Présente nous un peu le groupe, les princes, date de la formation...
Edouard : Edouard Nenez est né dans un sous-sol de la banlieue est en 1995. Après avoir été un duo guitare/voix, le groupe s’est étoffé jusqu'à devenir un quintette, et le style musical à du coup pas mal évolué. De la "Chanson dégagée" du début, qui mêlait cabaret, humour foireux, chanson française déstructurée, et pastiches incompréhensibles, nous sommes passés, avec un renouvellement des musiciens (au bout de 8 ans les premiers étaient un peu lassés), à une formation résolument plus punk rock. Pour moi l’esprit punk était déjà bien présent dans les chansons du début mais ce n’était certainement pas assez clair pour le public puisque nous n’avons intéressé que très peu de gens pendant cette première période du groupe. Du coup maintenant on joue plus fort, les paroles sont moins compréhensibles et il faut acheter le disque pour les lire dans le livret, ce qui est une stratégie bassement commerciale !
Cinq ans entre le 2ème album et celui-là, vous avez pris le temps, peaufiner les morceaux entre Los Angeles, New York et Oslo ?
Ou plutôt entre Rueil Malmaison, Saint-Ouen, Paris et Montreuil ! On a commencé à enregistrer cet album en 2006, mais les aléas du D.I.Y (il a été enregistré dans trois studios différents et ensuite mixé dans un quatrième), puis la signature sur Crash Disques ont fait qu’il ne sort que maintenant. Du coup, les morceaux sont un peu dépassés pour nous, surtout qu’avec les nouveaux "Princes de Bretagne", on a un rythme de composition un peu plus rapide qu’avant.
Dans le skeud vous êtes à l'aise aussi bien dans les plans ska/reggae, le punk, le slow bien baveux ou des morceaux bien rock sans que ça fasse has-been, c'est pas permis à tout le monde. Comment vous fonctionnez pour les compos ?
Au tout début, je faisais paroles et musiques tout seul, mais au fur et à mesure de l’arrivée de vrais musiciens, chacun a pu apporter des idées de morceaux ou d’arrangements et maintenant, je n’écris plus que les paroles. Je laisse aux Princes le soin de composer, et comme ils ont une culture musicale assez éclectique çà donne ce côté un peu "fourre-tout" que j’apprécie beaucoup, personnellement je n’aime pas écouter un disque où tout les morceaux se ressemblent.
C'est aussi votre album le plus méchant en ce qui concerne les titres qui tabassent tout en restant très fun, ou on sent encore plus l'influence punk rock 80, c'est l'album de la consécration pour Edouard & ses Princes?
Je suis heureux que tu n’ais pas employé l’expression "album de la maturité" parce qu’après la maturité, vient le pourrissement… C’est peut- être notre album le plus abouti, tant dans les compos que dans la réalisation, le fait de l’avoir mixé avec quelqu’un d’extérieur au groupe à certainement contribué à ce que le son soit plus homogène malgré la disparité des chansons qu’on évoquait plus haut. Quand à la "consécration", nous n’avons pas d’autre ambition que nous amuser et d’amuser notre public, tout en gardant les yeux ouverts sur les défaillances croissantes de cette société ultra libérale. Je ne pense pas qu’on aura une "Victoire de la musique" avec ça et de toute façon on en voudrait pas (j’évite une longue tirade rageuse sur l’état du show bizness en France [beurk], et sur la reconnaissance des "musiques actuelles" tant au niveau local que national [prout]).
Que penses-tu de la scène actuelle ?
J’aime beaucoup Spermicide, je trouve qu’ils ne jouent pas assez, et j’attends leur prochain disque avec impatience.

Quand on parle de chansons à textes, avec Edouard on est en plein dedans, as tu un truc, une potion secrète pour coucher tous ces mots, ces rimes, ca doit marcher à 100 à l'heure sous le bocal?
Non, en fait ça peut être assez fastidieux, c’est par période, parfois j’ai des idées, des thèmes, des jeux de mots en tête et tout s’assemble facilement pour faire un texte, en général vers 2/3heures du matin, et parfois, je suis obligé de me forcer à écrire, dans ces cas-là le résultat est souvent pitoyable et ces chansons finissent bien souvent à la poubelle.
