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Posté le Jeudi, 10 Décembre 2009

Out For Blood

S’il y a bien un groupe qui a marqué la scène européenne au milieu des années 90, c’est Out For Blood de Bruxelles. Il amena avec lui toutes les valeurs primordiales du genre, un vrai sens du old school avec des concerts intenses et surtout un album désormais culte, Strive to Survive qui marqua le milieu par ses textes et son style. Out For Blood s'étant reformé à notre grande surprise, on a demandé des comptes à Alain, le chanteur.

Croyais-tu très sincèrement qu’un jour Out For Blood allait se reformer un jour ?
Alain (chanteur) : Très sincèrement, je n’y croyais plus du tout. Je savais qu’il y avait de la demande car quand je croisais des gens, ils exprimaient le souhait de nous revoir sur scène car ils en gardaient d’excellents souvenirs. Mais les choses ne sont jamais simples et la raison principale qui nous empêchait de le faire était nos emplois du temps incompatibles. Jusqu’au jour où la donne a changé et nous avons trouvé un moment pour faire une répète. J’étais le premier étonné quand notre guitariste m’a contacté pour me dire qu’il aimerait bien rejouer ces vieux morceaux. Premier étonné, mais très heureux bien sûr !

Qu’en est-il alors du line-up en 2009?

Le nouveau line-up est constitué de trois membres de 1997 avec lequel on a enregistré l’album. Il s’agit de Vincent à la guitare, Per à la batterie et moi, Alain, au chant. Mc Vince et Japi ne font plus partie du groupe. C’est Fabian qui est à la basse. La différence principale par rapport au line-up d’il y a dix ans, c’est qu’on est un quatuor maintenant. Auparavant Out For Blood a toujours été un groupe de cinq musiciens. On n’est pas encore sûr si par la suite, on prendra un second guitariste ou pas.

Peut-on donc espérer des nouvelles compos suivies d’un nouvel enregistrement ?
On vient de se reformer, on va jouer au DNA (Bruxelles, concert qui a eu lieu le 07/11 — ndr). C’est le premier concert d’OFB depuis douze ans avec ces musiciens. Tout ce qu’on espère pour l’instant c’est que cela fonctionnera bien. Ce premier concert sera un peu particulier puisqu’on s’attend à retrouver beaucoup d’anciennes connaissances nostalgiques de cette période, des gens qui ont envie, pour un soir, de se replonger dans l'ambiance des 90's. Ce qu’on espère aussi c’est qu’il y aura des gens de la nouvelle génération. Des gens qui ne nous connaissent pas et qui forcément ne nous ont jamais vu parce qu’il étaient trop jeunes à l’époque. On espère que ceux-là vont apprécier ce qu’ils vont voir et entendre. Si ça marche à ce niveau, alors ça sera très motivant de continuer.


Trouves-tu que les textes que tu as écrit à l’époque sont encore d’actualités ?

Certains oui, mais il faut dire qu’il y avait des textes qui étaient très personnels et que dix ans plus tard je m’aperçois que si je devais réécrire des morceaux, ces textes ne colleraient plus tout à fait avec mon état d’esprit actuel. Je suis probablement un peu plus "réfléchi" qu’il y a 10 ans. Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis. Si un jour je devais écrire de nouveaux textes ça serait toujours sur base d’histoires vécues mais développé afin que d’autres gens puissent s’y retrouver.

Rien que le titre de l’album Strive To Survive est assez éloquent.
Aaahhh ! C’est le titre de l’album ! C’est un peu cliché, non ? J’avais aussi écrit un texte sur le terrorisme qui, malheureusement, est toujours d’actualité. Un autre qui traite, de manière détournée, de la manière assez loufoque dont la justice est rendue dans notre pays. Pour celui là également, c’est un sujet indémodable !

Il y a un de vos titres que vous êtes obligés de jouer en concert : "Out For Blood". C’est un hymne !

