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Posté le Lundi, 12 Avril 2010

Les Vulgaires Machins interview

Vulgaires Machins interview

Requiem Pour Les Sourds, le dernier album des Québécois de Vulgaires Machins est sorti il y a quelques semaines dans la Belle Province, remportant un joli succès. Pour nous, Français adorateurs du power pop punk du quatuor de Montréal, il faudra encore patienter un peu pour avoir l'objet dans les mimines (une sortie française est prévue sur Guerilla Asso). Cela dit, il était toujours possible de réaliser une entrevue avec Guillaume, le chanteur-guitariste, sur la base de ce qu'on peut entendre du disque sur le site officiel du groupe.


Sorti en début de mois, Requiem Pour Les Sourds est numéro 1 des ventes de disques au Québec. Surpris ?
Surtout heureux de l’intérêt que les gens portent à l’album malgré le genre de produits qui se retrouvent au sommet des palmarès en général. Je trouve que c’est bon signe pour le rock au Québec. Oui, un peu surpris.

Penses-tu que la prod de Gus Van Go est, en partie, responsable de ce "succès" ? Qu'apporte Gus au groupe ?
Absolument. On a toujours considéré Gus comme un 5ème membre depuis qu’on travaille avec lui. Sa pertinence et son talent d’arrangeur et de producteur sont indéniables. Idem pour Werner F. Il faut remettre à César ce qui revient à César.

La prod et la musique de ce nouveau disque sont plus accessibles, mais les textes restent toujours incisifs, cyniques et parfois offensifs. "Parasite" a tout du single, mais son contenu est plutôt proche de la protest song. Est-ce que cette chanson passe en radio au Québec ? Plus généralement, les Vulgaires Machins sont-ils diffusés en radio ?
Les chansons sont généralement assez difficiles à travailler : Les radios commerciales cherchent souvent les singles simples et inoffensifs. C’est une réalité avec laquelle le groupe a l’habitude de jongler. Ça a été le cas avec la plupart des chansons qui ont été travaillées en radio. Ceci dit, plus le temps passe et plus les diffuseurs comprennent l’importance du groupe dans le paysage rock et plus il devient difficile pour eux de refuser la diffusion. La pression externe existe. Les ventes, les demandes des fans, la position médiatique etc… Nous sommes surtout heureux de constater qu’il n’est pas impossible de creuser sa place en ne faisant aucun compromis artistiques.  

Penses-tu que votre public est sensible à vos textes, critiques sociales ou coups de gueule ?
Oui. Complètement. Je pense qu’une grande part de l’intérêt pour le groupe réside dans le fait qu’on ne se soit jamais censurés au risque de se planter et d’avoir toujours été honnêtes dans notre démarche. Les gens sont beaucoup plus sensibles que les médias de masse veulent bien le prétendre. De notre point de vue, le message du groupe semble être l’aspect le plus important pour nos fans. On le constate fréquemment en concert par exemple. Les gens nous parlent essentiellement des textes, des propos, des idées etc…

Requiem Pour les Sourds

Que représente le bateau qui sombre sur la pochette ?
L’humanité à la dérive sans doute. Le consensus global autour des questions de notre époque quand à l’écologie, la justice sociale, la démocratie. Il semble y régner une ambiance de cynisme absolue. Les gens savent et s’accordent sur l’urgence d’apporter des changements mais choisissent de regarder le bateau couler plutôt que d’agir. C’est une critique au premier degré certes, mais c’est aussi une question. Sommes-nous sourds et aveugles?  

Dans "Chanson acoustique", on entend "J'aimerais mieux que le ciel tombe / Que ralentir au cinquième disque". Qu'est-ce que ça veut dire ?
Plutôt tout arrêter que de faire des compromis artistiques. Plutôt démanteler le groupe que de faire des compromis idéologiques qu’on ne pourra défendre.

Il y avait "Anéantir le dogme" sur Compter les Corps, cette fois il s'agit de détruire "le mythe de la démocratie". Suite logique ? Comment la presse et les médias québécois considèrent-ils votre discours ?
Les médias, même les plus pertinents le disent eux-mêmes; leur topo, papier, entrevue seront formatées au final. Il n’est pas rare de faire 30 minutes d’entrevue télé pour voir gardées 4 minutes au montage. On utilise les médias pour faire connaître l’existence du groupe et mettre un peu de lumière sur l’actualité qui nous entoure. Il y a longtemps qu’on n’attend plus la participation des journalistes pour élever le débat et faire des entrevues de fond. Ça n’est le mandat de personne semble-t-il. En tout cas, qu’à de très très rares occasions.

Malgré cette volonté de dénoncer les travers du système, les chansons des Vulgaires sonnent vraiment comme des chansons — dans le sens pop music — avec une écriture soignée, presque poétique… Quels sont les groupes / auteurs / paroliers / penseurs (…) qui t'ont influencé ?
Dans un ordre aléatoire et au gré du vent : Albert Jacquard, Charles Bukowsky,  Propagandhi, l’Humoriste Bill Hick’s, Béru, Dylan, Chomsky et le dernier roman de Pierre Drachline.

