Dix ans séparent votre dernier album studio et MMIX. Qu'est-ce qui a motivé ce retour à la composition et à l'enregistrement ?
Map : On ne s'est jamais arrêté de composer. Par exemple, sur une de nos dernières réalisation — un DVD live — on trouve des nouvelles compos. En fait, on compose régulièrement, mais on ne sort pas des disques tous les deux ans, c'est tout. On n'a pas le même rythme qu'un groupe classique.
Composer et enregistrer sont deux choses différentes pour vous ?
C'est un autre travail, c'est clair. Les Tambours, c'est avant tout de la scène. C'est un spectacle vivant. A voir c'est particulier, c'est même plutôt à vivre. C'est par la scène qu'on s'est fait connaître. Donc, on compose évidement en fonction de celle-ci. Tout est pensé pour le live. Le travail sur un disque est différent. Il permet très souvent d'approfondir certaines idées ou d'approcher un morceau différement. Le studio permet aussi de plus larges ouvertures musicales ou techniques que la scène ou le live ne le permettent. C'est tout aussi intéressant. L'idée est de pouvoir adapter l'un à l'autre. Et vice et versa.
En écoutant MMIX, il m'a semblé que le rythme — les bidons, quoi — était devenu moins "central" dans le groupe, et que les ambiances, au contraire, prenaient l'ascendant…
Hum… On espère que les ambiances ne prévalent pas sur le rythme. Elles sont présentes, certes, mais la base des Tambours reste et restera la grosse rythmique sur bidons. Depuis plusieurs années, on travaille avec d'autres sonorités, des sons électroniques notamment, que ce soit des nappes ou simplement des échantillons plus courts. Mais ces sons non produits par des bidons ne sont là que pour souligner le rythme, pour amener plus de richesses et de possibilités à nos compositions. Au niveau mélodique aussi. Forcément, ce travail ou cette volonté se ressent beaucoup sur le disque.
Etait-ce aussi une volonté de renouveller le concept ?
Rentrer d'autres sons dans la base de rythmiques des Bronx, on le fait depuis maintenant dix ans. Peut-être que les gens s'en rendent compte plus aujourd'hui parce que c'est plus flagrant sur ce disque… Mais en live, on a démarré ce processus il y a plusieurs années.
Ce nouveau disque me fait penser à une musique de film imaginaire… des morceaux courts, des climats différents, des ambiances suggérant des scènes… A-t-il été fait pour susciter l'imagination visuelle ?
Non, pas du tout. Depuis le départ, nos morceaux ont été beaucoup utilisés comme illustration d'images, dans des films ou des publicités (la musique des Guignols, c'est eux — ndr). Peut-être qu'en ayant plus travailler les mélodies, différentes sonorités, cela évoque effectivement une bande son. La musique des Tambours est un son particulier, donc, elle intéresse pas mal de monde qui travaille dans l'image. Mais c'était déjà le cas au début du groupe, même quand il n'y avait que des bidons.
A leurs débuts, Les Tambours ont été salué autant par les médias que par le public, du fait de leur extravagance musicale, du concept inédit, etc… Mais qu'en est-il aujourd'hui, 20 ans après ? La surprise est-elle toujours au rendez-vous ?
Il y a encore un effet de surprise… parce que le spectacle a évolué. Il a d'ailleurs toujours évolué d'année en année. Du coup, même les gens qui connaissent le groupe sont surpris par ce qui se passe sur scène. Et puis, on n'a pas non plus jouer partout dans le monde, donc, il reste des gens à surprendre (rires). Cela dit, même en France, où on a beaucoup joué et où on joue beaucoup en ce moment, on se rend compte qu'il existe un jeune public qui découvrent Les Tambours… Des gens qui ne connaissaient le groupe que de nom. Le principe des Tambours, c'est d'en mettre plein la tête pendant le premier quart d'heure. C'est assez offensif. Je pense que les gens sont hypnotisés par le début de concert, donc, l'effet de surprise fonctionne encore ! En général, lors de ce premier quart d'heure, il n'y a pas trop de réaction du public, et puis, au fil du concert, il rentre dans le spectacle… et là, tout se met en place.
Tu utilises le mot "spectacle". Les Tambours sont donc plus un spectacle qu'un groupe ?
