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Knut
Goeland-TV
 
 

Posté le Jeudi, 10 Juin 2010

Merzhin interview

Merzhin interview

Le 6 avril dernier est sorti le dernier album de Merzhin. Intitulé Plus Loin vers l'Ouest, ce quatrième disque fait éclater les clichés du rock breton/celtique en proposant des morceaux plus bruts et plus ouverts sur le monde, avec une nette insistance vers les musiques roots américaine. Joint au téléphone en plein tournée de préparation, Daddy (guitariste) explique les choix du groupe, ses goûts, ses envies et son amour des Shériff. Merzhin est en concert ce soir au Nouveau Casino !

Plus Loin vers l'Ouest est un titre qui évoque le voyage, la notion de départ. C'est l'idée générale du nouveau disque ?
Oui, c'était un peu le fil rouge de l'album qu'on voulait, montrer plusieurs facettes du voyage. L'idée, c'était aussi à la fois de consolider notre identité régionale, mais aussi de s'ouvrir sur les musiques du monde. On voulait que Merzhin soit plus que du rock breton, mais qu'il soit aussi bien façonné par le rock américain, pour certains titres, que les musiques du monde, pour d'autres. Plus Loin Vers L'Ouest est donc un titre qui exprime effectivement le voyage, le départ, l'aventure.

L'Ouest, ce sont les Etats-Unis ?
Il y a effectivement des clins d'œil à la culture ou à la musique américaine, comme le morceau "Pacte du Diable" qui reprend la légende de Robert Johnson. Ce disque est un sorte de retour aux racines de la musique, il évoque aussi une fascination pour la musique folk américaine. Mais on peut prendre l'Ouest au sens "aventure" du terme, cette quête de l'inconnu, cette recherche permanente vers un ailleurs, c'est une thématique très présente dans les textes, bien entendu, mais aussi dans la musique puisque c'est un album où de nouveaux instruments ont fait leur apparition dans la musique du groupe. Au départ, Ludo ne faisait que des bombardes et des flûtes mais sur ce disque, il s'est ouvert aux saxophones et à la clarinette. On en a aussi profité pour inviter des amis trompettistes et trombonistes pour avoir un petite section cuivres…

C'est un disque métissé. Clairement rock, mais très riche niveaux sonorités et ambiances. Comment décidez-vous de l'enrichissement de tel ou tel titre ? En fonction des thèmes abordés ?
Dès le départ, on a eu cette volonté d'être un groupe de rock métissé, pour que la musique soit un passeport pour voyager, pour découvrir. Sur les premiers albums, on a exploré… comment dire… notre terroir breton traditionnel, on piochait des thèmes par ci par là qu'on réarrangeait à notre sauce et à notre génération. Et puis le temps passant, on a découvert d'autres influences, on a eu envie d'autres choses… Sans toutefois perdre de vue nos premières inspirations. Et tout s'est fait de façon naturelle. Aujourd'hui, on s'inspire d'airs d'Europe de l'Est ou de musiques des Etats-Unis, de musiques tziganes par exemple ou du mariachi. On aime beaucoup colorer notre rock, mais la base reste un rock mélodique. Et c'est peut-être ce qui fait la personnalité du groupe, c'est cette base mélodique.

Que reste-t-il du Merzhin des débuts, celui qui était résolument affilié dans la musique bretonne/celtique ?
On retrouve encore cette base de rock breton en nous, mais il y a une évolution dans l'utilisation des instruments. Auparavant, on utilisait beaucoup la bombarde et la flûte, donc forcément ça teintait de "façon bretonne" nos morceaux. Aujourd'hui, on retrouve ces mêmes airs mélodiques mais joués avec d'autres instruments comme la clarinette ou le sax. Forcément, ça donne une couleur moins "typique". Par contre, on retrouve cette identité bretonne dans le choix des thèmes abordés, le côté explorateur, l'esprit festif. Auparavant, on avait ce coté "festif" en plus de celui "rock". Souvent ce sont deux entités bien différentes, qui ne se mélangent pas… Nous, nous voulions établir des passerelles entre les deux styles.

