Comment as-tu découvert La Souris ? Que représente ce groupe pour toi ?
Olivier Richard : J'ai entendu parler du groupe pour la première fois en 1980, j'avais quinze ans. Ils avaient déjà une super-réputation dans le microcosme "punk rock". Après, j'ai lu un papier sur eux dans "Best". Comme je prenais le train à la même gare que Tai-Luc, je le voyais souvent. Je ne le connaissais pas personnellement, mais je savais qui c'était ! Il détonnait dans le paysage avec ses rangers et son blouson vietnamien. Je connaissais le groupe et sa réputation de "rockers purs et durs", mais j'ai dû attendre la sortie de l'album, un an plus tard, pour les écouter. Le disque a a vraiment été un choc, du genre le truc que tu écoutes en boucle sans t'arrêter, dont tu connais toutes les chansons, etc. C'était vraiment le groupe français n°1 pour mon entourage et moi. Ils étaient loin, loin devant les autres. Chaque fois qu'ils sortaient un disque, c'était un événement. J'allais les voir chaque fois que je pouvais, j'ai dû les voir une douzaine de fois à cette époque. Bref, c'était le seul groupe français que je mettais au même niveau que les anglo-saxons, le seul groupe de rock français qui me parlait vraiment. Ensuite, j'ai rencontré Tai-Luc par un ami. J'ai vu un peu les "coulisses" du groupe, j'ai même passé une nuit en studio avec eux à faire les chœurs de "Dernier Pogo A Paris".
Compte tenu de la longue histoire de La Souris et de son statut culte en France, pourquoi n'y a-t-il pas eu de livre sur La Souris avant le tien ? Vu que Taï Luc possède une mémoire étonnante, pourquoi, lui, ne s'est-il pas lancé dans un tel projet ?
Je pense que Tai-Luc n'est pas le genre à écrire ses "mémoires"...
A mon avis, il n'y a pas eu de livre sur eux parce qu'il y a finalement très peu de livres sur le rock français et que LSD ne doit pas être un groupe jugé assez "bankable" par les éditeurs et les journalistes.
L'éditeur Camion Blanc a-t-il été facile à convaincre compte tenu de la "réputation" de LSD ?
Non, ils ont tout de suite dit oui.
Qu'as-tu découvert sur le groupe que tu ne savais pas en travaillant sur le livre ?
J'ai appris énormément de choses. C'est classique : on croit connaître un sujet et, plus on travaille dessus, plus on se rend compte qu'on ne connaît quasiment rien.
Pourquoi ce choix de titre : "Histoire d'un Groupe de Rock'n'roll" ? J'imagine que le mot "rock'n'roll" a été choisi délibérément au profit de "punk" ou "oi!".
Parce que LSD est un groupe de rock'n'roll. Ils ont certes des morceaux punk voire Oi! (sans oublier les titres reggae, jazz et hip-hop) mais c'est fondamentalement, viscéralement un groupe de r'n'r.
Tu as rencontré beaucoup d'acteurs de l'aventure LSD. Qui n'as-tu pas pu interviewer ou rencontrer et qui aurait enrichi le livre ? Qui t'a le plus surpris ? Quelle était la réaction de tes interlocuteurs lorsque tu leur présentais le projet de livre sur LSD ?
J'aurais aimé interviewer Béatrice Dalle, Joeystarr, Manu Chao, Nicola Sirkis, Mïrwais, François des BxN mais ils n'avaient soit pas le temps, soit pas envie. En ce qui concerne les autres, ils ont tout de suite accepté et semblaient réellement enchantés de parler de LSD. Ça parait bateau mais chaque interview a fourni son lot de surprises, c'était vraiment passionnant. J'avoue avoir un faible pour l'entretien avec Ann Scott, que j'adore.
Souvent, dans les livres ou les anthologies du début du punk français — du moins parisien —, LSD est systématiquement oublié… Etait-ce parce que le groupe était "suivi par les autonomes, les anars, les punks" et des gens peu fréquentables ?
