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Posté le Dimanche, 01 Novembre 2009

Slayer

Les générations se succèdent, les modes vont et viennent, les revival aussi, mais Slayer — ou plutôt Slayeeeurrrrrr!!!!, comme le hurlent ses fans — reste imperturbable devant eux. Il est le metal incarné, violent, dérangeant, dangereux. Pour la sortie du dixième album du combo US, World Painted Blood, Addictif a rencontré le batteur Dave Lombardo.

Slayer possède sans doute la fanbase la plus loyale du monde. Certains fans vont jusqu’à se tatouer ou se scarifier le logo du groupe. Qu’est-ce qui inspire tant de loyauté envers Slayer ?
Dave Lombardo : Sans doute le fait que nous restons loyaux envers nos fans. Nous leur avons toujours donné du pur Slayer. Jamais nous n’avons édulcoré notre musique. Jamais elle n’a été pervertie par les différents courants ou les modes que nous avons traversées depuis nos débuts. Nous sommes restés fidèles à nous-mêmes et ils sont loyaux envers nous pour cela. Mais sans doute le sont-ils plus encore envers la musique de Slayer. Il y a une connexion entre le groupe et son public, l’un s’inspire de l’autre, et vice versa. Il y a de la colère en chacun de nous. Lorsqu’on est ado, on a besoin d’expulser cette agressivité qui est en nous, et la musique de Slayer est un moyen de l’évacuer. Même lorsqu'on grandit, on a toujours une certaine rage en soi qui demande à être évacuée. Slayer permet cela. Les fans le ressentent et nous le rendent en étant toujours là pour nous.

Est-ce que cette importance qu'a le groupe chez certains de vos fans t’a déjà fait peur ?

Non, ça ne m’a jamais fait peur. Au contraire, ça me pousse à donner plus. Plus encore que je n’ai déjà donné. C’est quand même gratifiant de voir que les gens mettent tant de passion et d’enthousiasme pour une chose que tu fais. Que ce soit de la musique ou autre chose d'ailleurs. Plus tu reçois, plus tu as envie de donner. "Vous aimez ce que je fais, ok, en voilà encore !"

Quand vous composez ou quand vous enregistrez un disque, est-ce que vous pensez à la réaction de vos fans ?

Non, jamais ! Lorsqu’on compose, on se focalise uniquement sur ce nous faisons. On ne pense jamais : "oh, ce truc, les fans vont adorer !". Jamais ! Nous savons ce que Slayer est. Nous savons comment Slayer doit sonner et jouer. Nous ne pensons jamais à ce que les autres pensent du groupe. Nous sommes Slayer et à ce titre, nous savons que notre décision sera la bonne. Quand nous sentons que nous avons fait du bon travail, nous savons que les fans seront contents.

Comment considères-tu l’exercice d’un "nouvel album" : un nouveau départ, un nouveau chapitre à une grande histoire, un challenge… ?
Une chance de faire mieux qu’avant ! Pour moi, c’est cela faire un nouveau disque, une chance de se réinventer soi-même. Faire un meilleur taf. Si par exemple, je n’étais pas content de mes parties batterie de Christ Illusion, enregistrer World Paint Blood me donne la possibilité de me corriger, de me rattraper, de faire mieux. Un nouvel album, c’est faire mieux que la fois précédente, que ce soit au niveau du son, des chansons, des riffs…

Qu’est-ce que Slayer veut accomplir avec ce nouvel album ? Vous n’avez plus rien à prouver.
En fait, on ne réfléchit pas en ces termes. On ne se prend pas autant la tête sur ce qu’on veut essayer ou accomplir. L’ultime objectif est de proposer aux fans un bon disque de Slayer. Pas forcément un album qui va cartonner, même si c’est toujours gratifiant, mais en tout cas un bon album de Slayer dont nous n’aurons jamais honte, aujourd’hui ou dans dix ans. Je pense que c’est l’ambition de chaque groupe un peu établi que de proposer à ses fans un nouveau disque qu’ils auront plaisir à écouter.


World Painted Blood a un son incroyablement "année 80". Est-ce que c’était votre intention dès le départ ?