Cette évolution de l'écriture ne pouvait que se faire aujourd'hui ?
C'est une évolution naturelle. On a démarré tous les six, il y a donc eu un apprentissage en commun, des choses que l'on a appréhender en travaillant ensemble, en travaillant les morceaux, il y a aussi une maturité acquise, d'autres influences qui se sont s'imposées avec le temps… Chaque album est une photographie du groupe au moment où il l'enregistre. Dans les années 2000, il y a eu un vrai engouement pour la musique celtique, toute tendance confondues, rock ou trad, et nous, un peu fers de lance de cette tendance, on a voulu en profiter pour dépasser ça, emmener plus loin le rock breton. Qui est un rock teinté de régionalisme, de clichés, de respect de la tradition, etc… On se sentait ambassadeur d'un rock plus moderne, un rock de trentenaires, certes d'origine bretonne mais pétri d'autres sonorités, plus ouvert vers le rock moderne et le monde… quelque part affranchi d'une certaine tradition. On est là pour moderniser le genre.

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La pochette, en noir et blanc, montre une voie ferrée qui part au loin. La photo est très belle. Cela dit, le ciel au loin ne présage rien de bon. Qu'est-ce qui vous a fait choisir cette photo ?
Les rails qui partent au loin étaient un symbole fort pour illustrer le titre de l'album. Et puis, un des morceaux forts du disque est "Train de Nuit". La photo illustrait bien le propos de l'album. Elle ouvrait une piste sans pour autant dévoiler beaucoup de chose. Elle laisse la part d'inconnu dont je parlais auparavant. Le chemin n'est pas tracé. Il y a un côté mystérieux. Et puis, le noir et blanc retranscrit très bien le contenu contrasté du disque qui comporte des morceaux variés, certains à l'ambiance sombre et d'autres plus lumineux, certains plus acoustiques et d'autres plus bruts et frontaux. Il y a des morceaux très arrangés et d'autres complètement dépouillés. Le contraste du noir et blanc était donc très représentatif. Après, ce qui est chouette dans cette pochette, c'est que les gens l'interprètent différemment, certains y voient un côté sombre, un peu tourmenté, les nuages au loin. D'autres voient plus le chemin lumineux des voies ferrés. Il y a une interprétation libre. Cela dit, jamais nous n'avons voulu versé dans le rock sombre ou tourmenté, mais plutôt un rock mystérieux.

Qu'essayez-vous de transmettre à travers vos chansons ?
Cette ouverture sur le monde. Le disque contient aussi des chroniques sociales comme "Commedia Des Ratés", ou des faits de sociétés sur lesquels on voulait réagir. On n'a jamais été des artistes engagés ou militants, mais on avait envie de retranscrire des sentiments que nous ont inspirés certaines rencontres qu'on a pu faire. C'est un album qui se veut varié et inspiré, mais pas donneur de leçon. On voulait que sur un même disque, on puisse parvenir à toucher et émouvoir (comme avec le morceau "Train de Nuit"), mais aussi faire réfléchir, sans oublier d'inviter à la fête. Il y a de tout sur ce disque, ce n'est pas un album monolithique. On n'a pas de thème principal dans Merzhin, même si parfois celui du jeu revient assez régulièrement (par exemple, cette fois, avec un morceau sur le poker, "Amarillo Slim"). On essaye de se renouveler.

Est-ce difficile de se renouveler quand on a trouvé une formule avec laquelle on est à l'aise ?
C'était un besoin vital pour nous de se renouveler. Même les morceaux du premier album qu'on joue encore sur scène, on a eu besoin de les réadapter pour éviter toute lassitude ou automatisme. A chaque album, on se demande ce qui est bien, ce qu'on ne refera pas, quelle direction on aimerait prendre, etc… Mais on essaye surtout de se laisser porter par nos émotions. Ce qui est bon, on le garde. Ce qui ne l'est pas, on tente de le faire progresser et de l'améliorer. Forcément, au bout de quatre albums, c'est pas toujours facile de se renouveler, mais d'un point de vue acoustique, je pense qu'on a bien avancé avec ce nouvel album.