Je ne sais pas, il faudrait poser la question aux auteurs de ces ouvrages... C'est peut-être parce que la plupart de ces livres ne s'intéressent qu'aux groupes parisiens de la première vague et qu'ils ignorent les groupes de banlieue et les groupes de la seconde vague.
Un des sujets de discorde au sujet de LSD, c'est son public. Ou plutôt la "complicité" / "complaisance" que le groupe entretient avec la fraction "agitée" de son public. Dans le livre, Tai luc dit : "J'ai encore du mal à expliquer pourquoi on s'est retrouvé avec ce public de jeunes gens qui avaient l'air d'avoir préparation militaire…". On sent que ça reste un sujet délicat, non ?
Je pense qu'on les a tellement fait chier avec ça que ça lui prend la tête que le sujet revienne tout le temps sur le tapis. Mais ça ne l'a pas empêché (et les autres aussi d'ailleurs) d'en parler pour le livre. En ce qui me concerne, je n'ai jamais eu de problème à un concert de LSD. Il y en qui étaient mouvementés mais c'était souvent le cas des concerts de rock à cette époque.
Penses-tu que ce que dit Marsu sur LSD dans le livre est un faux procès ?
C'est son opinion. Il a le droit de ne pas être d'accord avec LSD. Et on a le droit de ne pas être d'accord avec lui.
Etrangement, je trouve que c'est "l'entourage" de LSD qui défend le mieux le groupe. Notamment, Laurent Chalumeau qui dit que c'était "juste des jeunes gens qui se rebellaient contre leur vie de merde". Tu approuves ?
Si tu parles des éléments turbulents du public, quelque part oui, ce qui n'a pas empêché certains d'entre eux d'être exceptionnellements lourds (et le mot est faible). Rappelons que LSD n'avait pas l'exclusivité de ce public, qu'on avait la joie de retrouver dans tous les concerts "punks" du moment (Stranglers, Ruts, SLF, Johnny Thunders, etc.).
LSD a reçu au cours de sa carrière le soutien de journalistes, de directeurs artistiques et d'un public toujours fidèle et grandissant. Comment expliques-tu que le groupe soit alors toujours aussi méconnu du grand public ?
C'est logique, ils n'ont pas un profil de groupe "grand public". Mais ils sont littéralement adulés par leurs fans, respectés par tous, même par leurs ennemis et ils attirent trois voire quatre générations de gens à leurs concerts, ce qui est une performance.
A ton avis, quelles erreurs le groupe a-t-il commises pour être cet éternel groupe "underground" au public incontrôlable ?
Ils n'ont pas forcément envisagé leur parcours en terme de "carrière", ce qui explique cela. Mais ce n'est pas forcément une "erreur", plutôt une approche différente même s'ils auraient certainement été ravis de devenir millionnaires grâce à leur musique.

La carrière du groupe semble s'être construite grâce à des rencontres fortuites (labels, producteurs, tourneurs). C'est à se demander si le groupe savait réellement où il voulait aller…
Je pense qu'ils savaient (savent) ce qu'ils voulaient (veulent) faire mais qu'ils ne le conceptualisent pas en terme de carrière et qu'ils ne sont donc pas les rois de la planification. Mais tout cela importe peu puisque cela ne les a pas empêché de traverser quatre décennies et d'être aussi pertinents aujourd'hui qu'à leurs débuts.
A lire ton livre, on devine parfois que le groupe voulait vraiment "percer", accéder à un autre statut, s'adresser à un plus large public, etc… Penses-tu vraiment que LSD aurait pu devenir La Mano Negra ou Noir Désir ?
Bien sûr, LSD c'est quand même beaucoup mieux que ces deux groupes, non ?
Quand les musiciens de LSD parlent de "chinoiseries", Géant vert parle de "World music" lorsqu'il s'agit d'expliquer le tournant "asiatique" de la musique de LSD. Et toi, t'en penses quoi des derniers albums du groupe ?