Pas du tout. L’idée vient du producteur Greg Fidelman (C'est lui le responsable du dernier Metallica — ndr). En fait, il a assisté à toutes nos répétitions avant l’enregistrement. Un producteur qui s’investit autant à tes côtés, c’est incroyablement bénéfique. Il se positionnait au centre du groupe, il ressentait la musique telle que nous nous la ressentions. On répétait dans un petit local, une pièce de 20 m2, donc il était à même de voir le groupe dans sa forme la plus primale, la plus naturelle : Kerry et Jeff avec un ampli, Tom et son ampli basse, et moi derrière ma batterie. Rien de plus. Ainsi, Greg a expérimenté un Slayer que nous seuls connaissions jusqu'à présent. Nous sommes un groupe metal, nous sommes des fans de metal, mais nous nous considérons aussi comme un groupe "punk". Quand tu as la chance d’entendre Slayer dans un petit endroit et dans des conditions naturelles, le groupe sonne comme du pur punk, cru et primaire. Et je crois que c’est ce qu’a pensé Greg. Il a décidé de retrouver le son qu’il avait entendu en répétition sur le nouvel album. Et j’adore cette idée !

C’était donc facile de travailler avec lui ?

Oh oui. C’est quelqu’un de très ouvert musicalement (il a travaillé aussi bien sur Gossip que The (International) Noise Conspiracy ou Johnny Cash — ndr). Il amène toujours plein d’idées. Par exemple, il m’a beaucoup aidé sur ce disque. Quand Kerry ou Jeff me présente un riff, je dois avoir huit ou dix manières de l'accompagner. Donc, quand j’écoute les idées des guitaristes, je dois trouver ce qui ira le mieux. Greg m’a aidé en choisissant les meilleures parties de batterie. Avec beaucoup de conseils, d’idées et de remarques toujours constructives.

Vu qu'il sonne 80's et que c'est le revival Thrash, est-ce que World Painted Blood est votre album "retour aux sources" ?

Non, comme je te l’ai dit, il n’a pas été pensé comme ça. Mais c’est vrai qu’en écoutant le résultat, il peut apparaître comme tel. Mais ce n’est pas comme ça qu'on l’a abordé au départ. Tout ce qu’on peut dire c’est que ce disque serait différent sans Greg Fidelman, ça, c’est certain. Tu ne peux rien prévoir quand tu commences un nouveau disque. Cela dit, c’est un disque très spécial pour Slayer. Car pour la première fois, lorsque nous avons commencé à travailler avec Greg en répétition, nous n’avions pas de paroles, pas de mélodies… juste la batterie et les guitares. On n'avait jamais fait ça. D'habitude, tout était très bien préparé. Mais au final, je suis très content du disque.

Slayer n’a jamais caché ses influences punk/hardcore, et tu viens d’ailleurs de dire que tu considérais le groupe comme un groupe punk dans sa façon d’aborder sa musique. Dirais-tu que le punk/hardcore vous influence encore ?

Beaucoup, oui. C’est en nous. La musique punk/hardcore est très éloignée de la nôtre, c’est vrai, mais si tu te penches sur notre manière de jouer du metal, l’attitude qu’on y met, il y a de fortes similitudes avec le punk. Il y a un "sentiment". Je me souviens lorsque j’écoutais certains disques keupon ou que je voyais des groupes hardcore sur scène, il y avait une énergie et une émotion incroyables qui s’en dégageaient, elles te faisaient oublier que le son n’était pas terrible ou que le groupe n’était pas très technique. On ressentait clairement la rage et l’énergie. Slayer est clairement différent du punk ; Slayer, c’est du metal, du thrash metal. Mais lorsque je joue, je ressens cette énergie, ce sentiment spécial que me procuraient les groupes punk/hardcore.

Tu penses que la colère est encore un moteur dans le metal ou le punk aujourd’hui ?
Tu dois avoir une certaine colère en toi. De toute façon, on est cerné par la colère. La colère est partout, et comme je le disais précédemment, pas seulement chez les ados, mais aussi chez les adultes. Peu importe pourquoi tu ressens de la colère : ton travail, l'école, ta vie, ta famille, ton gouvernement… que sais-je encore ? Certaines personnes peuvent facilement évacuer cette tension, d’autres ont besoin d’exutoires. La musique violente en est un.


