13 ans de Caravaning marque la fin d'un chapitre important du groupe, certains membres sont partis vers d'autres aventures. En avez-vous profitez pour changer des choses dans votre formule ?
Jojo : Par la force des choses nous avons changé des gens, mais nous avons gardé la même formation au niveau des instruments car nous avions expérimenté en 2007 le changement d'instrument (violoncelle à la place du violon) et cela nous avait posé pas mal de problèmes. En l'occurence il aurait fallu réarranger tous les morceaux pour quatre nouveaux musiciens, et cela nous aurait pris plus de temps que pour faire un nouvel album! Donc nous avons remplacé les gens qui sont partis "poste pour poste"...
Avant cela, le groupe a fait une pause durant laquelle la plupart d'entre vous se sont lancé dans différents projets / groupes. En général, on fait une pause lorsqu'on doute ou qu'on en a ras le bol. Quelle est était l'objectif de cette pause ? A-t-elle été bénéfique ?
Disons que nous avons été forcés de faire un pause quand une bonne partie du groupe a exprimé son désir de passer à autre chose... Comme souvent chez nous, ce sont les évenements qui décident de la marche à suivre. D'un autre côté nous avions déjà des projets annexes pour la plupart, et cette pause nous a permis de les développer. Et quand on joue ensemble depuis treize ans, une longue pause ne peut être que bénéfique...
Comment avez-vous choisi les titres du double disque ? Quels était les critères de sélection des titres ? En vous replongeant dans la discographie passée du groupe, qu'avez-vous découvert ?
Pour les critères, c'est assez simple, il y en a deux : les morceaux qui nous plaisent et ceux qui ont plu aux gens, d'après nous. J'ai choisi 4 à 5 morceaux par album en fonction de ça et je l'ai ensuite soumis au reste du groupe. Pour le disque 1, on a pas redécouvert grand chose, mais pour le disque 2 on s'est replongé dans des univers que l'on avait un peu oublié en effet: les morceaux avec La Réplik, Iittocha, Mano Negra Illégal... Et nous avons également exhumé deux morceaux de notre première maquette qui nous ont bien fait rire, ils sont très "frais"... Et c'était également un grand plaisir de réécouter un live à Eysines en 2005, dans lequel nous avions enregistré deux morceaux avec les Sleeppers, pour en choisir un des deux que nous avons mixé pour l'occasion ("Ten $ bill" du groupe Cop Shoot Cop). C'est un morceau qui ne serait jamais sorti sans ça...
En ce moment, les disques se vendent moins. Sortir un "best of" n'est-il pas osé ?
Je pense au contraire que c'est beaucoup plus facile que de sortir un vrai disque! Le best off ne nous a rien couté au niveau production, à part 1000 euros pour le mastering. On prend donc beaucoup moins de risques financiers. Peu importe finalement que le disque se vende ou pas. On en est à 3000 et on s'est déjà remboursé... En l'occurence il nous fallait un support pour roder la nouvelle équipe avant de refaire un disque, vu qu'il est très difficile de trouver des dates sans avoir d'actualité. Etant donné que nous avions beaucoup de matière, le plus simple était de faire un best of. Nous voulions sortir un DVD mais nous avons eu un problème de contrat avec la boite de prod qui a filmé le concert...
Vous qui avez joué partout (Europe, Afrique, Japon, Australie…), quels exemples pouvez-vous me fournir sur le fait que la musique est un language universel ?
Le simple fait que nous soyons allé dans plein de pays non francophones en chantant en français... et que nous soyons retournés dans pas mal d'entre eux. Je compare souvent cela avec le fait fait qu'en france on écoute du rock anglais, de la salsa en espagnol, de la musique tzigane en rom et j'en passe, tout cela sans comprendre un mot de ce que l'on écoute... Et j'ajouterai même que dans la plupart de nos concerts en France les gens ne comprennent pas ce que l'on dit (à cause du son sur les morceaux un peu rock'n'roll, également à cause de la diction) et ça ne pose pas vraiment de problème...
Tout au long de ces 13 ans de carrière, vous avez collaborez avec plein de gens / groupes différents (Les Ogres, 17 Hippies, L'Enfance Rouge, Sleeppers, Zombies Eaters, la Réplik). Etait-ce une manière de vous défaire de vos repères, de vous mettre en danger ? Au delà de l'expérience artistique, qu'avez-vous appris de ces collaborations ?
Pour ce qui est des repères musicaux, notre but a toujours été de ne jamais en avoir. On a toujours voulu faire de la musique et pas telle ou telle musique. Les étiquettes n'ont de sens que pour le public et les journalistes. Pourquoi un groupe de "chanson rock festif punk caravaning" ne pourrait pas faire du hip hop, du reggae ou de l'electro ? Justement, on dit caravaning car notre musique est, je l'espère, nomade. De même que nos goûts musicaux : de Cirkus (Neneh Cherry et le producteur de Massive Attack) aux Skatalites en passant par The Roots, Goran Brégovitch, Puppetmastaz, Nofx...
