L’album s'appelant Everywhere’s Garbage, pouvez-vous me dire quelles sont les dernières fois où votre sensibilité d'être humain a été agressée en voyant un endroit pollué ?
Marco : Un nombre incalculable de fois dans un nombre incalculable d'endroits ; chacun d’entre nous pourrait avoir une réponse à ta question. Pour ma part, je me suis dernièrement offusqué de voir une décharge sauvage dans un petit bois près de chez moi, alors qu'une déchetterie se trouve à quelques kilomètres…mais ce n'est qu'une chose parmi tant d'autres.
Il y a encore 15 ans (et plus), être sensible à l'écologie, c'était être un hippie illuminé. Aujourd’hui, malgré les rapports catastrophiques liés au changement climatique, on a l'impression que l'écologie n'est qu'un sujet à la mode qui n'attend que le prochain pour être éclipsé. La musique et les arts en général sont ils plus aptes à faire passer une idée ou un message ?
J'espère bien que les gens ne voient pas l'écologie de manière trop superficielle, et font la part des choses entre l'enfumage politico-médiatique du Grenelle de l'environnement (entre autres) et les véritables enjeux pour la planète. C'est sûr que c’est important que nos comportements évoluent sur le plan de la consommation. Et tant mieux si une partie de l'humanité en a conscience et tend vers cette réflexion de manière durable, pas seulement pour suivre une mode, mais l'essentiel serait que ceux qui nous gouvernent et ceux qui tiennent les rênes de l'économie mondiale agissent de manière significative… Malheureusement, ça ne m'a pas l'air très bien engagé. Les arts en général peuvent appuyer un propos ou une idée, mais le travail de terrain, l'activisme militant sont irremplaçables, surtout dans des combats comme l'écologie… même si la musique, au même titre que d'autres formes d'arts, peut être une forme de militantisme, il faut reconnaître qu'on s'adresse souvent, au mieux à des gens déjà convaincus, au pire à des gens qui s'en foutent, ou pour qui l'art n'a pas à être engagé.
En tant que groupe concerné par l'écologie, avez-vous fait votre bilan carbone, histoire d'éviter que vos arguments ne se retournent contre vous ?
Franchement non… En tout cas pas de manière précise et rigoureuse. Mais bon, il faudrait faire le calcul sur les quasiment 15 ans d'existence du groupe, en prenant en compte les différents types de bus 9 places (le véhicule de prédilection du groupe) qu'on a pu utiliser, leur consommation de carburant, prendre en compte les années où on a beaucoup tourné et celles où on a peu tourné… héhé ! Y a de quoi passer quelques heures. On a pris l'avion seulement à deux reprises sur l'ensemble de notre "carrière"… on aimerait bien pouvoir tourner en train, mais du coup, ça limiterait le nombre d'endroits où l'on pourrait se produire. Mais enfin, je peux t'affirmer avec une marge d'erreur assez faible que notre impact écologique est inférieur à celui d'entreprises comme par exemple Total ou Areva, qui, elles, ont en plus un impact humain non négligeable…
Votre dernier CD est un digipack et non un boîtier cristal pour ne pas utiliser de plastique. Quels sont vos autres choix "écologiques " pour la sortie de ce disque ?
C'est un digisleeve, 100 % carton, le CD et le DVD sont glissés dans des encoches (les digipacks comportent un bitonio en plastique sur lequel le CD est clipsé). D'autres choix "écologiques" ? Ben… si les ventes génèrent un bénéfice faramineux, on financera peut-être une organisation comme le réseau Sortir du Nucléaire. Sinon, on a tous pris la décision de fermer le robinet quand on se savonne ou quand on se brosse les dents… (Rires) Non, sérieusement on n’a pas envisagé autre chose d'"écolo" dans l'immédiat ; mais bon, on te tiendra au jus si il y a du neuf…
Le nouvel album semble beaucoup influencé par vos voyages / tournées à l'étranger. Quels sont vos plus forts souvenirs de tournées ?
