Certes, j'avais déjà entendu parlé de A Place To Bury Strangers. A dire vrai, depuis quelques temps, ce nom devenait presque envahissant car il était toujours accompagné de superlatifs que je jugeais, crânement, démesurés… Bien sûr, plus j'entendais le nom du groupe, plus ça m'intriguait, mais, allez savoir pourquoi, jamais je n'ai pris la peine d'aller écouter la musique qui s'y rattachait. Faut dire que je méfie des groupes qui déboulent dans mon univers sans que je ne l'ai invités. "Encore un groupe hype", me disais-je avec ce que ça sous-entend de mauvaise foi. La possibilité de voir A Place To Bury Strangers en live en ce doux soir de mai allait changer la donne.
Mais commençons par le début. Par Team Ghost donc. Le groupe parisien m'a pris par surprise avec son rock fiévreux, entre shoegazing hirsute et new-wave éclatée. Un mélange, parfaitement dosé, de Jesus And Mary Chain, Deftones et My Bloody Valentine, soit de somptueuses mélodies noyées dans des nappes dee guitares, d'effets de synthé (invisible, le synthé, dis donc !)… et de la réverb à gogo. Ça fait donc du bruit, mais un bruit ciselé, maîtrisé, domestiqué pour lui donner une forme qui séduit, subjugue et envoûte. J'apprends que Team Ghost est une suite du groupe électro M83. Ah, d'accord ! Ceci explique cela.
Quand la première partie est bonne, bonne, bonne et que la musique sonne, sonne, sonne, c'est que la soirée s'annonce bien. Mais rien ne pouvait nous préparer à ce qui allait suivre, le trio New Yorkais allait en effet nous retourner comme de vulgaires crêpes (que nous sommes finalement). J'avais lu des tas de trucs avant le concert, notamment que A Place To Bury Strangers "était le groupe le plus bruyant de la Grosse Pomme" (c'était d'ailleurs l'accroche du flyer du concert), mais j'estime être quelqu'un à qui on ne l'a fait plus… Des slogans mercantiles et des accroches médiatiques, j'en ai vu passer et on ne peut pas dire que ça respirait la vérité. Mais là… ok… bon… d'accord… j'avoue, c'est vrai. Enfin, c'est certainement vrai, parce que je ne connais pas tous les groupes new-yorkais. A Place To Bury Strangers joue fort. Extrêment fort. Encore plus fort que "extrêmement fort" d'ailleurs. C'est impressionnant. Fort et clair, en plus. Ce son de façade, aidé par un jeu de lumière agressif, qui permet au groupe de jouer à cache cache avec le public façonne un environnement dans lequel on plonge dès le premier titre. On est littéralement englouti dans cette agression sonore qui exploite autant le filon de la new wave des années 80 et de la noise des 90's. Qui mêle dans une tempête sonique la gravité d'un Bauhaus, la folie de Sonic Youth et la non-challence d'un Jesus And Mary Chain. Ce déluge vibrant et tonnant est terriblement ensorcelant. Que tu sois au premier rang ou au dernier, que la musique te déride les guibolles ou, à l'inverse, te pétrifie sur place, la prestation de APTBS ne peut laisser de marbre. Mais l'excellence du son, ainsi que sa puissance, n'est pas le seul fait d'arme du trio. Sur scène, ça ne regarde pas ses pieds (référence au shogaze, les gars !), bien au contraire, ça se libère complètement, la guitare en l'air ou contre l'ampli, le bassiste en osmose totale avec le batteur, headbanging sauvage contre grosse suée. Le final, le titre "Ocean" il me semble, fût d'ailleurs impressionant. Quasi cataclysmique. back to the nineties lorsque les groupes noise terminaient leur set dans la frénésie la plus brutale.
Quand les lumières de la salle se rallument, t'es un peu sonné. Content de ne pas avoir oublié tes bouchons de protection chez toi. Content d'avoir découvert un si bon groupe. Et heureux d'avoir vécu ce moment. Et tu te promets une chose : la prochaine fois qu'on te saoule avec un groupe que tu ne connais pas, tu feras pas ta mijaurée, tu te joindras à la masse des fans. — Frank Frejnik
http://www.myspace.com/aplacetoburystrangers
www.myspace.com/teamghostmusic








