Inner Terrestrials a une approche plutôt commune du crossover punk/reggae. Est-ce que cela vous embête qu'on vous compare toujours et encore à des vieux groupes comme The Clash ou The Ruts ?
J : The Clash et spécialement The Ruts sont des grands groupes, c'est donc plutôt cool d'être comparé à eux. Mais nous n'avons pas commencé à composer pour leur ressembler. Pour ma part, j'ai plutôt été influencé par des groupes du mouvement squatteur/traveller des années 80, comme AK47's ou Culture Shock. Et bien sûr, par un paquet d'autres groupes punk anglais, du reggae jamaïcain, entre autre.
Est-ce que des groupes non punk ont influencé le son du groupe ?
Oui, plein. Des trucs Studio One comme les Skatalites, et les vieux trucs de musique jamaïcaine, mais aussi des groupes comme Planxty, Fairport Convention, Ewan McColl ; des groupes psychédéliques comme Gong, Ozric Tentacles, Ululators ; du dub et du reggae roots comme King Tubby, Mad Proffesssor, Steel Pulse, Burning Spear… Et même du metal comme Metalica, Slayer, Megadeath, Motörhead… Je pourrais remplir une page entière de noms.
Le punk et le reggae ont un point en commun, ce sont toutes deux des musiques contestataires. Pensez-vous que mélanger les deux appuie votre message ?
Nous mélangeons punk et reggae car nous apprécions les deux styles, ce n'est pas forcé et une volonté particulière d'avoir un plus grand impact. Dans un certain sens, ce sont deux types de folk music, et ils sont une forte influence dans le sud de Londres. Faire danser donne de la bonne énergie.
Inner Terrestrials est loyal envers le mouvement anarchopunk depuis ses débuts. Quels sont les avantages et les inconvénients de ce circuit ?
La scène anarchopunk prône la réflection par soi-même, tu sais ce qui est bien ou mal sans être forcé par quoi que ce soit ou qui que ce soit. Elle propage la culture DIY, l'égalité, elle pousse à résister à l'oppression et au concept inhérent à notre société qui dit que nous ne sommes que des larbins au système juste bon à produire et à consommer. D'un autre côté, l'hypocrisie, l'hystérie et le jugement des autres ainsi que la culpabilité petit bourgeois restent tapis dans l'ombre de cette scène. Mais personne n'a jamais dit que ce serait facile de se battre pour un monde meilleur. Les bons côtés de l'anarchopunk balayent rapidement les mauvais.
Entre la France et Inner Terrestrials, c'est une belle histoire d'amour. Vous jouez souvent dans l'Hexagone, les labels qui sortent vos disques sont français (Crash Disques, Mass Prod, Maloka)… Qu'est-ce qui vous rapproche des Français ?
La première fois que nous avons traversé la mer pour aller jouer sur le continent, c'était du temps des rave/DJ parties, elles étaient complètement interdites en Angleterre. C'est à ce moment que nous sommes venus jouer pour la première fois en France. Nous avons beaucoup joué en Europe (ce que vous faisons encore beaucoup), mais les premières personnes à avoir cru en nous et à investir de l'énergie pour nous faire connaître furent les gens de Kochise à Paris. Ils nous ont présenté ensuite à Maloka à Dijon… qui a sorti notre première prod européenne (Escape From New Cross), et ensemble ils nous ont aidés à trouver des concerts, à monter des tournées, ce qui nous a fait connaître auprès d'encore plus de gens. Ensuite, nous avons rencontré les gens de Mass Prod en Bretagne avec qui on travaille désormais aussi. Tous ces gens sont de bons amis maintenant, donc c'est une situation plutôt cool que de travailler avec des potes. Je pense aussi que pas mal de gens en France ont une affinité naturelle avec l'anarchisme et la liberté, ce sont aussi des gens qui aiment la musique.

En 2003, vous avez fait pas mal de concerts avec le groupe américain Fishbone. Quels souvenirs en gardez-vous ?
C'était cool d'ouvrir pour Fishbone sur cette tournée. On a passé du bon temps. Ce sont de sacrés personnages ! Ils avaient un tour bus dont le chauffeur anglais était sous speed tout le temps (à moins qu'il ne consommait que de la mauvaise coke). Norwood, le bassiste, portait uniquement une soutane d'évêque sur scène, John "Wet Daddy" le batteur mangeait tout le temps, mais vraiment tout le temps… Après un concert, je leur ai offert un verre de gnôle artisanale… Le chauffeur a en mis par terre, y a mis le feu avec son briquet… Quand il a vu les flammes que ça engendrait, il a dit : "je ne boirais jamais de ce truc !". John, le batteur, se tenait à côté de lui, m'a pris la bouteille des mains et en a bu comme si c'était du jus de pomme. Je l'ai mis en garde, mais il ne m'a pas écouté. Quand on les a retrouvé le lendemain au concert suivant, on a appris qu'il avait gerbé durant tout le trajet !
Vous avez toujours été sensibles à l'écologie. Aujourd'hui, c'est un sujet très tendance, qu'on retrouve partout (publicités, journaux, programme politique…). Que pensez-vous de cet intérêt aussi massif que soudain ?
Ça arrive vraiment tard, après des années de déni, mais mieux vaut tard que jamais. Ça peut être une bonne chose pour trouver des solutions. C'est probablement la dernière chance, même si les Américains refusent toujours d'accepter leurs responsabilités de pollueurs et si certains politiciens prétendent s'intéresser au problème écologique juste pour que leur économie grossisse. Un mode de vie à faible impact écologique et l'utilisation d'une énergie durable restent le meilleur pour le futur de cette planète et toutes les formes de vie qu'elle abrite. Je suis vraiment inquiet de l'idée que l'énergie nucléaire soit vanté comme la seule issue pour résoudre nos problèmes d'énergie.
