La veille, la journée était placé sous le signe de la diversité avec rien de voir que Supersuckers, Reno Divorce, The Jim Jones Revue et Southern Culture On The Skids pour faire rocker le public… Aujourd'hui, c'est presque un festival "Crypt Records" avec trois groupes "sur le retour" : New Bomb Turks, Oblivians et The Gories. Un parfum de nostalgie 90's flotte sur le festival belge. Oblivians est le premier à venir à nous. Le trio de Memphis, Tennessee, reformé pour une tournée estivale avec son confrère Gories, a fait de la simplicité son crédo. Morceaux expéditifs (moins de deux minutes), jeu primitif, vocaux hurlés (mais toujours justes), l'énergie est communicative, et la bestialité de l'ensemble (parce que, oui, ça l'est, bestial) ne retombe jamais. Certains n'hésitent pas à qualifier ce type de garage de blues urbain, tant sa simplicité et sa rugosité le rend émotionnel et dense. Et agressif (il n'y a pas de basse, ce qui rend le son toujours belliqueux). Le soleil chauffe la peau, la musique du groupe ranime le cœur.
Cinq minutes de battement, et la tente d'à coté, la seule abritée des possibles intempéries, résonne des accords rockab des Hollandais The Bellhops. C'est la particularité de cette journée au Sjock : sur la grande scène, les groupes qui se sont inspirés du rock'n'roll d'antan pour en livrer une version personnelle (très personnelle dans le cas de Turbonegro) ; sur la petite, des artistes rendant à ce même rock'n'roll d'antan le plus strict des hommages (surf, blues-rock'n'roll, rock'n'roll fifties, rockabilly, etc…).
Le temps de goûter à la gastronomie belge (frites et bière pour tout le monde !) et c'est l'heure des Gories. Le président du Turbojugend Bordeaux (turbojugend = fan club de Turbonegro) glisse à qui veut bien l'entendre que le groupe de Mick Collins (aujourd'hui dans The Dirtbombs) et Dan Kroka (aujourd'hui dans Demolition Doll Rods) est très surestimé. Effectivement, le trio (deux guitares, une batterie… comme Oblivians) peine à capter l'attention avec ses premiers titres. C'est brut de décoffrage, un peu freestyle parfois, simpliste, rudimentaire au possible mais hélas peu captivant. Lorsque Mick Collins chant, l'ambiance se charge d'électricité, mais on est loin d'atteindre le climat oppressant des enregistrements du groupe (l'album Outa Here, par exemple). Le blues torturé et rudimentaire ne satisfera finalement que les fans les plus obstinés.
Au milieu des Turbojugend européens qui ont fait le déplacement (pour une fois les Français ne sont pas absents, on peut croiser ceux de Paris, Bordeaux, Nantes et Lille) et des rockeurs belges au look de pompistes américains, les groupes déambulent tranquillement, preuve que le Sjock est un festival "familial". Un festival où les guêpes sont reines aussi. Impossible de boire son cola sans qu'une nuée de ces insectes s'y attaquent prestement. Même la bière les intéressent. Reste plus qu'à aller se coller devant les enceintes, peut-être n'aiment-elles pas les vibrations. Celles de Untamed Youth ferontl'affaire. Le groupe américain donnera un concert particulièrement fun où le vidage de canette sera élevé au rang de sport et où le rock se conjugue au surf le plus remuant. Le farfisa donne le ton aux morceaux du groupe, tonique et dansant. Surf, garage, rock'n'roll mais joué avec l'esprit frondeur du punk rock. En rappel, The Untamed Youth se lancera dans un "Surfin' Bird" qui, dans les circonstances du festival, devait forcément retentir à un moment ou à un autre.
New Bomb Turks était en tête d'affiche il y a quelques années de cela ici même. Autant dire qu'il est attendu. Ça ne fera pas un pli. Premier morceau, première agitation dans la fosse. Il est vrai qu'il est difficile de ne pas se laisser entraîner par le punk rock du quatuor de Columbus. Ça balance sévère. Les riffs sont incroyables de pureté et de puissance, la rythmique est d'une implacable efficacité, à la fois rugueuse et sauvage, et Eric Davidson, le chanteur, fait le pitre tout en assurant sa partie. Ah, si le divertissement et le rock'n'roll pouvaient toujours se combiner de la sorte ! Un bon moment, ponctué de trois rappels aussi lapidaires que jouissifs.
La nuit est à peine tombée quand Turbonegro fait son apparition. Ça fait plaisir de revoir le groupe norvégien si peu présent en France. On est excité de voir comment tourne la "nouvelle" formation (Pal Pot Pamparius occupe désormais la guitare rythmique à plein temps depuis le départ de Rune Rebellion, et Thomas Dahl est désormais le batteur officiel du groupe), sa dernière prestation parisienne au Trabendo ayant été un tandinet "frustrante". "All My Friends Are Dead" et "Do You Dig Destruction" débutent le set sur les chapeaux de roue. Gros son, denim pour le groupe, sauf pour Hank qui revêt un costume de scène pour le moins étonnant, genre viking gay. "Atom Bomb" est dédié à Falco (?), "Selfdestruction Bust" est introduit par une douce blague sur le parler français en Belgique, mais c'est "Gimme Somme" qui frappe les esprits avec sa rythmique tendue. Le groupe joue plutôt bien (même si certains morceaux sont un peu "modifiés"), Hank est drôle, le public est à fond… c'est un concert parfait. "Get It On" enflamme le Sjock festival. "Wasted Again" itou. "Are You Ready…" est en revanche un peu raté. Lors du rappel, c'est bien évidemment "Apocalypse Dudes" qui amorce le bouquet final. Toujours aussi grandiose ce morceau. Moins "glam rock" que les dernières compos du groupe, il témoigne du passif de Turbonegro, et de sa faculté experte à manier le punk rock de Black Flag et le hard rock de Kiss. "Back To Dungaree High" et "Sailor Man" témoignent aussi de cette caractéristique. Et ce n'est pas la reprise de "Search And Destroy" des Stooges qui clôt le set des Norvégiens qui va contredire ce fait. Tant pis pour "Erection" que le public a longtemps demandé avec force de refrain hurlé, mais que le groupe ne fera pas (comme à son habitude). Tant pis, oui, pour "Erection", le reste était tout de même vachement bien ! — Frank Frejnik
betasjock.jkthoekske.be

le 12/07/2009
Gierle, Belgique
Un festival de garage en pleine campagne belge, ce n'est pas si incongru qu'il n'y paraît. Le Sjock Festival, situé dans les faubourgs de la ville de Gierle, est certainement le plus connu des festivals rock'n'roll locaux grâce à une programmation de qualité et toujours prestigieuse (Mudhoney et Nine Pound Hammer en 2007, The Dwarves et The Sonics l'an passé). Cette année, Turbonegro était à l'honneur.