Qu'avez vous appris sur vous-mêmes grâce au groupe ?
On est des copains de lycée, il y a une amitié qui nous lit qui est presque… fraternelle. Il y a des liens très très forts entre nous. Ce qu'on privilégie, c'est l'aventure humaine dans laquelle chacun puisse s'épanouir. Et que tout le monde se retrouve dans le projet artistique.

Il y a quelque temps, vous avez fait une reprise des Shériff sur votre précédent album (et qu'on a retrouvé sur un tribute aux Shériff…)
… On est des grands fans de toute la période alternative. Ce sont vraiment La Mano Negra, les Negresses Vertes, les Sheriff, Parballum qui nous ont donné envie de monter un groupe. C'était un clin d'œil à toute cette période là et à un groupe qu'on apprécie beaucoup. Sur le précédent album, on avait aussi eu la chance de travailler avec Spi, le parolier et chanteur d'OTH et des Naufragés…

Pensez-vous être des enfants du rock alternatif ?
Complètement. Actuellement encore, il existe encore un mouvement alternatif qu'on essaie de défendre.

Merzhin interview

De quels groupes actuels vous sentez proches ?
On est en marge. On joue partout, avec tout le monde, mais on n'appartient pas réellement à un courant ou une scène. C'est sûr qu'on est proche des groupes bretons comme Red Cardell… Mais au niveau du rock français, on n'a pas trouvé d'alter égo ou de scène. On apprécie beaucoup le parcours d'un groupe comme La Ruda Salska. On se retrouve complètement dans leur parcours, leur façon d'aborder la scène, de se mettre en danger en tentant des sets acoustiques alors que personne ne les attend là, quand ils se lancent dans l'indépendance, etc… On n'a pas trop joué avec eux, mais c'est un groupe dont on se sent proche dans la démarche.

Et au niveau des groupes étrangers ?
Sur cet album, il y a clairement un retour au blues, à la country, comme je le disais avant aux racines de la musique américaine. Hank Williams, Robert Johnson… On a redécouvert Johnny Cash. Et surtout Calexico qui a eu, sur nous, une énorme influence. Surtout sur cet album là… ce mélange de rock, de country et de folk US.

Vous jouez à l'étranger ?
On a eu une forte expérience il y a deux ans, on a été tourné 3 semaines en Inde… Ça nous a beaucoup marqué. Ça nous a fait aussi prendre conscience du potentiel de notre musique… qui, même en français, pouvait avoir un impact sur d'autres publics grâce à son côté mélodique. Mais on ne tourne pas très souvent à l'étranger. Globalement, on joue beaucoup en Belgique et en Suisse, mais on espère vraiment passer le cap et aller défendre notre musique ailleurs… car plus que la langue, on cherche à mettre en avant notre musicalité.

Tu te souviens de votre premier concert ?
Ah ah ! Ce devait sûrement être pour une Fête de la musique. C'était super. On a joué devant les amis et la famille. On n'y avait aucune prétention de faire carrière, c'était juste de se retrouver entre nous dans le garage et de faire de la musique. Il y avait cette excitation ce jour-là… qu'on retrouve encore aujourd'hui. La musique est un rêve de gosse et c'est primordial que ce rêve reste encore en nous. Pour nous, c'est sûr, c'est un rêve éveillé, mais on essaie de le faire perdurer. On a encore des sensations sur scène. Là, on lance un nouveau spectacle, on retrouve nos premières sensations, cette excitation teinté de tract… C'est un terrain vierge. Ce sont des émotions super fortes. On s'est monté en 1996, on sortait du lycée, on a eu la chance d'avoir un public tout de suite qui a adhéré à notre répertoire. Ensuite, il y a eu du travail pour les compositions, des rencontres aussi, des concerts…Mais il y a encore plein de choses à écrire.

 

Propos recueillis par Frank Frejnik

www.myspace.com/merzhin