Au Groezrock, comme dans tous festivals à la programmation imposante (ici, 53 groupes en 2 jours), il n'y a pas de répit entre le premier groupe (10h45 le samedi) et la tête d'affiche (passage à minuit en règle générale). Et comme il y en a pour tous les goûts, tous les âges et toutes les chapelles, on se doit de faire des choix. On sélectionne donc ce qu'on a envie de voir en fonction de ses priorités et de ses penchants musicaux (au Groezrock, il y a deux tendances fortement représentées : le metalcore et le punk rock mélo) ; on élimine les groupes qu'on a déjà (trop) vu ou qu'on est certain de ne pas aimer, on trie selon des critères plus ou moins crédibles ("Y'a Zebrahead qui joue sur la Main Stage, tu viens ?", "Non, j'ai envie de pisser" ou, variante, "Non, j'ai une grosse envie d'une fricadelle, je vais aller faire la queue à la baraque à frites"). Bref, on picore. Et on picole (ah, cette Hoegaarden Rosée !). Du coup, n'attendez pas de moi un live report complet et exhaustif de ce Groezrock 2010 : 1/ Les groupes que j'étais venu voir n'y étaient pas (Sunny Day Real Estate, Snapcase) à cause du volcan Eyjafjöll, 2/ je suis arrivé à la bourre le vendredi à cause d'insupportables embouteillages sur les autoroutes belges, ratant ainsi pas mal de groupes, 3/ il faisait particulièrement beau que ç'aurait été criminel de ne pas profiter des rayons du soleil (surtout quand tu passes tes nuits à te geler les c******)…
Vendredi 23 avril.
The Swellers semblent avoir convaincu pas mal de monde, puisque je n'ai que de bons échos de leur prestation. Malheureusement, à l'heure où j'arrive sur le site du festival, j'ai non seulement raté The Swellers, mais aussi The Real McKenzies, Caliban, A Skylit Drive, Holding Onto Hope, Grey Masquerade, Young Guns, This Is Hell et Haste The Day. En fait, je me pointe juste pour Millencolin… les Suédois ayant été appelés à la rescousse par les organisateurs pour combler un vide du programme, vide provoqué par les annulations en série. Ils sont sympas, Millencolin, des gars cools, et tout, mais musicalement, on s'en fout complètement de Millencolin aujourd'hui. Enfin, surtout moi. Le temps de Millencolin est révolu, ses récentes tentatives de rendre son punk rock mélo plus adulte ou plus moderne ont été des échecs. Je vois tout de même pas mal de gens qui portent un t-shirt ou un sweat (neuf) à l'effigie du groupe, signe que son fan club reste conséquent. Tant mieux pour lui. Tant pis pour moi. Adept et Alesana jouent au loin. Que faire ? Rien. Attendre que l'heure de la première grosse sensation de la soirée, Glassjaw, arrive. Je préfère néanmoins aller me positionner pour le set à venir de Banner Pilot. Pas mal de monde ont eu la même idée, et la tente Etnies est déjà bien remplie. Le groupe Fat Wreck Chords allonge les morceaux de son dernier album les uns après les autres avec la même intensité, mais sans trop de communication. Dommage aussi que le son ait été saccagé au niveau des guitares (qui sonnaient comme des tronçonneuses), ça a un peu (un peu ?) gâché l'impact des superbes mélodies du groupe.
Zappons Agnostic Front, on les recroisera certainement dans six mois, pour rejoindre la Main Stage où Face To Face s'apprête à jouer. Il y a deux ans, le trio californien avait donné un excellent concert. On espère retrouver cette même énergie qui nous avait tant emballé, d'autant que ce soir le trio est devenu quatuor. Ça démarre promptement… comme d'habitude, vif et enflammé. Quelques vieux tubes extrait du premier album se taillent la part belle dans le public, visiblement fan, mais les morceaux plus récents de Face To Face restent sur la même longueur d'onde : rapidité et mélodie. Néanmoins, au milieu du set, direction la Etnies Stage pour voir The Friday Night Boys… qui entame son dernier morceau. La Etnies Stage, c'est la seule où il est permis de monter sur scène et de slammer. Autant dire pour les kids qui veulent s'essayer à la pratique, c'est ici qu'ils se sont donné rendez-vous. Peu importe que ce soit du metalcore, du hardcore old school ou du pop punk ultra mélodique façon Fueled By Ramen style, comme c'est le cas avec The Friday Boys, le public se lâche complètement.
