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Posté le Lundi, 08 Novembre 2010

Mardi Gras BB

Mardi Gras BB interview 2010

Si je vous dis "Fanfare" vous allez immédiatement penser Fils De Teuhpu, Ceux Qui Marchent Debout et autres Touffes Krétiennes, sympathiques formations plus prompte à éveiller votre ébriété post-apéritive qu'à exciter votre curiosité de mélomanes exigeants... Si en plus je vous dis "fanfare allemande", vous allez immédiatement imaginer une bande de joyeux drilles habillés en culottes de peau tyroliennes à la Fête de la Bière à Munich !!! Hé bien sachez que vos préjugés risquent fort de vous faire passer à côté d'un des groupes (car c'est bien d'un groupe dont il s'agit) européens les plus intéressants de ces dix dernières années ! Un groupe dont la qualité du songwriting et des arrangements n'a d'égale que la maîtrise instrumentale et la volonté de se remettre en question d'album en album.


Pouvez-vous expliquer le concept de Von Humboldt Picnic, votre nouvel album?
Doc Wenz (guitare / Chant) : C'est un genre de voyage musical à travers le monde, le tout en 43 minutes. Cette thématique est inspiré par des voyages fictionnels et non-fictionnels, par la littérature d'aventure classique comme celle de Jules Verne, Karl May, Jack London et Joseph Conrad. La lecture de ce type de romans durant notre adolescence, et l'expérience que nous en gardons encore aujourd'hui, saupoudré d'un peu des aventures de Tintin aussi, a grandement contribué à la naissance de ce disque. Musicalement, les références sont caractéristiques à notre folklore local, mais toujours agrémenté du son typique de Mardi Gras BB. Au final, le disque ressemble à un grand collage, en grande partie grâce à notre DJ, DJ Mahmut.

Von Humboldt Picnic est-il la réponse de Mardi Gras BB à la world music ?

Comme je l'ai dit auparavant, les ingrédients folkloriques sont une part de notre façon de raconter les histoires, mais je pense que ce disque est bien plus qu'une réponse personnelle à la mode actuelle de la world music. Il y a plus de couches d'interprétation, plus d'influences à découvrir dans une seule de nos chansons ou dans une de nos histoires. Je voulais renouer avec les sentiments de mon enfance, lorsque j'étais allongé sous la table de salon lisant Jules Verne ou Jack London à la lueur d'une torche, ou en train de regarder des films comme Sabu ou Le Voleur de Bagdad sur le téléviseur de mes parents le dimanche matin.

Vous êtes un groupe particulièrement prolifique puisqu'il s'agit de votre neuvième album depuis 1999, pouvez vous nous expliquer votre méthode de travail ? Qui compose? Qui arrange ?

Grosso-modo, c'est moi qui écrit et arrange les chansons. Comme je ne peux lire ou écrire la musique, je schématise tout sur mon vieux ordinateur Atari, j'enregistre sur un magnéto-cassette et je file le résultat aux gars de la section cuivres pour qu'ils transposent tout cela sur papier. On se croirait à l'âge de Cro-magnon, n'est-ce pas ?
Quant au fait que nous sortions beaucoup de disques, c'est en partie parce que Mardi Gras BB est un groupe de scène, nous jouons tout le temps, partout dans le monde. Et sans nouvel album, pas d'engagements pour de nouveaux concerts.

Depuis Alligator Soup, votre premier album, vous êtes fidèles à Hazelwood qui est votre label, mais également au studio dans lequel vous faites tous vos enregistrements. Peut-on dire qu'Hazelwood fait partie intégrante de l'entité Mardi Gras BB ?
Oui, bien sûr. Gordon Friedrich, notre producteur, fait partie intégrante de notre processus artistique. C'est lui qui a inventé les "Alligator Soup-lo-fi-soundscapes", qui a mis de la distortion sur ma voix, qui nous a présenté DJ Mahmut… Il a aussi fait le montage final de tous nos disques, proposant même l'ordre des morceaux, tout en travaillant de manière très proche avec le DJ. Pour le nouvel album, il m'a même beaucoup influencé sur l'idée du "voyage à travers le monde".

Avez-vous des nouvelles des Mighty Three (projet de Doc Wenz dont un album est sorti en 2005 : Mardi Gras Introducing The Mighty Three) ?
Hélas, non. Mais je pense que c'est une partie de notre travail qui a été mal perçue et même incomprise. J'ai récemment réécouté le disque (ce que je ne fais jamais une que ça a été enregistré), et cette fois, j'ai l'ai écouté à fort volume… Ça a vraiment changé l'écoute et l'appréciation du disque. Les chansons étaient presque écrasées par l'esprit résolument torride et la technicité profonde des musiciens. C'est un fabuleux disque de country-rock, mais certaines personnes ne l'ont pas compris, ils ont cru que nous avions délaissé la section cuivres pour toujours. La leçon à en tirer, c'est que lorsque tu es un fanfare à succès, tu ne dois pas faire ce genre de choses…

