Vivant près du Québec, parles-tu un peu français ?
Etant canadien, j’ai eu droit à des cours de français à l’école. Je me souviens de quelques mots mais je n’étais pas vraiment assidu en classe. JC (bassiste), lui, parle couramment le français. Je n’étais pas très concentré à l’école. Cependant, je comprends le français mieux que je ne le parle. Surtout le français québécois. Votre français est différent. Mais je saisis le sens des conversations. Si on me dit "fatigué", je sais que l’on ne me parle pas de quelqu’un de gros (fat) et de gay.
Quel genre d’ado étais-tu ?
Je n’étais pas un fouteur de merde. Je m’entendais avec tout le monde. Mais, l’école n’était pas mon truc. Cependant, à chaque fois que je me donnais du mal, je réussissais. Cela n’arrivait pas très souvent. J’étais plutôt le kid au fond de la classe qui copiait sur les autres. J’étais déjà obsédé par la musique. Je n’avais pas le budget pour acheter tous les disques que je souhaitais, mais dès que j’avais quelques dollars, je fonçais à la boutique de disques d’occasions.
Quel a été le premier disque que tu aies acheté ?
Je ne sais plus. Ca date. Je me souviens néanmoins que dans mes premiers achats, il y a eu Black Flag et Freaky Styley des Red Hot Chili Peppers. Il y a aussi eu des disques des Ramones, Misfits, Bad Brains, Youth Of Today. J’achetais surtout des cassettes car elles étaient moins chères que les vinyles. Je les ai écoutés jusqu’à ce que la bande s’use et parfois craque. J’ai ensuite tout racheté en vinyle puis en CD.
Achètes-tu toujours beaucoup de disques ?
Je n'achète plus autant de Cds qu'avant. Ces cinq dernières années, j'ai déménagé trois fois. Quand tu bouges autant, avoir des cds à porter et à mettre dans des cartons, est le pire truc qui existe. Lors de mon dernier déménagement, j'ai fait un tri honnête de ma collection de disques. Pour chaque disque, je me suis demandé si vraiment je l'écoutais et si je l'écouterais encore. Tu te rends alors compte que même si tu as des milliers de disques, tu n'écoutes jamais la plupart d'entre eux. Ils sont simplement là pour rendre ta collection plus imposante dans ton salon. J'ai voulu être honnête avec moi-même afin de garder que ceux que j'écoute vraiment. Quand on me dit "j'ai au moins 7000 disques", je me demande à quoi ça sert, vu qu’ils ne sont pas écoutés. J'ai choisi de ne conserver que les disques qui m'étaient importants. Il doit m’en rester 1000.
Qu'emmènes-tu avec toi en tournée ?
J'ai un Ipod plein à craquer. Il m'en faudrait un autre. Ou un plus gros. J'ai également un disque dur plein. Mais il n'y a rien de comparable à un vinyle que tu peux retourner dans tous les sens. Le vinyle transforme du son en un objet que tu peux tenir. C'est la beauté de cet objet.

Les ventes de disques ne cessent de baisser. En souffrez-vous ? L'avenir de groupes comme Danko Jones passe-t-il surtout par les concerts ?
Surement. Mais avant le téléchargement et la crise du disque, nous n'avons jamais été disque d'or. Danko Jones n'a jamais vendu un million de disques. Pour nous, cette crise n'est pas si grave. Elle n'a pas réellement d'impact sur nos vies. Pour un groupe qui d'ordinaire vend 2 millions d'albums et qui reçoit un gros chèque de royautés, la différence est réelle quand soudain, il ne vend "plus que" 45.000 copies. Son salaire annuel en prend un coup. Mais nous n'avons jamais connu les gros chèques. On continue donc à faire ce que l'on a toujours fait : tourner. C'est notre quotidien. Tandis que certains groupes passent huit mois en studio pensant enregistrer le nouveau The Wall de Pink Floyd, nous sommes sur la route. Tu peux refaire The Wall de Pink Floyd, mais nous on te pulvérisera en live !
Tu sens tu assagi quinze ans après le début de Danko Jones ?
Non, bien au contraire. Je me sens encore plus enragé qu'avant. Impossible de passer quinze ans dans ce milieu sans cotoyer les rats, les serpents, les profiteurs, les arnaqueurs, les hypocrites, ceux qui sont là pour te voler. Du coup, ta colère ne peut que grandir. Le business de la musique est de plus en plus néfaste. Plus ça va, plus les groupes se font exploiter en signant des contrats 360. Les contrats 360 englobent la musique, le merchandising, les tournées. A l'arrivée, tu ne touches plus rien, le label possède tout et tu n'es que son employé. Pourquoi crois-tu que les labels, majors et indés confondus, signent des groupes de plus en plus jeunes ? Simplement parce qu'ils sont manipulables. Ils sont plus faciles à berner qu'un groupe comme Danko Jones. Nous sommes là depuis trop longtemps pour être arnaqués sans nous en rendre compte. On connait tous les trucs. Du coup, on n'intéresse personne. Les labels préfèrent signer des artistes naïfs, qu'ils peuvent contrôler à leur guise. La prochaine fois que vous entendrez parler du prochain groupe qui va cartonner, il y a de fortes probabilités qu'il ait vendu tous ses droits et que tout ce qu'il produise va dans le compte en banque d’un gros dégueulasse, le cigare à la bouche, qui ne bouge jamais de son bureau. Tout ca ne peut que me rendre plus agressif ! Tout ça ne peut que me donner envie d'écouter du métal 24h sur 24. J'écoute plus de musique enragée aujourd'hui qu'à 16 ans.