La libération animale est aussi une cause que vous soutenez et pour laquelle vous vous battez. On accuse souvent ces activistes d'être trop violents ou trop extrêmes dans leurs actes. Que pensez-vous de cette violence ?
On a toujours aidé les saboteurs de la chasse, les prisonniers de l'ALF (Animal Liberation front) et les prisonniers vegan. Les gens en ont assez des traitements que la société inflige aux animaux. La violence que certains utilisent pour défendre cette cause peut, bien sûr, faire peur, mais je soutiens généralement les activistes qui prennent des mesures agressives, l'oppression violente entraîne parfois une réaction violente. C'est difficile d'être impartial là-dessus. Je préfèrerais vivre dans un monde sans violence, mais je comprends tout à fait la posture et les réactions parfois violentes de ces activistes. Je les considère comme des combattants de la libertés.
Parlons maintenant de votre prochain album, Tales of Terror. Il a d'abord été annoncé il y a deux ans, et depuis, il n'a cessé d'être répoussé… Où en est-t-il ?
Tout est à cause de nos vies personnels, nous sommes des gens complètement désorganisés, qui plus est, investies dans plein d'autres activités annexes. De plus, il a fallu que l'on recontruise notre studio, ce qui a décalé pas mal l'enregistrement du disque. L'album est désormais prêt maintenant et sortira cette année. C'est un album super, meilleur que le dernier, ça c'est certain. Et aussi très différent par certains côtés, et ce même si les sujets sont un peu les mêmes : le climat de peur actuel, le terrorisme, l'hédonisme… Tu l'entendras bientôt, promis !
En tout cas, la pochette est prête depuis longtemps. Que représente cet épouvantail ?
C'est le bogeyman, le cauchemar, la fausse peur à laquelle nous sommes confrontée par le mécanisme de contrôle. La pochette suggère comment l'ère de terreur actuelle est vraiment une illusion créée pour que nous restons à nos places… L'épouvantail, c'est la peur de l'inconnu. Le dessin a été fait par un type qui s'appelle Arrowfish, un artiste de rue et un activiste dans le genre de Bansky.
Un livre est également en préparation sur vos 15 ans de carrière. Peux-tu m'en dire plus à son sujet ?
C'est un projet que nous faisons avec notre ami François - ZD09, un artiste/photographe qui a voyagé avec nous pendant de nombreuses années. C'est un livre qui montrera tous les côtés du groupe, notre investissement dans le mouvement squat et dans la culture traveller, les manifs Reclaim The Streets, les free parties et les festivals de musique underground, bref tous les lieux, les gens et les initiatives dont le groupe tire son énergie. Il y a aura donc plein de photos, des dessins, de la propagande de ses 20 dernières années, mais aussi des articles sur la politique, la musique, l'écologie, la contestation, etc… Il parlera du coté des choses et de l'histoire que les médias laissent en général de côté. C'est un projet très intéressant.
Il y a aussi le projet "Inner Terrestrial In Dub". C'est quoi ?
On a toujours beaucoup apprécié le dub, et il existe pas mal de morceaux d'Inner Terrestrials qui se conjuge bien avec l'idée initiale du dub. Ce projet, ce sera notre hommage punk à King Tubby, Augustus Pablo… ce genre de types. Nous travaillons sur le disque avec notre ingénieur du son qui connait bien ce son. Jusqu'à présent, je suis très fier de ce que nous avons fait. Mais c'est un projet qui se fait petit à petit, vu qu'on bosse en parallèle sur tous nos autres projets.
En avril, vous allez jouer au Japon. Et en juin, vous irez à La Réunion. Qu'espérez-vous de ces voyages / tournées ?
On les attend avec beaucoup d'impatience. Aucun de nous n'a jamais été au Japon ou en Afrique, c'est donc une fabuleuse opportunité. Une des meilleures choses à propos dans le fait d'être dans un groupe comme le notre, c'est de voyager. Nous aimons être sur la route, et comme aucun de nous n'a de boulot fixe ou de revenu, nous ne pourrions jamais aller dans ces endroits en tant que touristes. Je suis vraiment excité de voir la forêt tropicale à La Réunion, et les singes aux Japon, de me confronter à des cultures si différentes de la mienne. La vie, c'est pour bouger ; dormir, c'est quand tu es mort !
Ça doit demander beaucoup de sacrifices d'être dans un groupe comme Inner Terrestrials. Qu'aimes-tu tant pour être toujours à fond ?
C'est la meilleure vie que je puisse avoir ! La musique, mes potes, voyager, la solidarité, de nouvelles expériences, l'excitation, la passion, la créativité… Tout ça est au menu de ma vie de tous les jours. Personne ne nous dit quoi faire, nous n'avons pas de patrons, nous essayons de vivre bien et librement. Inner Terrestrial nous donne la chance de vivre comme nous voulons vivre.
Propos recueillis par Pépito Ramirez
www.myspace.com/innerterrestrials
Prochains concerts en France de Inner Terrestrials :
7 mai 2010 Festival Zirkenstock, Cambrésis, Nord-Pas-de-Calais
6 juin 2010 Alien festival - nantes
2 juil. 2010 Saint-Péran (35) - La fontaine de Brocéliande, Saint-Péran (35)
3 juil. 2010 Concarneau (29) - brasserie Tri Martolod, Concarneau (29)
4 juil. 2010 Brest - Asso Vivre La Rue, Brest











