Les dernières fois où les Melvins ont joué sur Panane, c'est à l'Elysée Montmartre, la Maroquinerie, la Boule Noire (et même au Musée Pompidou lors d'une représentation exceptionnelle en bande son live de courts métrage). On peut penser ce qu'on veut de ces salles, en général on voit les groupes qu'on est venu applaudir. Ce qui n'est pas le cas du Glaz'Art qui, même après avoir été refait, agrandi et rénové, conserve toujours son statut de salle au plafond le plus bas de la capitale. Quand elle n'affiche pas "complet", c'est encore supportable, on parvient toujours par se frayer un passage sur un côté, se caler contre un poteau ou monter sur banc pour apercevoir un bout du bassiste, la touffe de cheveux du guitariste ou une des cymbales du batteur. Dans le cas d'une soirée affichant complet, voir le groupe devient vite problématique (et je vous raconte pas l'accès au bar). C'était le cas ce soir. On a pu entendre les Melvins, mais pas les voir.
Pour Porn, c'était encore jouable. Le set du groupe de Dale Crover (le batteur des Melvins) démarre par un long morceau expérimental électronique, sorte de harsh noise ambiant dont on ne sait pas s'il est une intro ou un test son. En tout cas, ça dure longtemps. Limite foutage de gueule. Dale Crover et Coady Willis, les deux batteurs, finissent par s'installer derrière leur drum-kit respectif pour un quart d'heure de bruit sauvage et ébouriffé. Pas bien compris où ils voulaient en venir. Peut-être à une nouvelle formule de Porn, moins proche des Melvins. En tout cas, c'était moins probant que sur la précédente tournée Melvins / Big Business / Porn. Il faut dire que sur cette dernière, Porn bénéficiait d'une machine à faire des bulles de savon qui était assurément un avantage pour capter l'esprit.
La salle s'est copieusement remplit lorsque les Melvins entrent en scène. Tout le monde cherche sa place. Pas facile. Mais pourquoi les grands décident toujours d'aller devant ? Cette recherche d'une place favorable me fait oublier que ce qui est en train de se passer sur scène. Mince, les Melvins ne sont que… deux ? Guitare / batterie ! Buzz & Dale ! "It's Shoved", "Ballad Of Dwight", "Oven" et une poignée d'autres morceaux du répertoire du groupe seront ainsi interprétés sous cette forme "minimaliste". Encore une excentricité du groupe pour prendre ses fans à contre-pieds ? Le résultat, aussi surprenant soit-il, n'est pas désagréable. On a l'impression d'entendre une version acoustique des Melvins. A peine se fait-on cette réflexion que les deux Big Business se pointent sur "Pigs of the Roman Empire" : Coady Willis, à la batterie, Jared Warren à la basse. Les Melvins retrouvent leur son dévastateur (mon dieu, la basse !!!!), et nous nos esprits et nos héros. "The Bloated Pope", "Dog Island", "The Talking Horse", du sur mesure ! Mais là, nouvelle surprise : "We will be right back. We will be right back !" Entracte. Allons bon.
Le public s'éparpille. Certains en profitent pour "voler" la place de ceux qui étaient devant, mais ceux-ci reviennent en force lorsque le groupe réapparaît. Plus véner que jamais. Le son est énorme, on ne distingue presque pas la guitare de la basse tant les deux instruments forment un mur épais et solide. Un mûr du son que rien ne semble pouvoir ébranler. Au centre, les deux batteurs se livrent à une démonstration digne de la foire du trône. C'est à celui qui frappera le plus fort, celui qui cognera le plus intensément ses cymbales. "Hooch", "Blood Witch", "Night Goat", "With Teeth", "Anaconda" et un paquet d'autres sont joués. Plus le concert approche de la fin, plus le son devient prenant. Ça pourrait être insupportable, mais comme on ne voit rien (en tout cas, c'est mon cas), on se rattrape à ce qui nous reste. Et ce qui nous reste, c'est ce son monstrueux, ses morceaux cataclysmiques, cette noise aux allures de punk/hardcore débridé qui se transforme en secousses vivifiantes. Tiens, un mec se fait virer par la sécu ! Ah, tiens, un autre. Ça m'intrigue. En fait, les audacieux qui osent slammer durant cette seconde partie du concert seront débarquer manu militari par les vigiles (à moins que ce soit le FBI, ils ont les mêmes oreillettes que dans les séries TV). Pas très rock tout ça. Mais ça fait un truc à regarder. — Frank Frejnik

Le 07/12/2009
Le Glaz'Art, Paris.
Une venue (presque) surprise des Melvins dans une salle aux allures de club à l'ancienne, voilà qui s'annonçait bien. Et ça l'était, bien. Sauf pour ceux qui n'étaient pas dans les six premiers rangs et que la nature n'a pas permis de grandir au delà du mètre soixante dix. Récit.









