points de repères qui rappellent l'évolution et le parcours du groupe.
Le metal, le hardcore et le punk sont des musiques violentes, pleines de colère. Mais doit-on forcément être en colère pour en jouer ?
Je ne sais pas. C'est souvent juste de l'énervement face à des situations ou des faits qui te paraissent injustes. Une sorte de pression sur toi ou tes proches que tu ressens comme une agression. La musique violente peut être un excellent exutoire pour transformer ses émotions ou cette énergie destructive. Avec Black Bomb A, c'est en tout cas dans ce sens-là qu'on travaille. Avec en plus une volonté de donner un sens à cette violence. Et puis, dans une société où on intellectualise tout et n'importe quoi, c'est bien de pouvoir se libérer, de retrouver notre côté animal, de retrouver nos pulsions de vie… Ces musiques, surtout en live, sont très libératrices.
Donc, tu resignes pour les quinze prochaines années ?
Houla… je ne sais pas (rires). C'est difficile de s'engager à long terme… par respect pour les autres, et surtout pour toi-même. L'histoire du groupe le prouve. Je ne sais pas si je resigne pour quinze ans, mais je me fais vraiment plaisir à être revenu dans le groupe. Black Bomb A est en ce moment dans une de ses bonnes périodes, il faut donc en profiter. On fera pour l'avenir.










