Vous avez demandez, via votre site, que les gens vous donnent leur avis sur The End Starts Here. Qu'en est-il ressorti ?
Seb (chant) : De manière générale, les échos sont très bons. C'est toujours agréable de voir que les gens continuent de nous suivre et évoluent en même temps que nous. On s'est aussi rendu compte que certaines personnes ont découvert Headcharger avec The End Starts Here. Nous avions envie avec cet album d'approfondir le côté rock du groupe. On a beaucoup travaillé sur les mélodies en gardant toujours en tête qu'il ne fallait pas basculer vers quelque chose de mièvre. C'est souvent ce qui est salué par la presse comme par le public. Après je pense aussi qu'une tranche des personnes ont pu être déstabilisé, mais cela est une évolution normale. Si tu reprends notre premier album, que tu te replonges dans Watch The Sun et que tu arrives enfin à ce The End Starts Here, tu verras que l'évolution du groupe est cohérente.
Rom (Basse) : C’est clair, l’album est très bien accueilli par les médias et le public… Après, j’ai pu avoir quelques remarques, d’anciens fans, qui sont un peu déçus par le fait que le nouvel album soit moins “rentre dedans” que les précédents ! On pouvait s’en douter, car on a évolué dans un style où la mélodie est plus présente. Rien de bien méchant, c’était juste prévisible ! Ce sont des puristes, venant plutôt du milieu “hardcore” ou “métal extrême”, mais bon, au bout de quelques écoutes supplémentaires, en général, ils arrivent à trouver leur compte. Certes, il y a plus de mélodies, mais ça reste tout de même du gros son, avec des chants bien gueulés.
Globalement, trouvez vous que les critiques/chroniques que la presse (web et papier) a fait de ce nouvel album sont justes, pertinentes et conformes à ce que vous vouliez montrer dans ce disque ?
Seb : Les critiques/chroniques pour cet album sont globalement très bonnes, donc ça serait un peu prétentieux de notre part que de te dire qu'elles sont justes. Après, pour ce qui est de la pertinence, nous sommes en règle générale vachement satisfaits. Les médias ont bien compris la direction du groupe. Nous voulions avec ce The End Starts Here emmener l'auditeur vers autre chose qu'uniquement du "in your face". Nous avons essayé de donner du relief à cet ensemble. Des titres comme "Breathe out" ou "The Invention of Solitude" sont sûrement les morceaux les plus violents qu'a pu composer Headcharger. Ensuite, nous nous sommes décomplexés et avons décidé de faire de l'acoustique ("Harvey Keitel's Syndrom") ou encore d'incorporer de l'harmonica ("Would you ?"). C'est sur ce point qu'il a fallu être vigilant et rendre cet ensemble cohérent. Je pense que c'est sur ce point que cet album est le plus réussi.
Antony (guitare) : C’est vrai que globalement, les morceaux qui sortent des sentiers battus, comme “ Something, Someone ” ou “ The End Starts Here ” par exemple, sont souvent plébiscités dans les critiques. C’est une réussite, vu qu’on était plutôt catégorisé comme un groupe au passé hardcore. Voir des trucs comme Corrosion Of Conformity ou Alice In Chains cités dans les chroniques montre que les gens ont très bien capté l’esprit du disque, un truc cohérent mais varié…du rock, quoi !
Dans ces avis sur le disque, beaucoup ont en commun les mots "Down" , "groovy", "rock'n'roll" et "Texas" (ou "southern rock"). Surpris ?
Seb : Surpris... oui et non... pour ne pas renier nos origines normandes !!! Non parce qu'indiscutablement ce sont des références qui collent à ce The End Starts Here et que nous sommes attachés à cet univers. Oui, tout simplement parce que cela n'est pas calculé. Pour la composition, c'est David qui apporte les premières idées. Il est très marqué par le rock US des 70's. Ensuite chacun d'entre nous met son grain de sel dans les arrangements. Nos univers différents allant du hard rock au hardcore en passant par la pop, cela donne au final cet esprit Headcharger. On entend souvent qu'une vague stoner rock est en train de grandir en France et nous y sommes souvent associés. Cela ne nous pose aucun problème au vu de la qualité des groupes.
Rom : J’apporte aussi des premiers riffs… Et ce sont souvent ceux qui sont le plus bourrins ! Mais en général, on arrive à bien les intégrer dans le groupe, et ça apporte le “gros”, dans gros southern rock… comme nous sommes caractérisés de plus en plus souvent ! Et c'est vrai que c’est ce qui nous caractérise le mieux je pense !
