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Posté le Jeudi, 07 Octobre 2010

Anvil interview

Anvil interview

C'est l'histoire vraie de deux canadiens quinquagénaires qui se connaissent depuis l'adolescence. L'un travaille dans une cantine, l'autre joue du marteau piqueur. Mais leur priorité est Anvil, groupe qu'ils soutiennent depuis 30 ans. Lips et Robb lui sont dédiés corps et âmes. Le problème, c'est qu'ils ont merdé dans les grandes largeurs  et que tout le monde s'en fout ! Jusqu'à ce qu'un fan décide de réaliser un documentaire. The Story Of Anvil offre alors à Lips et Robb la résurrection qu'ils attendaient depuis deux décennies.


Des échecs, des déceptions, ils en ont eu depuis 1978. Début des années 80, Anvil compte parmi les précurseurs de ce qui deviendra le thrash metal (Metallica, Slayer et Anthrax les revendiquent en influence). Lemmy de Motörhead tente même de débaucher son guitariste chanteur Lips. Mais celui-ci refuse pour se consacrer à son projet. Anvil ouvre pour AC/DC, signe sur Metal Blade puis… c'est la chute. Faute de chance. Faute de management. Faute de mauvais choix de carrière. Et aussi parce que ses disques sont quand même… pas terribles. Après 1987, Anvil n'intéresse plus personne. Ses membres vieillissent tandis que son public disparaît et que Metallica, Megadeth, Slayer engrangent les millions.

Plus personne ne se souvient d'Anvil, si ce n'est Sasha Gervasi, ancien fan, ancien roadie devenu scénariste pour Hollywood. Terminal de Spielberg avec Tom Hanks, c'est lui (Ok c'est loin d'être son meilleur !). Gervasi propose à Lips de réaliser un documentaire sur Anvil. Le voilà qui les suit de 2005 à 2007. Il les filme au quotidien, dans une pathétique tournée européenne, se battant pour essayer de survivre, de faire un treizième album, de trouver un financement pour ensuite se faire jeter par les labels. Il filme la dépression de ses membres, leur dispute, leur réconciliation... 

Le film sort. La bande annonce suggère que l'on a à faire à une sorte de Spinal Tap canadien. Surtout à la vue de ces papys secouant leurs tignasses devant dix soulards dans un club crasseux des pays de l'est. Certes Anvil est drôle, Gervasi n'hésite pas à se moquer des clichés du metal, mais le film est surtout touchant. Et finalement pas aussi ridicule que prévu. Bien au contraire. 

On ne peut que respecter ce combat que livre Lips, ce rêve de réussite qu'il ne veut pas lâcher alors qu'il a l'âge d'être grand père. On comprend ce qui fascine le réalisateur : la persévérance de cet éternel adolescent de Lips, cette foi indestructible qu'il a dans sa musique et dans le heavy metal.

Puis, Anvil c'est aussi une superbe histoire d'amitié. Il y a des passages incroyables dans ce film. D'une franchise déconcertante. Au final, on a qu'une envie, que le groupe parvienne à sortir son fameux treizième album. Des histoires de loose comme celle ci, il en existe des centaines. Mais aucune n'a été filmée avec autant de sincérité. Depuis Anvil tourne dans les plus gros festivals de metal mondiaux. La bande à Lips était au Hellfest. On en a profité pour lui poser quelques questions.

Anvil Interview Lips Hellfest

Qu’est ce que cela t’inspire de jouer au Hellfest ?
Lips : C’est génial. Ce n’est que notre 3éme concert en France en 30 ans. On n’a jamais eu autant d’exposition dans votre pays.

L’impact international du film te surprend-il toujours ?
Complètement. Ce n’est rien moins qu’un miracle. C’est une chose de faire en film, encore faut-il qu’il soit réussi. Tout devait être parfait pour que l’ensemble fonctionne. Sasha, le réalisateur, a emmagasiné plus de 320 heures de rush sur deux ans et demie. C’est un peu par chance qu’il a pu filmer les bons passages pour ensuite pouvoir les monter. On a eu de la chance que ce qui arrive soit arrivé pendant qu’il était avec nous. Autrement, ce film aurait pu prendre une autre tournure.

As-tu été surpris par le résultat final ?
Non, car j’ai été présent pendant toute la production. Quand le film fût fini, j’avais déjà tout vu à plusieurs reprises. Parmi toutes les personnes impliquées dans ce film, je suis celui qui perçue instantanément le potentiel d’une telle expérience. Quand Sasha m’a proposé de faire un film sur ma vie et sur Anvil, je n’ai pas pu m’empêcher de pleurer. J’ai compris à ce moment que mon travail de 30 ans allait enfin être reconnu et peut-être récompensé. C’était incroyable. Il était évident qu’un film sur Anvil par un collaborateur de Steven Spielberg, cela ne pouvait que donner un résultat de qualité.