Je trouve qu'ils contiennent toujours des chansons excellentes ("Sex Shop", "La Fin des Années 70" dans Granadaamok ; "Profite de la guerre" dans Mékong, entre autres) même si la prod est parfois très décevante, ce qui peut être très énervant. En ce qui concerne la thématique asiatique, je trouve qu'elle est consubstantielle à LSD. Ce qui est frappant quand on les voit sur scène, c'est la cohérence absolue du répertoire. Les morceaux de 2005 s'enchainent parfaitement aux chansons des années 80 et 90, tout est complètement logique.
Les paroles de Tai Luc sont d'une justesse incroyable malgré leur côté simpliste et naif. Crois-tu que cette naiveté / simplicité a joué en leur défaveur ?
En fait, elles sont simples et non simplistes. Elles vont à l'essentiel, comme la plupart des classiques du rock, et ne s'égarent pas dans de la branlette d'étudiant en littérature, des slogans pour pithécanthropes ou de la sous-poésie à deux balles. Tout le monde est d'accord sur le fait que Tai-Luc est un grand parolier, même s'il y a des textes meilleurs que d'autres, ce qui est normal.
Dans les dernières pages du livre, on comprend que ce qui a marqué à La Souris pour "percer", ce n'est que du marketing. Vraiment ?
De la chance aussi, probablement. Et un manque de constance dans le management (ils se sont retrouvés plusieurs fois sans manager et ont attendu des plombes avant de régler le problème) et aussi une indifférence assez étonnante aux critères classiques de "réussite" conjuguée avec un rejet épidermique des usages du métier et de ses représentants.
Il est étonnant d'apprendre que très souvent la majorité du groupe n'était pas au courant et pas d'accord de la sortie de telle ou telle compilations de LSD. LSD : une démocratie gérée comme une dictature ?
Il y a eu (il y a) des désaccords comme dans tous les groupes mais je pense que c'est finalement peu de choses quand on les met en perspective avec le parcours du groupe et son apport. Et ce n'est vraiment rien en comparaison, par exemple, de ce qu'on lit dans le bouquin de Keith Richards qui en est réduit à se moquer de la taille de la queue de son ex-pote... De toute façon, je pense qu'on ne peut pas employer le mot "gestion" quand on parle du fonctionnement de LSD.

Aujourd'hui, l'actu de La Souris reste toujours lié au passé : rééditions, disques live, remixes, concert anniversaire, etc… LSD est-il un groupe du passé ?
Pardon mais je ne suis pas d'accord. Bien sûr, comme tous les groupes en activité depuis des décennies, ils jouent leurs classiques c'est à dire les chansons que tout le monde veut entendre. Et c'est aussi vrai que les textes de Tai-Luc étant des chroniques, certaines de ses vieilles chansons évoquent des faits survenus il y a trente ans. Mais il ne faut pas oublier qu'en concert, LSD joue des titres issus de tous leurs disques et notamment de nombreux morceaux de Mékong, album sorti il y a six ans. De plus, il faut savoir que le groupe est en train de travailler sur son prochain album studio qui est espéré pour la fin de l'année. Donc, groupe avec passé : oui. Groupe passéiste : pour moi, non.
Tai Luc nomment souvent des gens dans ses chansons, par "Isabelle et sa soeur Jacqueline" et "bande à Spartacus" dans "Week-end Sauvage". Tu dis d'ailleurs qu'il faudrait recenser tous ceux qui sont passés à la postérité grâce aux chansons de LSD. Super idée. J'ai été déçu de ne pas trouver ce genre de répertoire en fin de livre. J'adorerais savoir qui c'était, moi, Spartacus ?
Ça, il faut demander à Tai-Luc. Et c'est à lui de faire un répertoire des "actionnaires de la raya".
Après avoir rencontrer les protagonistes et entendu toutes les anecdotes, écoutes-tu les disques de La Souris d'une manière différentes ?
Non, pas du tout. Après avoir écrit le livre, je pensais que j'allais ne plus pouvoir les écouter pendant des mois voire des années mais, tu vois, il y a deux jours je n'ai pas pu m'empêcher d'écouter "Sex Shop" !
www.camionblanc.com
www.la-souris-deglinguee.com
chronique du livre La Souris Déglinguée - Une Histoire d'Un Groupe de Rock'n'roll, ici.










