Les deux groupes ne se retrouvent pas seulement à l'affiche à Paris, ils font tournée commune dans toute la France. Que le piano (synthé, orgue, ou ce que tu veux avec des touches) soit une élément commun et fondamental aux deux groupes n'est nullement un hasard. La formation toulousaine (My Own Private Alaska) et la tribu nordique (Magyar Posse) ont plus de points communs que l'appellation de leur musique veut bien le laisser penser. "Pianocore" pour les premiers, "post rock" pour les seconds, mais dans les deux cas, il y a la recherche d'une émotion rare mais vive, via une sensibilité complexe et un (re)lâchement total de ses sentiments à travers la musique. 
C'est Magyar Posse qui démarre la soirée. Face à face, un orgue et un synthé, un guitariste et un bassiste (qui change, parfois, pour une seconde guitare). Au centre, un batteur, aussi mesuré qu'efficace. Tranquillement, le quintette finlandais déroule ses instrumentaux aux intonations graves et dramatiques, dans lesquels on décèle autant du post rock enflammé de A Silver Mt Zion que le rock prog de The Mars Volta. D'ailleurs, je me fais la réflexion que le post rock n'est que du progressif joué plus rapidement. Fin de cette courte parenthèse. Magyar Posse possède une dynamique qui singe à merveille des mouvements symphoniques, pas forcément hérités de la musique classique, mais plutôt des bandes originales de films (ce qui est kif kif, hein !). Bon, j'avoue avoir été emballé au début du set (bon son, bel éclairage, morceaux percutants) pour me rendre compte, au milieu, que je m'ennuyais un peu. 
L'arrivée de My Own Private Alaska ressert les rangs du public. Il y a les fans et les curieux. Ces derniers, dont je fais partie même si je connais et apprécie Amen, le récent album du trio, veulent voir cette curiosité musicale (trois musiciens assis) qui pratique un "unhappy medium between Chopin, Nirvana, Danny Elfman and Envy, somewhere in Alaska" qui a séduit le producteur Ross Robinson (Korn, The Cure, At The Drive-In) avec seulement une batterie, un piano et du chant. La scène fait "un peu" vide, débarrassée des amplis, des racks de pédales et autres objets qui embarrassent généralement un plateau. A gauche, un siège et un micro ; au fond, la batterie ; à droite, le piano. Pourtant, dès que "Amen" — le morceau — retentit, on ne doute plus que la formation remplira l'espace sonore qui lui est réservé. Le batteur frappe comme Dale Crover des Melvins, le piano déverse des cascades de notes, le chanteur hurle à la mort, à l'amour, à l'amort.… On est pris à la gorge. L'estomac se serre. La gorge se noue. Tout est joué. Tout est gagné. Les doutes sur la tenue scénique d'un telle formation sont balayés. Les questions soulevées sur la faisabilité de reproduire sur scène l'intensité du disque sont évincées. Le reste n'est que démonstration du don du trio toulousain. Bouillonnant, nerveux, audacieux, le pianiste est habité par ses participations ébouriffées. Puissant, bestial, technique, le batteur frappe ses fûts comme si sa vie en dépendait. A eux deux, ils confectionnent un mur du son que le chanteur, qui ne peut parfois pas rester assis, s'occupe de contrôler, d'arranger, de "mélodiser" à coups de râles, de mots hurlés et de phrases braillées. Ajoutez un light show au diapason de cette folie sonore, et vous obtiendrez un spectacle effectivement étrange, mais ô combien corrosif, singulier et frappant. A la sortie d'un tel concert, il faut quelques minutes pour retrouver ses repères et ses facultés. Mais une telle expérience vaut vraiment le coup d'être vécu. — Frank Frejnik
lire la chronique de Amen de MOPA sur Addictif : ICI.
Intervview à venir sous peu…










