Interview Draft
Live report Ieper Fest 2010
Knut
Goeland-TV
 
 

Posté le Vendredi, 16 Juillet 2010

Bad Religion interview

Bad Religion interview

La venue de Bad Religion au Bataclan, le 16 juin dernier, a été l’occasion pour nous d’interviewer le sympathique Brooks Wackerman. Le batteur, apparu au sein du groupe en 2001 avec The Process Of Belief, présente à 33 ans un parcours impressionnant. Sorte de Josh Freese bis, Brooks Wackerman a démarré sa carrière à 11 ans dans Bad4Good avant d’intégrer Suicidal Tendencies, Infectious Grooves puis les Vandals et enfin Bad Religion. Né d'une famille de musiciens (son grand frère était batteur de Frank Zappa), Wackerman est un boulimique des projets musicaux et enchaîne les séances studios quand il n'est pas avec Bad Religion. Discussion avec le prodige californien, ceci à deux mois de la sortie de The Dissent Of Man, le quinzième album de Bad Religion.


Quels sont tes souvenirs de concerts en France ?
Paris a été la première ville d’Europe dans laquelle j’ai joué. J’avais quinze ans. Je n’ai que des bons souvenirs de Paris. J’ai joué des quantités de fois à l’Elysée Monmartre. Il est juste dommage que l’on ait attendu cinq ans avant de revenir avec Bad Religion. C’est la faute à Jay Bentley ! (Jay Bentley, le bassiste de Bad Religion, se prépare au même moment un sandwich juste à côté de nous — Ndr). Il est trop occupé à s’entraîner à la basse.

Je me souviens d’un concert d’Infectious Grooves au Zenith où tu fêtais tes 16 ans.
Oui, c’était effectivement avec Infectious Grooves. Je ne sais plus si j’avais quinze ou seize ans. Disons quinze ans et demi (rires). On avait également joué à Canal Plus durant cette tournée. Cela reste un super souvenir. A chacune de nos tournées en France avec Infectious ou Suicidal Tendencies, j'ai fini par jouer dans les deux, on passait quasiment un mois par chez vous. La France a toujours été un pays accueillant me concernant.

Que cela soit avec Bad Religion ou Infectious Grooves, tu as toujours joué avec des musiciens plus âgés que toi.
Oui. Avec des types bien plus vieux (rires). J’ai pris l’habitude d’être le jeunot dans le groupe. Cela a toujours été comme ça. Dans les Vandals aussi. J’ai souvent dix, voir vingt ans de différence avec les autres. Je m’y suis habitué. Cela serait bizarre si je n’étais pas le jeunot du groupe.

Etre à 15 ans en tournée mondiale avec des musiciens plus âgés ne doit pas être évident. D’autant plus que tu as forcément dû être confronté très jeune à l’alcool, la drogue, aux groupies…Comment gérais-tu ça ?
Je …(Brooks prend le temps de réfléchir — ndr). Au début, c’était … Disons que les groupes dans lesquels j’ai joué n’ont jamais eu de sérieux problèmes de drogues. Même si il y avait de l’alcool et des drogues, j’ai su m’y adapter. J’ai été élevé dans la méfiance de la drogue et je n’ai quasiment jamais essayé. Au début, côtoyer des adultes dans leurs excès était intéressant même si parfois choquant. Mais j’ai su très vite prendre du recul par rapport à ceux qui finissaient par vomir dans le caniveau.

Bad  Religion interview

Comment cela s’est passé avec tes parents ? Mike Muir est allé les rencontrer ? j’imagine qu’ils ne t’ont pas laissé partir avec Suicidal Tendencies sans être rassurés.
Ils étaient contents de se débarrasser de moi pendant huit ans (rires). Mes parents ont rencontré Mike. Ils m’ont conduit à mon audition. Ils ont tout de suite trouvé qu’il était un type de confiance. Ils m’ont fait confiance aussi. Ce n’était pas non plus mes premières tournées. A 11 ans, j’avais joué dans Bad 4 Good (un groupe produit par Steve Vai uniquement composé de pré adolescents — ndr) et ma mère m’avait accompagné sur la route vu que j’étais mineur. Chaque membre devait être supervisé par un de ses parents. Le guitariste avait 9 ans. Mais une fois que j’ai eu 15 ans, mes parents ont coupé le cordon ombilical et m’ont juste dit "fais gaffe". Cela a probablement été la meilleure éducation que l’on puisse avoir. La route est une école de rêve. Il y a beaucoup à y apprendre.