Le groupe fête ses 15 ans d'existence avec ce nouvel album. A ton avis, quelle chanson représente le mieux Les Vulgaires Machins ? Et que retiens-tu de ses 15 années passées ? Prêt pour 15 nouvelles ?
Je serais tenté de répondre : Un peu plus fort du dernier album. C’est une chanson qui exprime bien l’importance pour le groupe d’avancer avec l’espoir de faire une différence autour de nous, si petite soit-elle. Malgré le cynisme, le sarcasme et le découragement qui nous caractérise souvent. On y croit encore un peu. C’est ça qui compte le plus en bout de ligne.

Vulgaires Machins Interview

La musique du groupe reste très mélodique, entraînante, accrocheuse. Quelque part, c'est très positif comme attitude. Est-ce qu'on peut résumer Les Vulgaires Machins comme un groupe positif ? Genre : "C'est mieux de montrer la lumière que pointer l'orage".
Je pense qu’il existe beaucoup de zones grises, de paradoxes et d’autodérision dans le message du groupe. Comme je le disais plus haut, le cynisme et la noirceur des propos démontrent ultimement une sensibilité. Oui, nous sommes ultimement positifs. Les réactions des fans à nos chansons et nos textes l’encourage bien. Baisser les bras pour Vulgaires Machins serait de cesser nos activités. Pour le moment, nous avons encore envie de crier à tout rompre que l’heure est grave.

Vous faites beaucoup de promo chez vous, des gros journaux, des télés, des magazines importants, de la presse web. Lorsque vous êtes en France, il me semble que ce n'est pas le cas. De même lorsque vous tournez en France, vous jouez dans de petits lieux alors qu'au Québec vous êtes plutôt habitués aux grosses audiences. Pourtant, vous venez souvent en France. La France est-elle un défi pour vous ?
La France fût un défi à nos débuts. Aujourd’hui, la France à nos yeux est plutôt une occasion de partager des moments avec les amis qu’on s’est fait à travers la douzaine de tournée qu’on a faite. L’occasion de s’amuser, l’occasion de faire plaisir aux fans en France qui suivent le groupe. Les expériences avec les labels chez vous ne sont pour la plupart pas vraiment digne de mention. On a également réalisé avec le temps que d’apparaître sur un autre continent plus ou moins une seule fois par année rend les démarches vraiment difficiles. On a cessé de se faire des attentes.

En France, Requiem Pour les Sourds va sortir sur Guérilla Asso, label de Guerilla Poubelle. Que partagez-vous avec ce groupe ? Ce sera votre troisième label français. Tu penses que ça se passera mieux avec Guerilla Asso ?
Ça se passera forcément mieux. C’est une alliance entre des gens qui se connaissent bien. On a tournée beaucoup avec GxP. On se connait humainement. Il semble que ce soit l’essentiel. Exit les contrats de 12 pages. L’objectif est de rendre l’album disponible. D’ailleurs, pour être franc, il est impossible que notre relation avec Guérilla asso se passe moins bien qu’avec les autres compagnies avec qui le groupe a travaillé. Les expériences du passé avec des labels et tourneurs français sont pour la plupart et pour le moins pathétiques. Ceci dit, Guérilla asso font les choses à l’échelle humaine, de façon très honorable. C’est un honneur pour nous de faire partit de la famille.

Qu'est-ce que vous avez été faire à Vancouver 2010 ?
On a fait un concert. C’était une occasion pour le groupe de jouer sur un territoire qu’on n’avait jamais visité. 5000 personnes se sont massées pour voir le concert qui s’est super bien passé et pour lequel on a eût d’excellents retour. Ça n’est pas peu dire. C’était également l’occasion de faire une surdose de drapeaux Canadiens et de constater la déficience de l’organisation des jeux.

Tu joues dans un film (Demain de Maxime Giroux). Qu'est-ce qui ta séduit dans le rôle ?
Le défi en tant que tel m’a séduit plus que le rôle lui-même. Je connais très bien Maxime pour avoir travaillé avec lui sur de nombreux clips du groupe. Sa démarche artistique m’a toujours interpelée. J’étais heureux de pouvoir participer activement dans son travail tout en relevant un défi de taille. Jouer dans un long métrage m’a sorti de ma zone de confort. Je me considère vraiment chanceux d’avoir eux l’occasion de participer dans son premier film. C’était stimulant et inspirant je dirais…  

Quand revoit-on Les Vulgaires Machins en France ?
Début de l’année 2011. Dès qu’on aura fait le tour de la belle province. À suivre…

Propos recueillis par Frank Frejnik

www.vulgairesmachins.org/