Tout d’abord, pour bien comprendre ce petit report purement subjectif, une petite remise dans son contexte s’impose. C’était mon premier festival, mon premier gros concert. A l’époque, il ne s’agissait que d’une scène, celle qu’aujourd’hui le dépliant promo appelle le Halle Digitick. Cette scène a vu défiler les Sheriffs, Ludwig Von 88, La Ruda quand ils étaient encore Salska, Banlieue Rouge, Watcha, Matmatah et encore bien d’autres, plus ou moins véner, plus ou moins chaloupés, mais toujours fait de rock et de roll (un petit tour dans la section "Archives" du site officiel vous permettra d’en savoir plus). Il y avait aussi son petit frère jumeau, le Stop Hypocrisy Festival, qui s’est effectivement vu stopper assez vite de manière tragique. Ceux qui le fréquentaient à l’époque n’étaient pas forcément bien vu par les locaux, puisque une semaine avant c’est toute une horde de fanfarons aux cheveux colorés accompagnés de leurs fidèles sac à puces qui débarquaient dans toute la ville.
Depuis, les choses ont bien changés, les scènes et autres chapiteaux ont poussés comme des champignons, les camion-kebab sont rentrés à l’intérieur du site et plusieurs formules ont été essayés. D’abord sur une semaine, puis sur deux soirs, avant de se stabiliser sur une formule à trois soirées à l’occasion des 10 ans du festival. Par la même occasion, l’équipe s’est professionnalisée, l’affiche est devenue plus éclectique les institutions ont commencé à compter sur la tenue du festival pour l’activité régionale et l’affiche s’est vue renforcé de grands noms pour attirer les gens d’un peu plus loin, et surtout plus nombreux. D’abord Popa Chubby, Dionysos ou Louise Attaque, puis carrément Deftones, Public Enemy ou Method Man et Redman. Tout ça, à 5 minutes de mon lit douillet, que demande le peuple ?
Du coup les gens qui crachaient sur toute cette bande de dégénérés se sont peu à peu intéressé au festival, voire en sont devenu carrément surexcités. On y va avec ses parents, ses enfants et ses amis. Pour la plupart, le Garorock s'apparente plus à un voyage à Disneyland, à savoir l'occasion de se mettre comme des Mickey une fois par an (hors fêtes et mariages) avec la bénédiction de la mairie de Marmande, qui n’hésite pas à se montrer parmi la jeunesse, vêtue de son écharpe rouge toute Mitterrandienne (c’est plus classe de citer Mitterrand que Christophe Barbier, non ?). Ce festival reste malgré tout le seul rendez-vous rock’n’roll de la ville, après que d’autres acteurs de la scène aient baissés les bras (moi le premier) face à la sourde oreille de la mairie et du public.
- - - - Le Bar VIP (photo Yoshi) - - - -
Les festivités du vendredi
Comme chaque année, la programmation a fait des heureux et des laissés pour compte. Comme il s’agit d’un point de vue totalement subjectif, je ne vous cacherais pas que l’affiche du dimanche me semblait bien plus excitante que celle des deux soirs précédents un peu trop accès reggae/électro à mon goût. Malgré tout, quelques idoles de ma jeunesse sont présentes.
Le coup d’envoi est donné le vendredi vers 18h dans le bar VIP (oui, il y a un bar où la plèbe n’a pas accès, il s’y déroule même des concerts, mais j’y reviendrais) où un discours est traditionnellement donné par le maire et les organisateurs. S’en suit une petite dégustation de produits locaux à déclencher de multiples ruptures d’anévrismes à un végétarien, puis tout ce petit monde s’en va faire le tour du propriétaire. On se dirige vers le grand chapiteau où joue le groupe Nouvelle Vague. Ce groupe trouve marrant de reprendre des vieux morceaux de New Wave en version acoustique ou Bossa Nova (qui se traduit par Nouvelle Vague en portugais, malin non ?). Une interview est calée un peu plus tard avec le groupe, ce sera l’occasion d’en savoir un peu plus (ou pas ?).
Le public commence à entrer. Quand on a grandi sur place, le Garorock est toujours un moment particulier. Un espèce de marathon mondain où l’on recroise avec une plaisir variable tous ses vieux compagnons de lycée au son du "holàlà, mais tu as bien changé". Du coup, compliqué d’apercevoir un groupe cette déferlante de vieilles connaissances, mais il est l’heure d’aller bosser ! Je dois rencontrer le groupe Nouvelle Vague au point presse. Après une demi heure d’attente et deux ou trois appels à l’attachée de presse, je me rend à l’évidence : je me suis fait poser un gros lapin par le groupe, qui aurait semble-t-il quitté sa loge et pris le camion vers de nouvelles aventures. Tant pis pour moi.