C’est vrai que ce morceau là est, comme tu le dis, une sorte d’hymne. Mais paradoxalement c’est l’un des titres que, si j’avais à choisir, je ne rejouais plus aujourd’hui. Je ne me retrouve plus du tout dans ces paroles! "Je vais te casser la gueule jusqu’à ce que tu crèves !". Qu’est-ce que j’avais bouffé le jour où j’ai écrit ce texte ? C’était du premier degré en plus ! On va dire qu'n 2009, il faut le prendre au quinzième degré, ok…

Te sens-tu obligé de jouer cette chanson….
(rires) On est un peu obligé de la faire, oui. On est l’un des rares groupes hardcore à être obligés d’interpréter certains morceaux ‘cultes’ sous peine de frustrer les gens.

Car tous ceux qui vous connaissent l’attende !

Exactement.

Je me souviens que tu animais sur Radio 21 une émission dans laquelle tu avais dit que le mouvement hard core était terminé. C’était en 1999 je crois…
Je me souviens plus très bien… Mais à cette époque il y avait énormément de groupes qui se disaient hardcore mais qui, si tu écoutais leur musique, n'était que du metal !.


Pour toi quelle définition tu lui donnes alors au hardcore ?
Le sens que je lui donne… Le hard core vient du punk. C’est du punk beaucoup plus agressif, beaucoup plus rapide avec quelques petites influences au niveau du jeu un peu plus technique. Il y a eu une vague de groupes qui sont apparus fin des années 90 dont les musiciens venaient plus du milieu metal. Ils avaient comme base et influences tous des groupes à cheveux longs, comme Slayer pour n’en citer qu’un. Ils ont réussi à trouver une combinaison qui a été appréciée aussi bien dans la scène hardcore que dans le metal. Et certains labels les ont étiquetés "hard ore". Je pense qu’on peut dire que le hardcore se divise en plusieurs catégories. Mais malgré tout, pour moi qui vient de la scène punk, j’ai un peu de mal à écouter une zik trop métalisée. Un groupe hard ore avec des recines punk par contre, ça me convient bien.

Trouves-tu que le mouvement hardcore s’est radicalisé ou pas du tout ? Et penses-tu qu’il véhicule encore une certaine forme d’intégrité ?
J’en suis pas certain. A mon sens, le hardcore est devenu très populaire. De nos jours, pratiquement tous les gros festivals d’été proposent une scène alternative ou metal, qui fait souvent la part belle au hardcore / punk et qui attire énormément de monde. Mais la plupart de ces gens y vont pour écouter de la musique agressive, sans pour autant s’intéresser plus que ça au mouvement hardcore et à ce qu’il véhicule comme idées. Je me souviens, il y a quinze ans quand il y avait cette scène à Ypres avec tous ces groupes straight edge. Tu avais tout un public qui les suivait. Je crois que maintenant c’est différent. Mais je dois bien avouer que j’ai pris un peu de recul ces dernières années et là je reviens tout doucement du fait de la reformation du groupe. Si ça se trouve je suis complètement à côté de la plaque ! Par contre, on peut remarquer qu’il y a de plus en plus de gens qui écoutent cette musique et de plus en plus jeune. Dans un sens je pense que c’est une bonne chose pour la scène en général.

En parlant justement de Ypres, j’ai rarement vu Out For Blood jouer dans le fief du H8000?

Ça s’est passé, mais pas très souvent. On a eu des propositions qui n’ont pas pu se concrétiser. Bruno de Genet Records nous a proposé à deux reprises de jouer au Ieper Fest. On n'a jamais pu le faire à cause de nos emplois du temps. Par contre, on a joué un festival dans le H8000 où il y avait Spirit Of Youth et d’autres groupes du coin. Si je me souviens bien, c’était un chouette concert.

On voyait rarement des groupes Wallons jouer en Flandres à l’époque. Comment l’expliques-tu ?
La scène en Flandres s’est développée beaucoup plus vite qu’en Wallonie du fait de la présence de plusieurs labels. Ils avaient déjà énormément de groupes qui s’invitaient à jouer l’un l’autre chacun dans leur région respective. C’était extrêmement rare qu’un groupe de Bruxelles où de Wallonie y soit invité. Out For Blood était de Bruxelles et a commencé à faire parler de lui, c’était donc un peu différent. On a joué quelques concerts en Flandres, mais pas énormément. Aujourd’hui, je pense que les échanges Flandres / Wallonie sont plus réguliers, notamment avec des groupes comme Do Or Die ou Surge Of Fury qui ont des fans dans tout le pays.