Les réactions de la presse étrangère sont-elles différentes face à votre disque ?
Seb : Nous n'avons pas encore réellement de retombées de la presse étrangère sinon belge. L'album va sortir dans ce courant de mois de mars au delà de nos frontières et nous verrons alors comment il sera accueilli. Ce sont forcément des retombées que l'on attend avec impatience parce qu'indiscutablement la France n'est pas réputée pour sa culture rock.
Antony : Oui, c’est clair, c’est pas parce que Gojira est passé par là que tout à coup la France est devenue un pays rock ! Même s’il y a plein de très bons groupes en France, l’accueil des pays étrangers sera très important pour la suite. On a déjà prévu de tourner pas mal en Suisse et en Belgique, mais aussi dans des pays non francophones. Si t’arrives à faire ton trou dans des pays à grosse culture musicale, la Suède, l’Angleterre, les USA, tu rentres dans la division supérieure !
Pensiez-vous, à vos débuts — lorsque vous vous appeliez encore Doggystyle par exemple — être capable de concevoir et enregistrer un disque comme The End Starts Here ? Quels sont les moments pivots de Headcharger ?
Seb : Non, tout simplement parce que nous n'étions pas assez mûrs musicalement parlant pour le faire. Les moments pivots pour Headcharger correspondent à la manière dont nous avons évolué en tant que musicien. Il y a une période dans ta vie où tu te demandes ce que tu veux faire, tu fais des choix. Le notre a été de poursuivre une aventure musicale au sein de ce groupe et donc de s'en donner les moyens. Après, c'est vrai aussi que les arrivées de David et d'Antony, tous deux guitaristes, ont élargi notre univers. David pour son sens de la composition et Antony parce que c'est un fou de la mélodie. Nous avons travaillé tous ensemble pour intégrer ces nouveaux facteurs et faire un ensemble que l'on espère le plus homogène et cohérent possible.

Plusieurs endorsements (Ernie Ball,…), des partenariats (Rock One, Metal Obs'), signature sur XIII bis records, distribution Sony Music, un gros tourneur, etc… Quel regard portez-vous sur votre situation actuelle ? Le maire de Caen vous a-t-il offert les clés de la ville ?
Seb : Rien n'est arrivé par hasard. On en est quand même à notre troisième album et plus de 300 dates, tu sais... Forcément au fil de ces années nous avons rencontré des gens et perdu d'autres. Indiscutablement, le fait de bosser avec ce type de structures t'ouvres des portes mais cela ne s'est pas fait du jour au lendemain. Je reste persuadé qu'un groupe gagne en crédibilité en traversant les années. Tu passes forcément par des périodes difficiles, mais cela forge aussi ta solidité. Pour ce qui est du maire de Caen je doute qu'il est même entendu le nom de Headcharger une fois dans sa vie et c'est tant mieux. S'il nous filait les clés de la ville je pense qu'on en profiterait pour faire une putain de teuf avec tout les membres de cette scène caennaise qui nous sont si chers (Amanda Woodward, Guns Of brixton, Aussitot Mort, 64 dollars question...)
Rom : Trois albums maintenant avec Headcharger… Des années à tout faire par soi-même : être son propre tourneur, son propre attaché de presse, faire sa promo soi même, passer des centaines de coups de téléphone… Ca permet de créer, comme seb le disait, un certain nombre de contacts, et aussi de se faire reconnaître en tant que groupe, “motivé”, si je peux dire ! C’est, à mon avis, ce dur labeur de plusieurs années qui nous a amené à tout ça, et c’est vraiment génial, l’acharnement paye en somme !
Antony : A ça, il faut rajouter aussi le travail de Custom Core et de Coriace sur les albums précédents. Ils nous ont poussé au cul pour qu’on devienne un truc vraiment sérieux. Quand tu as des mecs comme ça derrière toi, travailler toujours plus pour t’améliorer devient naturel. Tu leur dois de donner le meilleur de toi même, et ça commence à porter ses fruits.
C'est quoi Le "Harvey Keitel’s Syndrom" ?