Je ne fais pas de différence entre spectacle et concert. Peut-être que pour Les Tambours de Bronx, le mot spectacle correspond mieux, car c'est très vivant…
En matière de musique lourde, Les Tambours ont largement le statut de "percurseurs". Est-ce que vous avez des accointances avec le milieu metal, hardcore, post hardcore ou noise ?
Des accointances, non… De bonnes relations, oui. Dans des festivals, on rencontre des groupes qui apprécient Les Tambours. Par le biais du net, on a des commentaires de musiciens. Mais c'est peut-être plus au niveau personnel que les choses se font. Les Tambours, c'est une grosse équipe. Ça représente beaucoup de monde. Il y a donc des cultures et des goûts très différents au sien du groupe. On est imprégné de toute sorte de musique, d'influences. Par exemple, on a croisé il y a des années de cela Neurosis, je ne dirais pas qu'une amitié est né entre les deux groupes, mais plutôt une certaine reconnaissance vis à vis du travail de chacun. Pas mal de musiciens des Tambours aimaient beaucoup Neurosis, et Neurosis appréciait Les Tambours. Du coup, lorsqu'on a pensé à un disque de remixes de nos morceaux, on a proposé Neurosis d'en faire un. Ce qu'ils ont ont accepté très gentillement de faire.
Vous avez collaboré avec aussi bien des groupes de rock que des orchestres classiques. Est-ce que d'autres projet de ce type sont prévus ?
Il y a deux types de collaborations. Le premier, c'est un projet calé à l'avance, qui demande du temps, du travail et énormément d'investissement de la part des deux parties. Mais du fait de l'investissement que cela demande, ces collaborations sont finalement assez rares. Et puis, il y a des choses plus faciles qui s'exécutent plus rapidement… qui sont souvent dûes à des rencontres. Ça prend du temps pour créer quelque chose avec un autre artiste. Et encore plus particulièrement avec Les Tambours qui est une machine qui se déplace assez lentement du fait de son infrastructure (rires).
C'est une force, mais n'est-ce pas, parfois, un frein ?
Ça peut l'être effectivement. Mais on n'a jamais foiré de projet parce qu'on était particulièrement lent. Ou pour une autre raison On n'est pas plus lent que les autres, on est juste plus nombreux ! Les Tambours sont une énorme structure que demande d'être bien huilé. Ça n'apparaît peut-être évident pour le public, voir des gars qui tapet sur des bidons, c'est plutôt simple, mais c'est une structure très lourde à diriger. Ça demande beaucoup de répétitions, de mise en place. Donc, pour des collaborations, c'est encore plus compliqué à mettre en œuvre.
Peux-tu m'en dire plus sur les stages de percussion que vous donnez ?
On fait régulièrement des ateliers de percussions pour les jeunes et aussi les moins jeunes d'ailleurs. Des musiciens des Tambours se déplacent pour encadrer des groupes de participants pour les initier à la percussion sur bidons. La pratique est assez particulière, du fait que l'instrument est particulier : il y a un son unique et une frappe qui l'est tout autant. La mailloche, c'est comme ça qu'on appelle la baguette dans le groupe, est un outil particulier aussi. De même qu'il y a un frappé "Tambours du Bronx". Dans le créneau de la percu, notre méthode est unique. Même les steel bands qui utilisent aussi des bidons n'ont rien à voir avec Les Tambours. Chez nous, il y a un côté destruction qui fait partie du truc.
C'est très physique comme musique. J'imagine que ça l'est pour les musiciens. Doit-on être costaud pour jouer dans les Tambours ?
Non, pas forcément. Il faut juste avoir beaucoup de répétition dans les bras pour tenir tout un set. C'est un entrainement, tout simplement. C'est sportif, oui. Mais pas physique. Quand tu es bien entraîné, les choses se passent parfaitement bien.
Depuis la sortie du disque, vous avez pas mal joué. De quoi sera fait 2010 ?
On sera sur la route. C'est un nouveau spectacle, donc, on le fait tourner encore et encore. On va le présenter sur les festivals cet été, à l'étranger aussi. Comme on n'a très peu de textes et qu'ils sont en général compréhensibles par tous, on peut jouer partout. Ça se passe plutôt bien. Prochainement, on jouera en Suisse, en Norvège, en Hollande, l'Italie…