Vous avez souvent changé de labels et de tourneurs en France, pourquoi ?
Hélas, le développement de notre carrière en France a toujours été difficile. Les raisons sont multiples. Il y a eu de grands chamboulements dans le monde de la musique live en France. Les subventions ont été sabrées, et pas mal de clubs et de centres culturels sont désormais obligés de faire attention à leur budget. C'est dommage pour un "big band" comme nous. Et puis, nous n'avons pas eu de chance dans le choix de nos partenaires français. Certains labels et distributeurs que nous avions choisis ont fermé leurs portes juste après que nous ayons commencé à travailler avec eux… A chaque fois, le travail devait être refait à zéro, et aucune "promotion" de notre musique n'a pû se faire sur le long terme. C'est un peu tragique, surtout que l'on sent que le public français a vraiment eu un coup de cœur sur Mardi Gras BB, et que nous apprécions vraiment beaucoup ce public. Mais parfois les histoires d'amour malheureuses se terminent avec un happy end. J'espère vraiment que ce sera le cas.

MArdi Gras BB interview 2010

Vous êtes un groupe assez culte, avec un public fidèle dans de nombreux pays, votre musique peut toucher un large public et quiconque vous a déjà vu en live a instantanément été conquis, pourtant vous restez un groupe underground, avez-vous une explication à cela?
Probablement que l'esprit musical varié ou étrange nous a exclu des ondes radios. Ensuite, il y a aussi le fait que nous nous réinventons toujours, artistiquement et musicalement. Cela nous permet d'avancer, mais cela peut aussi empêcher les gens ou les professionnels de nous suivre. Beaucoup de gens ne veulent pas que leur groupe favori change ou évolue, ils veulent qu'il reste perpétuellement le même. Ce type de personnes a donc du mal à suivre Mardi Gras BB vu que l'on ne suit jamais le même chemin. Mais cette volonté d'évolution, de mise en danger et de réinvention de notre musique fait partie de nous et beaucoup de gens aiment aussi le groupe pour cela. Et puis, pour finir, le groupe est une sorte de dinosaure, c'est important pour la presse : ça peut être vraiment "pas cool" pour elle de découvrir un groupe qui existe depuis maintenant 18 ans !

Vous êtes originaire de Manheim (petite ville allemande proche de Francfort), pourtant en écoutant la voix et l'accent de Doc Wenz ainsi que la production de vos albums, on pourrait vous croire originaire du désert du Nevada ou d'un bayou de Louisiane. Vous êtes tombé tout petit dans la marmite de la musique américaine?
J'ai grandi à Kaiserslautern, une petite ville dans le sud ouest du pays. Mis à part le club de football local, tout était sous influence américaine dans la ville, car elle est connue pour accueillir la plus grosse garnison de soldats américains. 30000 soldats US pour 60000 habitants allemands. Leur culture a eu un fort impact sur moi. Ça et la grosse collection de disques de mon frangin Elder (CCR, Dr. John, Fats Domino, Prof. Longhair, Rockabilly, Zydeco, Southern Soul...). Pourtant, plus tard, vers 14 ans, j'ai sauté dans le wagon du punk anglais, adorant The Clash et d'autres groupes british. La musique américaine est revenu en "moi" lorsque j'ai rencontré Reverend Krug (basse et sousaphone — ndr) au début des années 90, faisant éclore un étrange projet de big band cuivré !

On trouve sur votre nouvel album, le titre "Lotterie Des Lebens" qui est, si je ne me trompe pas, le premier titre de Mardi Gras BB chanté en allemand. Pourquoi avoir attendu 9 albums pour vous exprimer dans votre langue maternelle ?
Être issu d'une génération qui a grandie dans la critique constante de l'Allemagne et des effets de la seconde Guerre Mondiale, ça n'aide pas… De plus, j'ai toujours eu une approche ambivalente de ma langue natale, spécialement lorsqu'il s'agissait de paroles pour de la "pop music". Toutes mes idoles chantaient en anglais. Il n'y avait aucun jeune chanteur allemand chantant dans sa langue natale à se référer. Aujourd'hui, c'est plus facile pour moi, et "Lotterie Des Lebens" est censé être une chanson façon Berlin des années 20. Et ça fonctionne très bien.

MArdi Gras BB interview 2010

Y'a-t-il d'ailleurs des avantages ou des inconvénients à être un groupe allemand quand on tourne à l'étranger?
Très sincèrement, je ne ressens aucun désavantage d'être un groupe allemand. Au contraire, pas mal de gens sont soufflés et ne croient pas que nous sommes un groupe allemand. Notre musique émotionnelle, parfois sexy, notre style, notre sens de l'humour, tout ça n'a rien à voir avec les clichés qu'on se fait des groupes ou de la culture allemande.

Quand on vous qualifie de fanfare ne trouvez-vous pas cela trop restrictif ?
Bien sûr. Nous sommes bien plus qu'une simple fanfare. Mais comment définirais-tu une fanfare allemande, agrémenté d'un DJ turque et qu'un guitariste-chanteur-conférencier qui mixent différent styles empruntés à un siècle de musique et qui racontent l'histoire d'un voyage à travers le monde en 43 minutes ?

Interview par Stef Chanmar


http://www.hazelwood.de/mardigrasbb
http://www.myspace.com/mardigrasbb