Le rendez-vous suivant est au même endroit, pour une conférence avec le groupe Raggasonic, dont les hymnes qui paraitraient aujourd’hui si démagogues ont bercé ma jeunesse (toi aussi, essayes de capter autre chose que Skyrock au fin fond du Lot et Garonne quand tu te rebelles des Sardouseries de tes parents dans les années 90). Les mecs sont plutôt cool, quoique sur la défensive quant aux questions un peu trop insistante sur le reformation. On ne peut pas le leur reprocher, mais ce qui transparait surtout c’est leur envie d’en découdre sur scène. On sent que cette séparation les as limité et que reprendre presque là où ils avaient arrêté (en vérité, c’était sur le festival Stop Hypocrisy) 10 ans plus tard était, pour Big Red et Daddy Mory, un nouveau départ.

- - - - Raggasonic (photo Hugues Roualdes) - - - -
Plus tard, leur concert sous le grand chapiteau est un peu une déception pour moi. En même temps c’était prévisible : en dehors des tubes Hip hop-Ragga que tout le monde reprend en coeur ("Aiguisé Comme Une Lame", "Faut Pas Me Prendre pour un Âne"), je n’accroche toujours pas aux rythmiques en provenance de la Jamaïque. Malgré tout, une bonne énergie se dégage sur scène et dans le public, et les deux toasters sont accompagnés de plusieurs musiciens et se la donnent bien. Approximativement à la même heure, Le Peuple de l’Herbe met le feu au Hall Digitick… comme presque tous les ans ?
Mauvaise surprise au retour à l’appartement. Situé dans une des artères principale du centre ville, les voitures (dont celle de plusieurs amis) se sont vues dépouillées sur toute la longueur de la rue. On est alors content de savoir que la gendarmerie a triplé ses effectifs pour l’occasion, surtout après avoir essayé de les interpeller pour signaler notre mésaventure, sans succès. Cette bande de tire aux flanc a du confondre accélérateur et frein face à nos appels bruyants et répétés.
Le chaos du Samedi
Le réveil est difficile après s’être couché à 5 heures après de nombreux mélanges peu recommandables et des amis un peu trop matinaux pour être honnêtes. Un petit tour au camping pour une distribution de catazine et on se rend compte qu’on a finalement de la chance d’avoir grandi dans ce trou : la météo n’étant pas très sympa avec les festivaliers, la plaine de la Filhole qui accueille le camping, est devenue une reconstitution de Verdun ou de Woodstock, avec de la boue, de la boue et encore un peu de mélange de terre et d’eau qui colle aux chaussures. L’ambiance n’y semble pas géniale d’autant plus qu’on commence à y recenser quelques vols et autres perquisitions policières (ah tiens, là ils sont efficaces pour te dépouiller de tes 5 grammes de teu-teu).
Rendez-vous à 16h30 sur le site du festival pour la conférence avec le belges de Ghinzu, puis d’Eiffel, qui n’a encore une fois pas échappé à une comparaison avec ses ainées de Noir Désir. Je galère vraiment à garder les yeux ouverts et le café servi au bar ne m’aide pas beaucoup. Dans le festival, il y a peu de monde, on est au milieu de l’après midi.
Je pars rencontrer les X-Syndicate. Trois nanas et un loustic bien rock’n’roll. Une fois n’est pas coutume l’interview se déroule derrière l’infranchissable mur des loges (interdit à la presse) en compagnie de sympathiques larrons des fréquences tourangelles de Radio Béton. Elles me proposent une bière que mon estomac refuse poliment. L’interview se passe très bien, on rigole bien. Je regrette de n’avoir pu voir leur concert, programmé à 14h45, bien trop tôt pour tout le monde, y compris pour elles qui se retrouvent à tuer le temps en vidant le stock de bière des loges en plein milieu de l’après midi. Elles se demandent d’ailleurs ce qu’elles font là, à jouer si tôt au milieu d’une programmation assez peu énervé, comparé à celle du lendemain.
Il est à peine 18h et mon programme est presque bouclé, il ne manque plus que l’interview de Java à… 22h. Mon état ne s’est pas arrangé et j’hésite même à rentrer à l’appart faire une petite sieste. Sur le festival, je vais au concert d’Eiffel sous le petit chapiteau. Ça bouge bien, après ça reste du rock que je surnomme sournoisement "à la Bordelaise", et comme le disait assez justement un pote du webzine Kritikrock (http://www.kritikrock.com/) : "Par manque de Noir Désir, je me contente de ça". De retour au point presse, une scène surréaliste est en train de se dérouler sous mes yeux : sur la scène du bar VIP un couple rappelant fortement la glorieuse époque de Shirley et Dino interprète devant tout un parterre de professionnels les pires titres kitsh de la variété française. Pas de remix ou de parodie, juste les titres joués avec fidélité dans une mise en scène digne des meilleurs galas de La Croisière S’amuse. Je ne sais pas trop quoi en penser, si je doit rire ou bien pleurer, notamment de la réaction du public, censé tout de même représenter une certaine alternative dans la musique actuelle, et dont certains sont programmateurs des plus gros festivals nationaux. Un pote qui les connaît me soutient que le chanteur est à la base DJ, et mixe de la techno slave (??), et que c’est très bien. Probablement.