Sasha Gervasi est à la base un fan de Anvil ?
Oui. Pour qu’un réalisateur puisse avoir accès de la sorte à nos vies personnelles et à nos tourments intérieurs, il fallait qu’il soit intime avec nous. On a rencontré Sasha en 1982 lorsque nous sommes venus jouer au festival des Monsters Of Rock à Donington en Angleterre. Sur cette même tournée, on avait donné deux concerts au Marquee à Londres. Sasha avait 15 ans. Il était parvenu à entrer dans la salle alors qu’il n’avait pas l’âge, puis il s’était faufilé jusque dans les loges. On avait été séduit par la débrouillardise de ce gosse. On avait ensuite appris qu’il avait de la famille au Canada. Du coup, il est venu nous voir au Canada et on lui a demandé d’être notre roadie batterie. Robb et moi avons pris ce gosse sous notre aile. C’était une façon de lui offrir l’adolescence que l’on aurait rêvé avoir. Imagine partir sur la route avec Black Sabbath quand tu as 15 ans. Pour Sasha, Anvil était son Black Sabbath. Mais comme il a du retourner à l’école, on l’a perdu de vue pendant de nombreuses années. Il m’a recontacté au printemps 2005. Et nous voila comme miraculés.

Anvil interview Hellfest Lips Robb

As-tu l’impression que les gens développent un rapport particulier avec Anvil ? Après le film, on a le sentiment de vous connaître.
C’est ce qui fait la différence. En général, les gens découvrent leurs rockstars préférées à travers la musique. Ils en apprennent un peu plus sur eux via les pochettes, les interviews. Pour Anvil, cela a été l’inverse. De parfaits inconnus, on est devenu connu par un film qui nous montre dans notre intimité, qui témoigne de qui nous sommes au quotidien. Et c’est grâce ce film, que les gens s’intéressent ensuite à notre musique. C’est le parcours inverse. Du coup, on sent les gens émus à nos concerts. Ils savent qu’ils ont en face d’eux des types qui ont travaillé de manière acharnée toute leur vie pour ce moment. Et qui du coup, vivent dans le moment présent et l’apprécient autant qu’il en est possible. Cela créait une relation très émotionnelle entre nous et nos fans.

Y-a-t-il eu des moments où tu as perdu foi en Anvil ?
Non. Déjà, on a eu la chance de démarrer dans les années 80 et d’influencer quelques uns des plus grands groupes actuels. Comme Metallica, Guns N’Roses, Slayer, Anthrax, Megadeth, Pantera, Skidrow, la liste est longue. La chance y est pour beaucoup notamment car on a commencé juste avant tous ces groupes. Du coup, ils nous écoutaient au moment de créer leurs groupes. De la même manière que pour moi Deep Purple, Black Sabbath, Led Zeppelin sont à la fois le soleil, la lune et les étoiles. Aujourd’hui, c’est nous qui sommes fans de ce qu’ils font. C’est très gratifiant qu’ils se souviennent de nous. A nos débuts, les membres de Metallica venaient nous voir. J’ai des souvenirs de discussion avec eux après nos concerts. Avec ces souvenirs en tête et cette fierté d’avoir compté pour ces musiciens, il m’a toujours été impossible d’abandonner. On a toujours cru qu’un jour la chance tournerait. Et grâce à cette foi, la roue a tourné.

Tu n’as jamais été jaloux du succès rencontré par ces groupes alors que vous êtes retombés dans l’anonymat le plus complet ?
Non jamais. La jalousie et la frustration ne sont pas des sentiments que je développe. Je n’ai que du respect envers les groupes qui réussissent dans le domaine du metal. Tout est tellement aléatoire. Le talent ne suffit pas. Il faut aussi être là au bout moment, au bon endroit. Chaque succès est un miracle tant les facteurs indépendants de ta volonté sont nombreux. Je parle souvent de chance mais la chance y est pour beaucoup dans la musique. Sinon, il n’y aura pas que 1% des groupes qui réussiraient. Le film sur Anvil est un témoignage de la réalité. C’est cette authenticité qui séduit.

Ce film casse l’image de la rockstar cigare, bouteille de whiskey, sachets de coke et groupie sous le bras.
Les gens oublient que succès ou pas, le job reste le même. Tu es toujours là pour te prouver à toi-même que tu en vaux la peine. Continuellement. Quand tu sors un bon album, les gens veulent savoir si tu seras bon live. Puis ensuite si tu seras capable d'écrire un autre bon disque. Il y a toujours quelque chose à prouver. C'est sans fin. Le boulot ne s'arrête jamais. Une fois que tu as écrit une chanson, il te faut en écrire une autre. Une fois que le concert est fini, il te faut partir pour le suivant. Another night, another gig, another gig is what i need, another gig my ears bleed. C'est un voyage. Une aventure à la fois réelle et introspective. Au bout, il n'y a pas forcément la marmite pleine de pièces d'or. L'intérêt de cette aventure c'est le voyage et ce que tu vis.