Dans le H8000, beaucoup de ces groupes étaient Straight Edge. Je sais que certains membres à l’époque d’Out For Blood étaient straight edge également. C’est encore le cas ?

Non, il n’y a aucun musicien straight edge dans OFB 2009.

A la fin des années 90, tu avais ton label : RPP Records. Il était légitime de sortir l’album de Out For Blood sur ton label ou avais-tu démarché d’autres labels ?

Je pense qu’il était logique de le sortir sur mon label qui commençait à bien fonctionner. J’en avais discuté avec les autres dans le groupe. Tout le monde était d’accord de le faire comme ça. Ça permettait aussi d’avoir le contrôle total sur les ventes. C’était une bonne chose. Par contre, rien ne dit que si on devait sortir un nouveau CD aujourd’hui on le ferait en autoprod. Je pense qu’on essayerait plutôt de capter l’intérêt d’un label bien établi. Parce que je dois bien reconnaître que j’ai moins de contacts qu’à l’époque et qu’avoir un peu d’aide de l’extérieur sera toujours bienvenu.


Après le split d’Out For Blood, tu as très vite rebondi en formant Lawstreet 16…
Effectivement, on a fait d’autres choses après. Tous les membres du groupe ont continué à faire de la musique chacun de son côté. On a fait un groupe old school avec des amis. Vincent quant à lui était dans Length Of Time ; Per, lui, il a continué à faire de la musique de son côté également. Il est très ouvert musicalement. Il a fait des choses très différentes, rien à voir avec le hardcore. On n’a jamais vraiment quitter le milieu. On s’est juste mis en retrait pendant une petite période.

Dans le choix de tes noms de groupes, il y a un sens très subversifs…

(rires) Pour Lawstreet 16, c’est rue de la Loi. On trouvait cela drôle. Ça représentait bien nos origines géographiques. On est un groupe de Bruxelles. Quand tu parles du 16 rue de Loi à Bruxelles tout le monde sait de quoi il s’agit, en Belgique en tout cas. Il s’agit de l’adresse où se réunit le gouvernement pour prendre les décisions qui changeront la vie des citoyens !

Et pour Out For Blood ?
Pour OUT FOR BLOOD, si je me souviens bien ça vient d’une expression que j’avais entendu dans un morceau de Madball. Je trouvais que ça sonnait bien. A l’époque, il n'y avait que nous qui avions ce nom Out For Blood . Mais maintenant, quand tu fais une recherche sur le net et plus particulièrement sur myspace, il y a une quinzaine de groupes qui se nomme comme nous ! Et on n’est pas les premiers de la liste ! Il va falloir que ça change!

Revenons en à ton label grâce auquel tu as rencontré énormément de gens. Je sais qu’au début des années 90 tu a été plusieurs fois aux Etats-Unis.

Oui ! Je travaillais sur un fanzine à l’époque. Je partais pas spécialement dans l’idée de découvrir des talents pour débuter un label. Mais j’ai été à des concerts et certains groupes m’ont tellement impressionné que je me suis dit : "tiens, je pourrais faire quelque chose pour eux". C’est en voyant ces groupes là-bas pour lesquels j’ai eu un réel coup de cœur que l’idée m’est venue.

On te doit d’avoir découvert pour l’Europe Indecision.

Exactement ! Leur premier 45 tours était sorti sur mon label RPP. C’est justement l’exemple typique. Je les avais vu à un concert là-bas. Je les connaissais pas du tout. Ils vendaient leur première démo au concert et je l’ai achetée en leur disant que j’allais la chroniquer dans mon fanzine, et que je la jouerais dans une émission de radio pirate que j’animais à l’époque. C’est seulement après ça en écoutant leur démo que je me suis dit que ça serait chouette de faire plus pour aider les groupes. Bien sûr, c’est cool de faire une chronique et de diffuser une ou deux fois des titres à la radio, mais j’avais envie de faire encore quelque chose de plus pour eux. Je me suis dit pourquoi pas sortir un 45 tours. C’est comme ça que j’ai commencé avec le label.

