Cela dit, la perspective de rester enfermé de 14H à minuit dans une salle obscure (toute sortie étant définitive) avec pour seule possibilité de respirer un peu d'air pur le très peu glamour espace fumoir (pouah !) ne poussait pas à se présenter tôt à La Pena. Alors, tant pis pour les deux premiers groupes Threat Manifesto et Sun Power. D'autant que le soleil brille en ce dimanche et que les brocantes abondent dans la Capitale. Le premier groupe qu'on verra se nomme The Rejected, il est anglais, et cultive des origines anarchopunk (Conflict, Crass) qu'il distille dans un crust furibard, digne des héros du genre (Doom, Discharge et consorts). Le set sera agressif au possible, avec un son cru et belliqueux qui rend la charge du groupe encore plus combative. Le guitariste, transfuge du groupe In The Shit, fera forte impression avec des riffs particulièrement venimeux. Voilà qui nous change des groupes crust fatigants à force de ronger toujours le même os (Tragedy).
On attendait beaucoup des Hollandais de Human Alert. On n'a pas été déçu. Le groupe sait être fun sans jamais tombé dans le navrant ou le pathétique. Il sait nous faire sourire tout en jouant un punk rock coriace. Le bassiste a beau être habillé d'un peignoir et chausser des pantoufles, son jeu est dynamique et offensif. Idem pour le batteur, sa chemise à fleurs trompe le monde. Il frappe comme un sauvage. Le guitariste, le seul à ne pas être "déguisé", balance la sauce : épicée et goutue. Ensemble, ils sont d'une redoutable efficacité. Et surtout un support band idéal pour les deux chanteurs, touts de blanc vêtus, inénarrables troublions jamais avares de grimaces, de poses et de propos cocasses (ils pratiquent un peu le français, ce qui permet quelques belles sorties comme ce "Paris Passif" qu'ils useront sans cesse). Human Alert interprétera pas mal de nouveaux morceaux, mais aussi quelques-uns de ses classiques comme "Punk = Porno", "Dirty Dancing", "I Hate People", "Krochi" pour finir par un "Big Black Hole" dévastateur… Yeah !
On change de registre, on revient à un style plus dur avec Witch Hunt. Le groupe américain assure une grosse tournée européenne pour son nouvel album Burning Bridges To Nowhere. Le set est donc rodé à mort. Dès le premier morceau, les enceintes crachent le feu sacré. Pas de temps mort (juste une explication de morceau de la guitariste, le temps que ses collègues se raccordent, durant tout le set), pas de pause inutile, Witch Hunt fonce dans le tas et ne fait pas de prisonnier (les blessés du pogo resteront à terre). Le batteur est impressionnant de force et de rapidité, il ferait presque oublier le bataillon des avant-postes. Presque. Car les deux guitares tricotent une toile de saturation incroyablement dense et plantureuse, l'un et l'autre se livrant parfois à des tentatives solistes de bon goût et, pour une fois, innovantes dans le crust. Alternative Tentacles n'a pas signé le groupe pour rien. Witch Hunt ne traîne pas, il est attendu au CICP où il doit donner un second concert dans la foulée.
Le groupe suivant est Mob 47, un groupe culte suédois (de la famille Lärm, Electro Hippies, Heresy, Siege) qui semble profiter de l'intérêt pour les musiques extrêmes pour faire quelques concerts. On peut craindre ce genre de retour de vieilles gloires, mais dans le cas de Mob 47, force est de reconnaître que le trio a été à la hauteur de son statut. Les musiciens ont vieillis mais ils jouent toujours aussi vite, peut-être même que leur jeu s'est affirmé, consolidé. Ainsi chaque titre est d'une brutalité experte, le D-beat devient grind avec tact et fermeté, le crust se transforme en power violence vite et bien. Ouch ! re-Ouch ! On est retourné comme des crêpes.
Kidnap, seul groupe français de la soirée, est aussi un vieux de la vieille. Formé en 1978, splitté en 1989, le groupe de Blois se reforme en 2002 pour une poignée de concerts sporadiques. Ses disques ayant été ressortis récemment, il amorce un nouveau retour… dont cette apparition à La Pena Festayre. Mais la surprise n'est pas aussi étonnante que pour Mob 47, le premier titre ne montre pas le meilleur visage du groupe : c'est lent, fâcheux et peu enthousiasmant. Le second titre, en français cette fois, mais toujours peu ragoûtant, annonce une déception. A vrai dire, je n'ai plus trop envie de rester. Parfois, il ne faut pas en demander trop. C'est l'heure des Experts sur TF1… même si c'est une rediffusion, c'est toujours mieux que ce comeback de Kidnap. Tant pis pour Peter And The Test Tube Babies, je préfère rester sur les belles prestations de Human Alert, Witch Hunt et Mob 47. — Pétito Ramirez

Le 18/10/2009
La Pena Festayre, Paris
Peter And Test Tube Babies, Kidnap, Mob 47, Witch Hunt, Human Alert, The Rejected, Sun Power, Threat Manifesto… l'affiche de ouf ! Elle avait beau avoir été dévoilé des mois auparavant, on n'y croyait toujours pas. Et pourtant, le festival a bien eu lieu. Et c'était cool.