Retour à la réalité, direction le concert Java sous le hall Digitick. Cette fois je ne loupe pas le créneau photo (les photographes ont le droit d’aller dans l’espace qui sépare injustement la scène du public durant les 3 premiers morceaux), mais le manque de lumière, la bougeotte du chanteur font qu’elles sont toutes ratés. Sinon il y a du mouvement sur scène et R-Wan rappe aussi bien que sur disque. C’est la première fois que je les vois et ils démarrent direct par le premier titre de leur dernier disque "J’me marre". Le public est directement conquis et reprend en cœur les paroles. Normal, tous les tubes du groupe y passent.
Une demi-heure après la fin de leur set, rencontre avec le chanteur au point presse. On est nombreux à l’interviewer, on est tous regroupé sur les canapés et il y a beaucoup de bruit et mon dictaphone galère à discerner les BOOM BOOM des réponses d’R-Wan. L’animal est bavard, très bavard et l’attachée de presse du festival ne cesse de taper sur sa montre… alors qu’on est à la deuxième question ! On gruge autant qu’on peut en posant une dizaine de "toute petite dernière question".
Une fois l’interview finie, mon travail est terminé, ainsi que ma résistance à la gueule de bois. Tant pis pour les autres groupes, je pars me coucher, la plus grosse journée se déroule le lendemain !
J’aime pas les dimanche… mais là si !
Encore un réveil difficile mais la programmation de la journée me donne le sourire ! Enfin un peu de rock’n’roll dans ce festival de hippies !
A 15 heures 15, Opium du Peuple (je sais pas où les programmateurs ont vu que les punks étaient des gens qui se levaient tôt). Cette fois, je ne les loupe pas et le public, au début clairsemé, se rassemble petit à petit sous le petit chapiteau. Le groupe formé avec un membre de Condkoï, un de Dirty Fonzy, un Skunk et un ancien Pookies donne sa petite leçon de rock’n’roll. Des reprises de variété, mais façon punk rock ! Comeback Kid rencontre Pierre Bachelet. Le maitre de cérémonie Slobodan est drôle, Forest ferait un magnifique nazi et tout le monde est fan. Le concert est monté en vrai spectacle où on y entend du Johnny, Nino Ferrer ou Louis Chedid. Cerise sur le gâteau, le chanteur Slobodan (en fait il s’appelle Guillaume, mais chut) fini en string/porte-jarretelle, pour le bonheur de tous et surtout de toutes.
Comme ça va devenir la règle, une demi-heure après la fin du set et je les rencontre en interview. Je suis seul pour une fois à me retrouver devant le groupe, les ayant déjà croisé la glace est vite brisée et heureusement ça ne se prend pas au sérieux, comme sur scène, même si ils abordent leur passion avec la plus grande sincérité.
< - - - L'Opium Du Peuple (photo Yoshi)
A peine l’interview terminée, il ne faut pas trainer, une autre idole de ma jeunesse se présente sur la même scène du petit chapiteau. Disiz (la peste, puis theend) présente ici son nouveau projet musical. J’étais un grand fan de son album Le Poisson Rouge, puis je l’ai un peu perdu de vue après. J’avais un peu écouté ce qu’il faisait sous le pseudonyme de Peter Punk, qui me rappelais beaucoup les derniers trucs de TTC, rien de très emballant… Sur scène tout le contraire ! Présent avec un vrai groupe, on parle bien de rock ! Et puis ça bouge, c’est clairement festif, en particulier l’incontournable tube "Je Pète les Plombs"… version ska ! Je le rencontre ensuite à la conférence de presse, où il explique sa nouvelle orientation, ses embrouilles de label, le milieu "trop fermé" du rap français. Comme je m’y attendais, il est intéressant, parle bien et demeure très sympathique.

Je reçois un coup de fil de l’attachée de presse qui me confirme une très bonne nouvelle : j’ai droit à une interview de Sepultura à 19h30. Bonheur ! Vite vite, Ultra Vomit va démarrer son concert. Je cours dès la fin de la conférence au petit chapiteau (qui se trouve de l’autre côté du site) pour me rendre compte que ces salopard ont commencés en avance, j’arrive à la dernière note des "Bonnes Manières". Le vigile me dit "non non" au moment d’aller dans l’espace photo, alors qu’il est en train de jarter tous les autres collègues. Pas de chance. Mis à part ça, le spectacle est le même que d’habitude, les mêmes blagues (toujours très drôles) que vous pourrez retrouver dans la section live de la magnifique WebTV du Goeland, si ce n’est les quelques jeux de mot sur le nom du festival (Attention au rap, Gare au rock !). Il est marrant de remarquer que dans le public je croise de nombreuses connaissances fortement allergiques au métal, en train d’apprécier le concert en se marrant comme des bossus. Encore une victoire des canards !