Quand as-tu commencé la batterie ?
Je ne m’en souviens pas tellement j’étais jeune. Dès que j’ai été en âge de marcher, j’ai attrapé des baguettes pour taper avec. J’ai commencé à m’initier seul naturellement. A 6 ans, j’ai pris des cours avec le même prof qui a suivi mes frères qui sont aussi batteurs. Aussi loin que je me souvienne, je joue de la batterie. La musique a toujours été présente dans ma vie. Si quelqu’un ne s’entraînait pas dans le garage familial, la chaîne du salon diffusait un disque.

Quels sont tes premiers souvenirs musicaux marquants ?
Les répétitions de mon frère Chad avec Frank Zappa. Chad l’a accompagné dix ans. Mes parents m’avaient emmené à une répétition. Une fois, le groupe m’a même demandé de m’assoir derrière les fûts sachant que je jouais de la batterie. C’était vraiment marquant. Il y a ensuite eu les concerts de mon frère où j'ai pris conscience de l’interaction et de l’énergie qui existe entre le public et les musiciens. Mon père était aussi prof de musique au lycée. Il a d’ailleurs été mon prof de jazz au collège. C’était toujours embarrassant de retrouver mon père sur le campus. Niveau disques, gamin, j’étais fan de heavy-metal et de Van Halen. Ainsi que de Prince. Puis de rock en général. En les voyant tous à la télé, je me suis dit que c’était ça que je voulais faire.

Comment as-tu découvert le punk rock ?
Un jour, un de mes frères m’a passé les Sex Pistols. Il avait Great Rock’n’roll Swindle et Never Mind the Bullocks. Je me demandais pourquoi le chanteur avec cette voix si nasillarde avec cet accent bizarre ! Mais c’était marrant et agressif. Plus tard, je suis devenu fan des Ramones, des Vandals et de Bad Religion.

Quand as-tu entendu parler de Bad Religion pour la première fois ?
Stranger Than Fiction a été le premier disque de Bad Religion que j’ai entendu. Je jouais avec les Vandals quand il est sorti. J’avais certainement entendu d’autres de leurs classiques avant mais c'est Stranger Than Fiction qui m’a transformé en fan du groupe. Je me souviens m’être dit que ces types étaient brillants. Voici du punk rock avec des mélodies, un excellent chanteur et des paroles qui abordent des sujets qui m’étaient complètement inconnus à cet âge. Bad Religion a été éducatif pour moi.

Comment es-tu arrivé au sein du groupe ?
Quand Bobby (Schayer, avant dernier batteur de Bad Religion — ndr) est parti, je venais de quitter Suicidal Tendencies. Les gens dans le milieu le savaient et quand Bad Religion s’est mis à chercher un batteur, quelques uns de nos amis communs leur ont avancé mon nom.  Brett m’a ainsi appelé et proposé de venir essayer quelques titres. J’ai eu la chance que cela fonctionne d’emblée. C’était excitant de pouvoir intégrer un groupe avec autant de bagage.

Bad Religion  interview

Que crois-tu avoir apporté à Bad Religion ? Ton jeu est nettement plus technique et riche que celui de Bobby Schayer.
Ils savaient que je jouais différemment que leurs précédents batteurs. J’ai simplement interprété leurs chansons comme je les entendais. Il n’a pas eu d’effort conscient ou de plan d’attaque entre nous pour que le son du groupe change. Je suis arrivé simultanément au retour de Brett. Ils voulaient tous quelque chose de neuf, utiliser ce changement comme le début d’un nouveau chapitre. Mon jeu les a aidé dans ce sens. J’ai même été surpris qu’ils me laissent une si grande liberté de jeu et qu’ils ne me demandent pas de respecter une formule préétablie avec les codes du genre. Cela a été bénéfique pour moi. J’aime être 100% en phase avec qui je suis en tant que musicien et pas me compromettre.

As-tu un album préféré de Bad Religion ?
Mon préféré sur lequel j’ai joué est le nouveau. Mon préféré d’avant mon implication est Stranger Than Fiction.

Quel album aimes-tu le moins ?
Il y a toujours des albums moins bons dont on reprend rarement des titres sur scène. Mais je préfère ne pas les citer (rires).

Que peux-tu nous dire sur ce quinzième album The Dissent Of Man?
On a terminé les prises avant la tournée. Il va sortir le 28 septembre. Il nous a fallu qu’un mois pour le mettre en boîte. Ce qui est rapide. Il est train d’être mixé par Brett et Joe Barresi (Barresi qui a travaillé avec The Melvins, Queens Of The Stone Age, Pennywise et qui a également produit New Maps Of Hell — Ndr). J’ai hâte d’entendre le résultat.