Qu'est ce qui t'as amené au chant et à l'écriture ?
Pendant mon adolescence (à la fin des années 70), j’écrivais des textes pseudo-romantiques, influencé par les classiques Baudelaire, Verlaine, De Nerval. Puis j’ai découvert Boris Vian et quand le punk m’est tombé dessus je me suis tourné vers des trucs plus dadaïstes, mais j’ai toujours aussi aimé les textes réalistes ou les reportages. Je ne sais pas s’il y a toutes ces influences un peu sérieuses dans mes textes, mais quand j’écris, je ne peux pas m’empêcher de déconner, ça tourne souvent à la farce ou au pamphlet. A mon avis on peut aussi bien faire passer un message dans une pochade goguenarde que dans un manifeste à l’emporte-pièce. Après tout ce ne sont que des chansons.
Fais-tu partie des gens qui pensent que c'est foutu, que l'on bascule dans le No Future à cause de tous ces vautours de la finance ou au contraire qu'il va bien y avoir un jour une prise de conscience collective pour que le monde soit meilleur?
Je ne suis pas fixé là-dessus, je suis de nature plutôt optimiste, mais si on regarde les choses de façon lucide, il y a quand même de quoi angoisser sévèrement. J’aimerai que ta deuxième proposition l’emporte mais j’ai bien peur qu’on file droit vers la première (ça s’appelle une réponse de Normand, ni oui, ni non, et pourtant je suis Breton !)

Quel est ton pire souvenir On The Road ?
On n’a pas fait tant de route que ça, et en général on se marre bien. Une fois on est tombés par ma faute en panne d’essence à 10 km de Lorient vers 19h alors qu’on devait y être pour faire la balance à 18H30… mais bon finalement le parton du bar avait décidé qu’on jouerai tard donc il n’y a même pas eu d’embrouilles. Sinon une fois on a dormi dans le grenier d’un Pub infesté de rats, c’était cool…
Si demain on t'offre un Camping Car t'en fais quoi ?
Un barbecue (je sais ça pollue à mort mais c’est tellement jouissif !)
La dernière fois au Glaz’art vous avez joué sous une pluie de bout de choux fleur, ça change des crachats, mais était ce bio tout ça ? Vous vous déplacez toujours avec une caisse de choux ?
C’était des choux-fleurs "Princes de Bretagne" évidemment, et je ne suis pas sûr qu’ils soient très "bios". On avait pourtant promis aux gens du Glaz’art qu’il n’y aurait pas de bataille de chou-fleur, mais la tentation a été trop forte pour notre public qui les a sauvagement arrachés, alors qu’ils étaient solidement fixés avec du fil de fer pour en retapisser toute la salle pendant notre set. En fait, j’essaye toujours d’avoir un chou-fleur à peu prés frais et cru pour le concert, c’est notre totem, notre divinité païenne, en lui nous puisons les forces de mener la grand-messe sabbatique du Rock’n’roll.
On t'envoie deux mois dans une cabane perdue au fond des bois, tu peux emmener 5 disques, t'emmène quoi ?
London Calling (The Clash), Scandinavian Leather (Turbonegro), Jeux Cruels (Strychnine), Sound Affects (The Jam), Réussite (O.T.H.)
Vous avez des dates, où et quand?
Prochaine dates confirmées : le 28 mai à Blois (41) et le 29 mai à Allaire (56)
En plus d'assurer le show sur scène, on peut voir sur votre site vos clips, ou le docu sur "la tentative d'approche scientifique du cas d'Edouard Nenez" qui sont vraiment classe. Y'a un Wallace chez vous ?
Pas de Wallace, mais deux "Gromits" qui bossent dans le secteur audiovisuel, et qui de ce fait ont des facilités pour bricoler la cyber propagande du groupe.
Merci à toi, gloire à Edouard, j'te laisse le mot de la fin:
Le mot de la fin sera moyen, car parfois la fin justifie les moyens…
Propos recueillis par Rouf Lakett