Perçois-tu Below The Belt comme un reaction à Never Too Loud ?
Je craignais cette question. Je craignais que les gens pensent ainsi. La vérité est que l'on a voulu un son plus heavy et plus fort. Pas par rapport à Never Too Loud, mais simplement parce que notre envie était dans cette énergie. Never Too Loud était plus lent et poli mais les démos de ses morceaux n’étaient pas ainsi. J'avoue que Never Too Loud a certainement été trop produit. En même temps, c'est ce que l'on voulait à ce moment là. On voulait un disque plus classic rock. We Sweat Blood a été notre album heavy, Born A Lion notre album blues et Sleep Is The Enemy notre album punk rock. Pour Below The Belt, on voulait simplement mettre un grand coup de boule. Que ce disque soit un uppercut.
Danko Jones est-il en mission pour le rock ?
Non. Je ne me prends pas autant au sérieux. Mais, on aimerait perpétuer une tradition. Surtout en étant originaire du Canada. Nous ne sommes pas perçus comme un pays rock. Tout comme la France qui est connue pour sa scène électro, le Canada est synonyme de groupes indie rock qui font une musique apaisante sur laquelle tu peux te relaxer. Nous, on a pas envie de se relaxer ! J'adorerai que les gens acceptent mieux le rock. En même temps, le rock reste cette musique de rébellion, cette musique en marge. C'est sa force.

Peux-tu nous parler de la vidéo de "Full Of Regret" que vous avez tourné avec Lemmy, Mike Watt mais aussi Elijah Wood et Selma Blair ?
Cette vidéo a été pensée comme la bande annonce d'un film. Lemmy est le bad guy. Il souhaite notre mort. Il est le chef des vilains. Il recrute Selma Blair de Hellboy, ainsi que Elijah Wood, le Frodo du Seigneur des Anneaux. Leur but est de nous tuer. Mike Watt des Minutemen et des Stooges est le narrateur. La video a été tournée en deux jours à Los Angeles. On a eu une chance de malade. Tout ce monde était disponible au même moment. Si on avait voulu planifier le tournage en espérant récupérer tout ces participants, on n'y serait pas arrivé. Elijah est resté deux jours, Lemmy est venu quelques heures, Mike aussi. Le réalisateur a demandé à Elijah de participer car ils sont amis, le producteur à Selma et nous à Lemmy et Mike. C'est un coup de chance. Parfois le destin fonctionne en ta faveur.
Que t’évoque le nom de l'album ?
C'est une métaphore pour le sexe bien évidemment. C'est aussi en rapport avec la boxe où tu ne peux pas frapper en dessous de la ceinture.
Tu n'as jamais eu peur de jouer avec les clichés les plus éculés du rock, comme les filles, les voitures.
Je me rends compte que ce sont des clichés. Mais les fans de Danko Jones savent qu'il y a plus que ça dans notre groupe. La pochette est un clin d'oeil à Huey Newton et aux Black Panthers. Il y a une célèbre photo de Huey Newton où il est assis dans le même genre de fauteuil en osier avec des armes. Au lieu d'armes, on a pris un lion et une fille. Le lion est un véritable lion. Ce n'était pas très rassurant. La fille s'appelle Ryley Steely, et c'est une actrice pour films adultes. C'est une de mes préférés. Je trouvais ca marrant de détourner une photo des Black Panthers en y mettant une blonde dedans. Cette fille a dansé pour Kid Rock (elle sera également présente dans le remake de Piranha en 3D-ndr). La pochette est également un clin d’oeil à l’album de Funkadelic Uncle Jam Wants You qui était déjà une référence à Huey Newton.
Je pensais que cette pochette était une référence à Emmanuelle et sa chaise en osier.
Oh non. Je connais le film mais je ne connaissais pas cette affiche. Mais ca me va si on croit ca !
Tu viens de tourner au Canada avec Guns N'Roses. Que retires-tu de cette tournée ?
C'était génial. On a ouvert pour GN’R pendant trois semaines. L'autre première partie était Sebastien Bach, ex Skidrow. Sebastien est de Toronto tout comme moi. Pouvoir le cotoyer pendant trois semaines était mortel. C'est un vrai rock'n'roller et un type en or. Contrairement à tout ce que l'on nous avait dit, Axl Rose a aussi été correct avec nous. J'ai même été invité à chanter "Night Train" avec lui et Sebastien. Un autre soir, j'ai chanté "Patience" avec Axl. Tout le monde affirme qu’Axl est un connard prétentieux, une vraie merde. Perso, j'ai quand même pu chanter sur scène avec ce type ! On a même trainé quelques soirs ensemble.
Propos recueillis par Olivier Portnoi
www.dankojones.com/
www.myspace.com/dankojones
Lire la chronique de Bellow The Belt sur Addictif : ICI.
Voir le clip "Full Of Regret" : ICI.