Comment décrirais-tu son contenu ? Jay Bentley a avancé que ce disque était un condensé entre Recipy For Hate et Generator.
Oui c’est assez juste comme description. C’est une évolution logique. Si on met en parallèle Process Of The Belief avec le début de Bad Religion, puisque c’était un nouveau départ, ce nouvel album, le quatrième depuis le retour de Brett, correspond chronologiquement à Recipy For Hate et Generator. Au niveau des paroles, il est très varié. Musicalement aussi, comme l’était Recipy For Hate. On retrouve le son punk classique puis les titres plus longs avec des recherches d’harmonies. On a enregistré 16, 17 titres. 14/15 titres finiront sur le disque.

Comment distingues-tu les compos de Brett Gurewitz et de celles de Greg Graffin ?
Je sais aujourd’hui distinguer leur style d’emblée. Même si les deux sonnent bien évidemment comme du Bad Religion, leurs mélodies, leurs accroches, leurs écritures, leurs paroles, leurs refrains sont différents. Les fans de BR peuvent avoir du mal à les différencier mais même avec un bandeau sur les yeux, je pourrai dire quel morceau est de qui en ayant juste à 100%. Brett est dans un certain sens plus poétique et Greg plus scientifique.

Toi qui a joué tous les styles possibles, en quoi le punk rock est-il à part ?
L’agression, la rapidité… C’est une des raisons pour laquelle j’aime la batterie dans le punk. Tu as l’impression d’être dans un train lancé à grande vitesse. Le punk est un son très libre. Puis bien sûr, il y a les lives. Avec Bad Religion, on a l’agression mais aussi les mélodies. Ce sont deux des facettes qui m’attirent dans le punk.

En toute honnêteté, comprends-tu toutes les paroles de Greg Graffin ?
Non (rires). Je note régulièrement des mots dans le creux de ma main pour ensuite lui demander leur signification. J’ai toujours été fan de vocabulaire. Plus jeune, je m’amusais à lire le dictionnaire età  apprendre les mots les plus compliqués. Quelque part, je crois avoir été destiné à jouer avec Greg. Il a peu de groupes de punk qui utilisent des mots à 13 syllabes. Chaque disque de Bad Religion possède toujours de mots ou des thèmes dont je n’ai jamais entendu parler.

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Les Vandals existent-ils encore ?
Oui. Je les ai accompagné lors d'une tournée de Noël où l’on jouait des titres d’un album de chansons de Noël qu’ils ont sorti il y a dix, douze ans. Chaque mois de décembre, on fait une petite tournée de Noël. Puis quelques dates dans l’année. Mais aucun album est en projet. Je sais qu’ils ont désormais une sale réputation en Europe parce qu’ils sont allés jouer en Irak pour divertir les troupes américaines. Je n’étais pas avec eux à ce moment là. C’était Derek Grant de Alkaline Trio qui les accompagnait. Ils n’ont pas pensé aux conséquences que leur tournée engendrerait. Tout en étant dans un groupe qui a combattu Bush et la guerre en Irak, je trouve ces répercutions démesurées. Je comprends la position des manifestants qui ont agi sur la tournée européenne qui suivit mais en même temps, si des types avec des mitraillettes veulent écouter les Vandals, qu’ils écoutent les Vandals. Les Vandals ne sont pas un groupe politique. C’est juste du fun. Quand Rollins est allé rendre visiter aux troupes dans le Golfe, personne ne l’a démoli de la sorte. Dave Quackenbush devrait faire un peu de muscu. On l’emmerderait moins.

Tu as enregistré avec Korn, Tenacious D, Devin Townsend. Que recherches-tu dans toutes ses collaborations ?
Tenacious D sont des types sympas et quand ils improvisent sur scène, cela devient délirant. Tous ces groupes ont un côté passionné. Un disque de Korn est aussi éloigné d’un disque de Bad Religion que possible. C’est ce qui m’intéresse. Puis passer du punk rock engagé et sérieux de Bad Religion à la comédie rock de Tenacious D, c’est quand même cool. Une des dernières fois où l’on a joué à Los Angeles, Dave Grohl était dans le public à manger du pop corn avec Eddie Van Halen. C’est quand même cool non ?

On te compare souvent à Josh Freese de par ta boulimie musicale.
Je dois beaucoup à Josh. Nos familles sont amies, on a grandi ensemble et on habite à 5 minutes l’un de l’autre. Comme Josh, j’adore travailler avec des artistes vraiment différents. Quand je ne suis pas en tournée, je fais des séances en studio. Josh et moi se recommandons l’un l’autre que l’un de nous n’est pas libre. Avec les Vandals,  c’est un peu chacun notre tour. Je suis à la recherche de nouvelles collaborations. Cela me permet de rester créatif et d’évoluer en tant que musicien.

Propos recueillis par Olivier Portnoi

www.badreligion.com

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