Dès sa sortie cela t’a permis de rencontrer beaucoup plus de monde…

Ça m’a permis de faire des rencontres, et de sortir de nouvelles prods. J’ai commencé avec le vinyle. Très vite, je suis passé au support CD. Tout ceci m’a permis encore une fois de rencontrer des gens très intéressants. Il y a eu énormément de groupes qui m’ont contacté. Je n’ai malheureusement pas pu travailler avec tous, faute de temps et de finances.

As-tu des regrets vis à vis de groupes à qui tu as dû dire non ?
Non… pas vraiment. A chaque fois que j’ai sélectionné un groupe, c’est parce que j’avais vraiment envie de le faire. J’ai quelques regrets d’avoir investi beaucoup d’argent, d’énergie et de temps pour des groupes qui m’ont déçu par la suite. Bah ! Se sont de veilles histoires et j’ai pas envie de revenir là dessus.

Peux-tu me donner la raison pour laquelle tu as arrêté ton label ?
Je commençais à avoir moins de temps à consacrer au label. A la naissance de ma fille, je me suis trouvé un job à mi-temps, afin de quand même pouvoir garder mon statut d’indépendant à temps partiel.

Donc tu étais déclaré?
Oui ! Pendant toute une période j’étais déclaré. Et en Belgique, être indépendant, c’est pas vraiment ça. Je veux dire tout simplement que ce n’est pas le meilleur job pour avoir un bon revenu. Quand je suis passé à temps partiel j’ai encore bossé pour quelques groupes mais je n’ai pas eu de chance. J’ai signé un groupe qui a splitté deux mois après la sortie du CD. Je me suis donc retrouvé avec des centaines de copies inutilisables sur les bras. Pas de vente = pas d’argent. C’est à partir de ce moment là que je me suis dit qu’il était temps d’arrêter les frais. C’est ainsi que le label a cessé progressivement.

Avec le recul, comment analyses-tu ta vie à travers tes groupes, ton label, ta vie de famille ?

Quand j’y repense, j’ai parfois l’impression que c’est la plus belle période qui fait partie du passé. C’est vrai que c’était une période très riche à tout point de vue. On a fait pas mal de choses avec le groupe. Et on aurait pu aller beaucoup plus loin. Avec le label aussi, si j’avais pas été aussi borné rapport à la manière de le gérer, peut-être que j’aurais pu aller plus loin. Mais on ne refait pas le passé. Fort heureusement j’ai connu de magnifiques moments, et je garde de bons souvenirs de tout ce qui s’est déroulé. J’ai fait des connaissances avec lesquelles au départ j’avais des relations exclusivement "professionnelles", et je suis fier de dire que certaines de ces personnes sont encore mes amis aujourd’hui. C’était une période très riche que je me remémore avec émotion.

Es-tu encore en contact avec des personnes de NY comme Rick Ta Life, les gens de NRSV… Ceux pour qui tu avais sorti un disque ?
Oui, je suis encore en contact avec des gens du milieu de New York, comme les gens de No Redeeming Social Value, Inhuman, Indecision, tous ces groupes que j’ai également fait jouer au Magasin 4 lors des fameuses "Sunday Matinees". Grâce aux nouveaux outils comme internet, j’ai pu retrouver aussi les gens de Beneath The Remains, One 4 One, Inner Dam…. C’est très sympa de pouvoir continuer à correspondre comme ça. Il faut pas chercher aussi loin d’ailleurs. Récemment, j’ai retrouvé David d’Overcome et Loïc qui travaillait avec lui. Parmi tous ceux là, il y en a un paquet que j’aimerais bien revoir à l’occasion, mais qui ont déménagé ou qui habitent loin. Ce n’est pas aussi simple.

Propos recueillis par Grégory Smets


www.myspace.com/outforbloodbxl