On a toujours fonctionné comme ça. Le seul fil conducteur finalement c'est la langue française, et ce n'est pas un choix, c'est juste que nous ne sommes pas doués en langue ! Ce que tu appelles "nous mettre en danger", je dirais plutôt qu'au bout de trois ans on en pourrait plus de faire la même chose. On a jamais voulu faire trois fois le même album, quel intérêt ? On fait de la musique par passion, pas pour toucher tel ou tel public. On a été connus presque par hasard, on était là au bon moment avec quelqu'un qui s'occupait bien de nous, mais on a pas monté ce groupe pour la gloire... On a eu ensuite la chance d'en vivre. A partir de là, on ne parle pas de mise en danger mais seulement d'envies d'ailleurs. Ce qui nous amène à travailler avec plein de gens très différents. On se nourrit de la musique de tous ces gens là. Mais dans tous les cas, c'est une histoire humaine au départ. Il y a une rencontre qui se passe bien, la musique vient après. C'est un prétexte a vivre des choses différentes, qui vont ensuite nourrir nos textes et notre musique.
Encore aujourd'hui, les groupes comme HDL ont du mal à être "cernés". On dit tout et son contraire : chanson, ska, rock, festif, alternatif… Pensez-vous qu'une "mauvaise" étiquette peut déservir un groupe ? Comment, vous, vous présentez le groupe ?
Une partie de la réponse plus haut... Je ne pense pas qu'une étiquette puisse déservir un groupe, en tout cas pas pour nous, vu qu'on a jamais arrêté de brouiller les pistes et qu'on est toujours là. Par contre en effet au bout d'un moment, c'est fatiguant en interview, et on se rend compte au final que l'image que l'on renvoie est très différente de celle que l'on pense renvoyer... On se présente comme un groupe de chanson rock, car le rock c'est très large (on peut même dire que c'est tout et n'importe quoi, je dirais que c'est avant tout un état d'esprit, une volonté de mettre de l'énergie dans la musique) et pendant très longtemps on a dit chanson punk caravaning, le dernier mot signifiant que l'on ne se met pas de frontières musicales et que c'est à chacun de se faire son idée... une manière de dire démerdez vous avec vos questions... ;-)
Vous êtes clairement des enfants du rock alternatif, un mouvement qui a souvent été dénigré par les médiatiques ou institutionnelles. De quoi avez-vous hérité des groupes de ce mouvement ?
Bonne question ! D'abord l'indépendance dans nos choix musicaux. Ce qui nous a plu avec la Mano, les Carayos, les Sheriffs, etc. C'est la liberté de ton, que ce soit dans les textes ou dans la musique. Et dans nos choix de carrière, on voulait choisir les gens avec qui l'on travaille, etc... Au contraire du gars qui va être découvert dans un bar obscur et qui va signer un gros contrat, qui va être matraqué dans toutes les ondes, et obtenir (ou pas) un succès qui sera très souvent éphémère en faisant ce que l'on attend de lui, de la musique formatée pour être vendue à grande échelle sur une courte période. En un mot, on a choisi la liberté.
Pourquoi dénigré et ignoré : pour moi la réponse est simple. On se pose des questions sur ce que l'on voit et ce que l'on vit comme pas mal d'artistes dans la musique ou ailleurs, et la description que l'on fait de la vie est réaliste. A partir de là, on est forcément perçus comme des gens engagés et ancrés fortement à gauche. Ce qui ne plait pas forcément à l'oligarchie... Le mouvement alternatif existait bien avant les années 80 même s'il n'avait pas de nom. Les Lumières au XVIIIème siècle, c'était alternatif et pas qu'un peu...
Nous faisons de la musique populaire au sens large, pour faire réfléchir et aider le peuple à ne pas se croire enfermé dans les carcans de cette société voulue et façonnée par des esclavagistes modernes...
Comme beaucoup des groupes de votre famille musicale, vous avez un public fidèle plutôt important, vous faites des tournées exhaustives en France et à l'étrager, vous faites des ventes de disques conséquentes, pourtant, mis à part quelques médias très spécialisés, les autres ne semblent guère faire l'écho de ce "succès". Quel est votre analyse sur cette situation ?
Ma parole il faut un roman pour répondre à cette interview !! Génial !Très bonne question, on en parle souvent avec les copains d'autres groupes comme Les Ogres qui remplissent des Zénith et des Olympias à tour de bras, mais personne n'en parle... Ça rejoint un peu la question précédente, mon analyse est ce qu'elle est, mais je dois pas être si loin de la vérité. Il y a plusieurs aspects dans ce problème. Comme dans toute oligarchie, les grands médias sont liés de près ou de loin avec les grands producteurs. Si tu ne rentres pas dans ce dernier cercle, tu as peu de chance d'intégrer le premier, à moins d'être génial et encore il faudra du temps (les Têtes Raides "révélations" des Victoires de la Musique après 20 ans de route...).
Ces grands médias parlent donc de leurs copains avant de penser à faire leur métier. Pour nous, c'est très simple : Télérama a parlé une fois de nous pour dire qu'on était des "sous-Têtes Raides", avis partagé par Isabelle Dordin sur France Inter, des somités dans la chanson française. A partir de là, tu peux te dire, je fais mes concerts et je les emmerde. Quinze ans après, ils ne parlent toujours pas de nous, c'est plutôt logique, ils nous avaient enterrés dès le début. Cela voudrait dire qu'ils ont eu tort, mais ça, ce n'est tout simplement pas possible....
Le texte présent dans le CD termine en citant Joe Strummer : "The future is unwritten". Faut qu'il comprendre que "Tout peut arriver" avec les Hurlements ? Justement, qu'attendre du groupe prochainement ?
La réponse est dans la question: tout! Je n'ai pas plus de précisons, on commence tout juste à travailler sur un nouveau disque, et comme d'habitude on a aucune idée de ce à quoi il ressemblera...