Antony : Ce texte fait écho au “Bill Murray’s Syndome” de l’album précédent. C’était un morceau punky assez speed. L’idée de coller un texte dans la même veine pour un des titres les plus relax de l’album, c’est une sorte de “pied de nez”. Pour rien te cacher, le texte est très largement inspiré de la littérature de Paul Auster. Le rapport avec Harvey Keitel est le fabuleux film Smoke de Wayne Wang, co-écrit avec Paul Auster justement. Ensuite le sujet exact du texte, il y a que moi qui le sait vraiment! Je te laisse t’en faire ta propre interprétation !
De façon général, quels sont les sujets abordés dans vos textes ? Pensez-vous que le public est attentifs à ces textes ? La musique — sa lourdeur, sa violence, son agressivité — est toujours loué, rarement les textes. Difficile d'intéresser les gens ?
Seb : Difficile, je ne sais pas. Ce n'est tout simplement pas le but premier de notre zic'. C'est du rock quoi... On s'y applique mais ce sont le plus souvent des textes à double lecture. Chacun y voit ce qu'il a envie d'y voir. Mais ce qui est sûr c'est que je sais pourquoi je les chante. Regarde, remets toi un bon vieux AC/DC dans les oreilles et tu verras que les textes ne sont pas de la grande littérature. Ce sont des tranches de vie et voilà. Si nous avions envie que les gens se focalisent plus sur les textes nous aurions composé en français en essayant de faire aussi bien qu'un Brel ou un Bashung mais ce n'est tout simplement pas notre manière d'aborder les choses.
Antony : On écrit tous des textes, on a tous notre manière d’aborder le truc. Personnellement, je me prends vachement la tête sur les textes. Les lyrics de “I Hate Myself And I Want You Back”, ou “Without A Nation" par exemple, sont assez riches, il faut juste faire la démarche d’essayer de les décrypter. Que les gens ne fassent pas cet effort ne me dérange cependant pas plus que ça. C’est inhérent au style, et ça ne nous empêchera pas de continuer à le faire le mieux possible.
Pendant longtemps la scène rock & metal français ne suivait que des modes (éphémères ou pas) et des tendances, que le public ne s'intéressait qu'aux groupes étrangers (américains de préférence) et que les médias s'enflammaient souvent pour pas grand chose. Avez-vous l'impression que ça a changé ? Si oui, donnez moi quelques exemples ?
Rom : Personnellement, je ne pense pas que ça ait changé… Certes les styles qui ont tendance à très bien marcher ont changés, je pense à cette grosse vague du metalcore (Bring Me The Horizon, Killswitch Engage…), ou toute cette vague pop punk par exemple, mais ça reste à peu de choses près, pareil… Les spotlights sont toujours braqués plutôt vers les groupes anglophones, ce sont surtout eux qui tirent les ficelles, et font la une des magazines de rock ! Après, avec un peu de chance et de bonne volonté de la part des médias, un groupe français peut se retrouver mélanger à ces “gros” groupes du moment… Et on va pas s’en plaindre, car on en bénéficie actuellement… à une certaine échelle ! Faut toujours autant bataillé pour se faire une petite place dans ce milieu ! Mais bon ça tire les différents groupes vers le haut, ça donne la gouache pour faire toujours mieux, et montrer que l’on a une belle scène française, en matière de “gros rock”, ou de “musiques amplifiées”.
Aujourd'hui (03/03) vous devez annoncer une grosse surprise sur votre site. C'est quoi (l'interview sera publié plus tard, donc, pas de risque de spoiler) ?
Seb : Tout simplement notre participation à l'affiche du Sonisphere Festival à Madrid au côté de Faith no More, Rammstein, Alice in Chains, Slayer, Anthrax, Megadeth, Coheed and Cambria... Bref, un truc de malade. Ca sera les 9 et 10 juillet. Pour moi des mecs comme Alice in Chains ont beaucoup compté dans ma manière d'aborder la musique. C'est ni plus ni moins qu'une référence. Alors tu t'imagines bien que de partager une affiche avec eux est un honneur. On va tout faire pour défendre ce The End Starts Here du mieux possible et ce genre d'occasion ne se loupe pas.
Antony : en plus, on va jouer dans des conditions vraiment très très correctes ! On est pas là pour combler l’affiche, payés au rabais, et pour jouer à 10h du mat’ devant les épaves encore saoules de la veille! On espère que ça va nous ouvrir les portes de l’international, autre que les pays francophones, c’est vraiment un plan en or pour nous, et on peut déjà vous dire qu’il y en aura d’autres. C’est dommage pour notre public français, ça fait de la route !
http://www.headcharger.com
http://www.myspace.com/headcharger