- - - - Ultra Vomit (photo Hugues Roualdes) - - - -
Je trace au point presse pour la rencontre avec les brésiliens. Renan Luce sort de sa conférence et signe tout un tas d’autographes à des consommatrices d’eau précieuse. Etant peu nombreuses et assez proche pour ne pas avoir à l’interpeller, elles nous épargnent les cris. Il est annoncé que les sets de Mos Def et de De la Soul sont inversés.
On s’entasse avec les même loutics de Radio Béton, une jeune journaliste du Tafeur de Montpellier, Derrick Green et Andreas Kisser, et leur gros manager dans un minuscule algeco. Les mecs se prennent pas la tête, rigolent, semble connaître un peu de français quand un collègue de radio béton les vannes sur le football. Ils répondent très poliment à la redondante et probablement irritante question de l’identité du groupe après le départ des Cavalera. Je flippais un peu de faire l’interview en anglais, mais tout s’est bien déroulé, et cela sans forcément demander l’aide du traducteur présent avec nous.
A 21h je passe à coté du Hall Digitick pour voir le set de Mass Hysteria. Je les ai vu 8 ans auparavant dans la même salle, ils étaient à l’époque tête d’affiche du festival (et Pleymo en haut des charts, c’est vous dire qu’elle sale époque c’était), et me rend compte que ce n’est pas forcément la forte consommation de cannabis qui m’avait endormis ce jour là. Les musiciens sont bon mes les paroles et interventions démagogiques du chanteur entre les morceaux m’irritent, je préfère aller boire un coup.
Devant la petite scène du bar, un keupon fait des chansons drôles, en face, le crew d’Ultra Vomit semble s’amuser comme des petits fous en faisant des roulades au sol.
Je me rappelle qu’un mythique groupe de brésilien joue sous le grand chapiteau et je cours les voir ! Le seul album que je connais du groupe est le mythique Roots, et je me rends compte que les changements de line up à eu bien des effets sur la musique du groupe. Ca a bien changé. Du coup plein de questions se bouscule dans ma tête, que j’aurais bien aimé leur poser durant notre entrevue… dommage. Inutile de dire que l’apothéose du concert sera au moment des premières notes du tube "Roots Bloody Roots".

- - - - De la Soul (photo Yoshi) - - - -
J’attend ensuite avec un vieux compagnon de lycée l’arrivée de De la Soul, vieux groupe de hip hop tout aussi mythique. Ca bouge bien, c’est une usine à tubes, et tout y passe. Le gros point fort du festival est depuis quelques années de nous remmener des grosses machines hip-hop US, c’est encore un coup gagnant ! Arrive ensuite Mos Def, assurément la plus grosse déception du festival. Très bon sur disque, très bon acteur aussi, il a du mal à tenir la scène. Ses morceaux ne collent pas du tout à ce genre d’ambiance grosse scène. C’est mou, ça ne décolle pas. Pour couronner le tout, l’éclairagiste joue avec la patience des photographes qui devront la jouer fine pour prendre de bonnes photos avec si peu de lumière.
Je me résigne à ne pas rester devant ce triste spectacle et je vais profiter des dernières heures du festival avec mes amis. Rien de bien particulier par la suite, si ce n’est le set Bloody Beetroots death crew 77, qui entre plusieurs mix très boom boom, agrémente un morceau de quelques notes de "New Noise" de Refused, ça fait toujours plaisir.
Pour conclure, sûrement la meilleure cuvée du Garorock qu’il m’est été donné de voir depuis l’extension du festival sur plusieurs jours. J’aurais plein de choses à dire, à raconter, plus ou moins intéressantes, notamment sur la légitimité d’un bar VIP où se produisent des artistes "pour la presse" sans forcément jouer ensuite sur le festival, ou bien sûr le camping dévasté par les ordures quand la plupart des gens qui y séjournent ont sûrement déjà eu un débat enflammé avec leur tonton Robert sur l’importance de la prise de conscience écologique. Mais on ne va garder que les bons moments, et on y repassera probablement l’année prochaine, parce qu’un tel festival est important pour une ville comme Marmande, parce qu’on espère que ça éveillera des vocations pour organiser des petits concerts tout au long de l’année, là-bas et ailleurs. Je regretterais juste, à titre purement personnel, que la programmation rock ne soit pas un peu plus équilibré. — Yoshi
- - - - Sepultura (photo Hugues Roualdes) - - - -