Qu'est ce qui rend le métal à part ?
C'est une musique qui ne vieillit pas. Le métal existe depuis presque 50 ans sans avoir changé. C'est un melting pot d'autres styles. On peut aussi bien trouver des influences classiques que country dans le heavy métal. Ceux qui l'écoutent peuvent être aussi différents les uns des autres que cette musique peut l'être d'un groupe à l'autre. C'est parfois surprenant de voir qui écoute du métal (rires).

Anvil Lips Interview Hellfest

Le godemichet est-il toujours un accessoire live pour Anvil ?
Oui toujours. Jimmy Page utilise l'archet de violon, j'utilise le vibromasseur.

Tu t'entraines avec chez toi ?
Je sais ce que je fais. Cela fait un moment que je l'utilise. La seule personne qui a le droit de s'entraîner avec est ma femme !

Comment t'es venue cette idée de jouer de la guitare avec un sextoy?

Cela remonte avant la sortie du premier album. Gamin, j'ai découvert que le son d'un moteur pouvait être repris par les micros de la guitare. Quand on a démarré ce groupe à la fin des seventies, la plupart de nos chansons parlaient de sexe. Je me suis dit pourquoi ne pas aller chercher un vibromasseur. Le son du moteur sortira par les micros. Et comme il est en plastique rigide, je pourrai l'utiliser comme un bottleneck. A l'époque, cela avait beaucoup de sens pour moi. Cela paraissait une super idée (rires). Cela fait maintenant 30 ans que je l'utilise. Les gens sont toujours divertis par ce truc. Il faut aussi comprendre que bien qu'il soit important d'être un bon musicien et un bon compositeur, il est aussi important de trouver de nouvelles idées pour l'aspect divertissement de ton groupe. On est dans le show business. Il faut des éléments que les gens apprécient et qu'ils n'oublieront pas. Ceci en est un.

Anvil le film est souvent présenté comme un cousin de Spinal Tap, la comédie rock de Rob Reiner. Comment prenez vous cette comparaison ?
On ne pouvait pas l'éviter. Lors des premières discussions autour du projet du film, on savait que l'on allait faire un film qui par son sujet ressemblerait à Spinal Tap. Il n'y avait aucun moyen de l'éviter. Déjà, le nom de notre batteur est Robb Reiner, comme celui du réalisateur de Spinal Tap. Puis Spinal Tap est un groupe de métal. Comme le nôtre. Mais au final, on a utilisé une référence que tout le monde connaissait pour ramener le public vers nous. C'est ce que l'on appelle un cheval de Troie. Les gens viennent en attendant un Spinal Tap bis mais ils assistent à quelque chose de complètement différent et de surprenant. Il y a peu de points communs entre la texture du film Anvil et Spinal Tap. Nous ne sommes pas le vrai Spinal Tap. Spinal Tap EST le faux Anvil.

Qui a eu l'idée de l'affiche du film où vous êtes tous les deux nus ?
C'est Ross Halfin le photographe anglais. C'est un clin d'oeil aux photos qu'il prenait de nous dans les années 80 pour des magazines comme Kerrang. Là, il m'a à nouveau convaincu d'enlever mes habits. Malgré mes cinquante ans. Le résultat est marquant.

Ce soir, vous jouez à la même affiche de Kiss. Qu'est ce que cela t'inspire ?
Gene Simmons et moi sommes juifs. Ce qui est assez rare dans ce milieu pour des gens de notre âge. Nos communautés n'étaient pas vraiment prêtes à comprendre cette passion pour le métal quand on a démarré. Mais ce passif juif nous a appris à courir après nos envies, à ne jamais abandonner, à y mettre tout notre coeur. Et à savoir que si on persévérait suffisamment, on arriverait à nos fins. C'est un esprit combatif qui nous a été inculqué enfant. Nos racines nous ont appris à avoir de l'ambition. C'est pour cela qu'il y a autant de docteurs et d'avocats juifs. C'est une des répercussions de la Shoah sur la mentalité juive. J'ai cinquante ans. Gene Simmons 60. Nous sommes nés au lendemain de la guerre. Nos parents ont fuis l'Europe nazi, certains ont réchappé aux camps avec ce désir de vivre pleinement.

Ta famille t'a toujours soutenu ?
Non. Honnêtement, je pense avoir été une gêne pour eux à une époque. J'étais le vilain petit canard. Mais plus aujourd'hui. Ils me comprennent et me soutiennent et sont fiers de ce que je suis. C'est quand même grâce à ma soeur que l'on a obtenu le financement pour enregistrer notre treizième disque alors que personne ne croyait en nous et ne voulait de nous. Je suis la preuve vivante que les rêves peuvent devenir réalité.

http://www.anvilthemovie.com/

Lire la chronique du DVD The Story Of Anvil : ici.

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