Et maintenant ? Funeral For A Friend ou The Mighty Mighty Bosstones ? Punaise, la vie est dure. Que choisir ? Je botte en touche, et vais squatter la tente du merchandising. Rien de mieux que secouer la poussière des bacs à disques pour passer le temps. Je verrais quand même un bout du set des Mighty Mighty Bosstones… le dernier groupe de la soirée. L'alcool aidant, le ska enjoué du groupe en plus, la communion est parfaite entre les Bostonniens et la foule. Le chapiteau prend des allures de fiesta camarguaise ou de boum étudiante géante. Quand t'es pas fan de ce style de musique, les Bosstones peuvent vite passer pour une version ska des Blues Brothers. Ça a ses atouts (les reprises de The Clash et Stiff Little Fingers étaient cool), comme ses inconvénients. Ça reste néanmoins une belle manière de terminer cette première journée.
Samedi 24 avril
La nuit a été courte. Je suis sur le site dès son ouverture au public. Ça permet de jeter un œil au premier groupe, Asking Alexandra, en buvant un café dégueu. De voir le set de Mute (dont la performance permet de se rendre compte qu'il existe bel et bien un revival punk mélo 95). De retrouver les potes. Et de boire sa première bière avant midi pour être ready pour Pour Habit. Le groupe ricain fera un set résolument fun et acrobatique. Musicalement, le quatuor a des intonations à la The Offspring (pour la voix du chanteur), Slayer (pour les parties métallisées) et Guttermouth (pour la base punk). Autant dire que ça remue, à la fois sur scène que dans la fosse, et que ça ne se prend pas au sérieux mais que ça joue sérieusement. The Warriors s'égosillent au loin. Idem pour The Ghost Of A Thousand. Je reste devant la Main Stahe pour Mc Lars, un rappeur en version indie qui sample et scratche des disques rock et émo. Pas mal. Frais. Joyeux. Avec le soleil qui brille, c'est la musique idéale. Zebrahead s'octroie l'attention du plus grand nombre, mais je préfère pousser jusqu'à la plus petite des scène du Groezrock pour la performance des hardcoreux de Defeater (en évitant soigneusement Winds Of Plague) qui se révélera particulièrement intense pour un peu qu'on parvienne à s'immiscer au cœur du fan-club du groupe de Boston qui squatte les premiers rangs. Certes, avec tous les fanatiques qui chantent ("hurlent" est plus adapté) les paroles du groupe, on peut se sentir un peu mis à l'écart, mais le spectacle reste impressionnant.
Dance Gavin Dance, du pop punk racé et athlétique, remuant mais fun, fait la jonction jusqu'à Strike Anywhere (sur la grande scène) et A Wilhelm Scream. On voit beaucoup ces deux formations en Europe, alors on donne une chance à Mariachi El Bronx… le side projet chicano de The Bronx. Comme sur disque, c'est assez dispensable, mais c'est marrant à voir. Et puis, avouons que les quatre musiciens de Los Angeles, aidés par une donzelle au violon, assurent tellement dans le trip qu'on se laisse charmer. Sur la grande scène, les revenants 88 Fingers Louie occupent l'esprit général, mais je préfère aller découvrir un groupe inconnu, belge de surcroît : Steak Number Eight. Ce dernier se révèle le seul groupe heavy du week-end, avec une musique oscillant entre AmenRa, Neurosis, Pelican et Isis. Super découverte pour ma part. C'est le moment de faire une pause. Despised Icon, Static Radio, The Bouncing Souls et The Aggrolites feront comme si je n'étais pas là. Vient un nouveau choix : Lit ou Rise And Fall ? Le pop punk ravageur des Américains ou le hardcore furibard des Belges ? J'opte pour la seconde proposition. Je ne le regretterais pas. Le quatuor de Gand est, sur scène, d'une puissance de feu et d'une intensité à faire pâlir les groupes américains. Et si l'ombre de Converge plane toujours et encore sur le combo, celui-ci parvient à la faire oublier à force de vivacité, d'ardeur et d'intensité. En allant voir Sum 41, je croise des potes pour qui le concert de Lit était le meilleur qu'ils ont vu jusqu'à présent. Alors que Mustard Plug lâche son ska punk ("ça fait du bien dans cette avalanche punk et hardcore", me dit-on) sur la Eastpak Stage, Sum 41 rassemble ses (anciens) fans… qui seront un peu déçus de sa prestation (était-ce vraiment indispensable de reprendre les Stones ?). 20h15 : les jambes se font lourdes à force d'allers et venues entre les trois chapiteaux, le bide fait de drôles bruits (ne jamais abuser de la fricadelle), la tête tourne à cause de l'abus de houblon, le froid commence a percer nos dernières défenses, mais ce n'est pas le moment de lâcher l'affaire, les têtes d'affiche sont attendues : The Bronx, Good Clean Fun, AFI, Parkway Drive (champion des ventes de t-shirts sur cette édition du Groezrock), Pennywise (très attendu, puisque nouveau chanteur, Zoli de Ignite), H20, Story Of The Year et Bad Religion (qui fêtera 30 ans de carrière — merde, 30 ans !!).