Oui, l'album est influencé par le voyage en général, mais pas seulement les voyages du groupe en tournée. Nos voyages individuels, réels ou intérieurs, peuvent être aussi un apport à la musique des Rageous. Par exemple, Olivier (accordéon, harmonium et chant) à ramené de son voyage en Inde des idées et deux chansons. Au cours de son voyage, il a pu séjourner dans la famille de Rahis Barthi des Dhoad Gypsies of Rajasthan, dont le jeune frère Teepu Khan, intervient aux tablas sur l'album. Ce qui nous marque généralement en tournée, ce sont les rencontres humaines et/ou artistiques ; je peux te citer en vrac : les moments passés avec les jeunes bénévoles tunisiens du festival de El Jem, et la rencontre, lors du même festival, avec Mounir Troudi , un excellent chanteur qui frotte la tradition des chants soufis avec les musiques actuelles, également avec Amar Gasmi, joueur de ney du groupe tunisien les Colombes ; nos fins de soirées joyeusement arrosées en République Tchèque ou en Hongrie et la découverte de groupes comme Traband, Neocekavany Dichanek ou Psycho Mutants ; notre tournée québecoise dans un ex-bus scolaire, drivés par Shantal Arroyo et Joël Tremblay du groupe montréalais Collectivo ; et les autres gens sympathiques qu'on a pu y rencontrer et avec qui nous sommes restés en contact… Ce serait trop long de tout évoquer. On se souvient bien des bides, également ; il nous est arrivé d'en prendre… Et loin de chez soi, on le vit plus mal….
En jouant à l'étranger, qu'apprend-t-on sur soi-même ?
Bien des choses. Quand on est 8 personnes à vivre les uns avec les autres 24 H /24, dans des lieux confinés comme un minibus ou des piaules d'hôtel, on voit vite les difficultés de la vie en communauté, on apprend à prendre sur soi. Dans un autre ordre d'idée, on apprend à gérer la résistance de son organisme aux alcools étrangers, on apprend la patience avec les douaniers serbes…
La perception de votre musique, métisse et cosmopolite, est-elle différemment accueillie selon les pays que vous avez traversés ? Quelle différence avec la France ?
Dans les pays d'Europe centrale, le public est généralement moins surpris par des instruments que l'on utilise, comme le cymballum. Ce qui surprend, c'est le fait qu’on l'intègre à autre chose que des musiques purement traditionnelles. S'il y a des roumanophones (je ne sais pas si le terme est correct) dans le public, les chansons en roumain interprétées par Olivier les mettent généralement en transe…
Pour certains, prendre la route, c’est la liberté. Et pour vous, que représente un départ pour une date ou une tournée ?
L'essentiel de la vie des Rageous se passant sur scène, dans le spectacle vivant, chaque départ, que ce soit pour une date unique ou pour une tournée, représente quelque chose de vital. Le jour où on ira sur scène à reculons, l'existence du groupe sera sérieusement remise en question…
Chez Rageous Gratoons, l'autoproduction est-elle une nécessité, ou une volonté ?
Eh bien, on va dire qu'aux débuts du groupe, c'était une nécessité dans la mesure où les labels ne s'intéressent que peu ou pas du tout aux groupes qui débutent. Puis quand on a pris un peu de bouteille, le fait que nous devions nous autoproduire est devenu une évidence, dans la mesure où les Rageous ne font pas une musique qu'on pourrait qualifier de "formatée". On a eu droit à quelques réflexions de responsables de labels (parce qu’on en a démarché, à un moment donné) du genre "vous faites un peu trop d’instrumentaux" ou "vous devriez écrire plus de textes en français", qui nous ont fait nous apercevoir que si on voulait garder notre liberté de création, sous la forme que l'on souhaitait, la seule alternative était l'autoproduction… Depuis, on s'y tient.
Le groupe consolide aujourd’hui son aspect visuel avec un DVD bonus à Everywhere’s Garbage réalisé par un collectif d'artistes en tout genre. Q'avez-vous voulu retranscrire dans ces 80 minutes ?
C’est un carnet de route visuel, une chronique (sans commentaires) de la vie du groupe… On a confié tout ce qu'on avait pu filmer lors de nos tournées à l'étranger au collectif de vidéastes Le Ratelier, qui a entre autres réalisé le clip de "El Circo" sur notre précédent album studio. Le Ratelier a donc fait un montage à partir d'environ 70 heures d'images de nos tournées, en y alternant des séquences live qu’ils ont captées lors de deux concerts (à Bègles et la Rochelle). On y trouve aussi des clips (dont "El Circo" et son making-off), quelques séquences en bonus.
http://www.myspace.com/rageousgratoons
Everywhere's Grabage est sorti le 9 novembre 2009
(Crock Note - SL Works / l'Autre Distribution)
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