La musique violente est très populaire aujourd’hui. Elle est de plus en plus violente. Tu crois que c’est à cause du monde dans lequel on vit … qui est de plus en plus violent aussi…

Peut-être. Mais le monde n’a pas tant changé que ça, tu sais. Lorsque Slayer a démarré, il y a plus de vingt ans, la situation du monde était-elle meilleure qu’aujourd’hui ? Je ne crois pas. Il y avait des guerres. Il y en a aujourd’hui. Il y avait des faillites. Il y en a actuellement. Bon, c’est vrai que les Etats-Unis ont connu le 11 septembre depuis, le pays n’avait jamais connu pareille chose, mais de telle choses arrivaient ailleurs. Les événements se déplacent, mais ils restent les mêmes. Ils évoluent un peu, gagnent peut-être en intensité ou en impact à cause de leur médiatisation, mais finalement la peur qu’ils entrainent n’est pas plus grande. C’est comme le metal… il a été énorme dans les années 80, puis il a connu une traversée du désert, il est revenu sur le devant de la scène, mais je ne crois pas que cela soit à cause de la situation du monde.

On décrit souvent les paroles de Slayer comme apocalyptiques… parce qu’elles parlent de mort, de destruction, de chaos. A ton avis, quelles sont vraiment les signes de l’autodestruction de l’humanité ?
(longue réflexion) L’égocentrisme ! Considérer que tu es meilleur que les autres ! C’est ça qui détruit l’humanité. Quand tu commences à penser ou à croire que tu es supérieur aux autres, c’est là qu’intervient la chute.

Considérant ton expérience dans la scène metal et musicale en général, quelle est la plus grande leçon que tu aies apprise ?
Croire que tu es meilleur que les autres ! Ça rejoint ce que je te disais à l'instant. Peu importe ce que tu as fait ou qui tu es, tu ne dois jamais te croire meilleur qu’un autre. Je pense sincèrement que tout le monde doit être traité avec respect. Tu vois, le monde me percoit comme un excellent batteur ou le batteur de Slayer, mais je suis d’abord Dave. Je peux boire un coup avec toi si tu veux, je ne suis pas supérieur à toi ! Je suis humain comme tout le monde.

Mais c’est parfois difficile parce que les gens te voient différemment du fait que tu es exposé en tant que musicien… Et encore plus en tant que batteur d’un des plus gros groupes metal du monde !

Oui, tout à fait. Laisse moi te raconter un truc. Un jour, un pote vient me voir après un concert : "une fille veut te rencontrer, c'est une très bonne violoniste… mais elle est handicapée", il était un peu gêné de me dire ça. "Ok, pas de problème". On s’est assis comme deux amis, on a parlé de musique classique, de cordes, de violon… de plein de choses, c’était formidable. Lorsqu’elle est partie, mon pote m’a dit : "Dave, c’était le plus beau jour de sa vie". "Hey, c’est le moins que je puisse faire". Je me fous de savoir si les gens sont blancs, noirs, jaunes, bleus, verts, avec des jambes ou sans jambes, il n’y a qu’à s’ouvrir à l’autre. On en retire toujours quelque chose.

Comment restes-tu toujours enthousiasmé par la musique après toutes ces années ?

Ma performance. Jouer sur scène. J’adore jouer live. C’est comme une drogue. Une heure avant le concert, je suis un peu tendu. Une demi-heure avant le concert, la pression monte, la drogue monte dans ta tête. Un quart d’heure : l’excitation dynamise mes neurones. Ces moments-là, qui s’intensifient à mesure que la montée sur scène approche, sont la raison pour laquelle je continue. Voir les gens heureux devant toi est aussi une satisfaction incroyable.

Il y a plein d’album-tributes à Slayer. Et plein de groupes ont repris Slayer. Tu as une reprise préférée ?
J’aime particulièrement le tribute façon musique classique (The String Quartet Tribute to Slayer — ndr). C’est très bon. Très original. Le travail d’adaptation est incroyable. Ça change des reprises de Slayer par les groupes metal qui sont, en général, très proches des originaux. J’aime le changement, l’innovation. Souvent, des groupes veulent nous faire écouter leur reprise, mais ça sonne comme notre morceau. Ça ne montre jamais la créativité du groupe, ça montre que ce sont des bons copieurs ! Tout le monde peut copier quelque chose d’existant. C’est plus dur de créer.

Slayer a parfois fait des reprises…
Oh, c’était il y a longtemps. Jeff et moi sommes les seuls à vouloir en faire. Souvent au soundcheck ou en répète, Tom commence une ligne de basse d’un morceau des Doors et Jeff et moi on se met à le suivre. On adore ça. Souvent, Jeff et moi, on improvise sur du blues… Ça surprend notre entourage, mais on se marre bien !

Propos recueillis par Frank Frejnik


www.slayer.net