Autant le dire tout de suite, The Bronx fera un concert incroyable. Un de ces concerts qui te marquent à jamais et qui figureront dans ton Top 10 de l'année. Quelle mouche avait piqué le chanteur Matt Caughthran pour qu'il soit si remonté, qu'il ait tant envie que le public devienne fou et détruise tout ? Tout au long du set, qui montera magnifiquement en intensité à chaque morceau, le frontman se fera plus vindicatif, plus incisif, plus dingue… haranguant les fans, se mêlant à eux, jusqu'à faire de la foule abritée sous la tente Eastpak une bombe à retardement. On savait que la musique de The Bronx, avec ses riffs lapidaires, pouvait transmettre la rage, mais ce soir-là, elle a donné l'impression à un bon millier de personnes que le rock'n'roll était la seule chose importante dans leur vie, qu'un cri pouvait réveiller le monde et qu'un riff saurait changer la donne. Quand le concert se termine, avec un Matt Caughthran qui se jette dans le drum kit, on a tous les poils au garde à vous, les jambes en coton, les yeux écarquillés, non seulement certains que ce que nous avons vu était unique mais qu'il nous a rendu plus fort. Dingue ! Le Groezrock aurait pu se terminer là. J'en oublie complètement que je voulais voir Good Clean Fun dont je ne verrais, finalement, que les trois derniers titres… Je zappe AFI pour retrouver mes esprit. Je vais voir le merch des groupes (où la plupart des roadies ont affiché "Got weed ?" — sauf celui de Parkway Drive qui vend des t-shirts "Smoke Sucks") parce qu'il est impossible de voir Parkway Drive tant il y a de monde sous la tente Etnies. Que pensez de Pennywise avec le chanteur de Ignite au poste de vocaliste ? Ben… qu'il tient bien son rôle, qu'il s'est adapté au registre mélodique du groupe, et que, bon, ça ne m'encourage pas plus à aller en voir mieux. Et comme je suis plus H20 que Pennywise, je vais voir le groupe new-yorkais qui fera un show particulièrement vitaminé, jouant la plupart de ses tubes (oui, oui, on peut appeler "Nothing To Prove", "1995", "Still here", "Guilty By Association" des tubes tant ils sont accrocheurs). Et s'il est l'héritier des héros du NYHC qu'il ne cesse de glorifier (Agnostic Front, Warzone, SOIA), son aspect mélodique en fait indubitablement le Gorilla Biscuits des années 2000. Encore plus avec le final "What Happened".
La fin de soirée est annoncé avec l'arrivée de Bad Religion sur la grande scène (comme il y a deux ans, ici même). J'avais espéré secrètement que le groupe californien, fêtant ses 30 ans d'existence, donnerait un show un peu spécial… genre jouer en intégralité How Could Hell Be Any Worse? ou Suffer. Il n'en sera rien. Et même s'il a joué, comme à son habitude, de vieux titres ("I Want To Conquer The World", "You"), il en aura aussi interprété une pelletée de plus récents qui me sont, pour ma part, beaucoup moins essentiels. Enfin, bon, ne faisons pas le vieux con, Bad Religion sur scène, même avec 30 ans d'âge, ça reste quand même une sacré machine punk rock qui tourne sans à-coups. Ç'en est même sidérant quand même. — Pépito Ramirez











