C'est parfois dans ces situations qu'on vit ses meilleurs concerts. Je résume vite fait celle de ce 17 mai. A 18h30, heure à laquelle le concert est censé démarrer (note pour les provinciaux : oui, ici, à Paris, ça joue très tôt, les patrons de bars, même s'ils aiment prendre des risques en programment des concerts punk dans leur établissement pour vendre un peu plus de bière éventée, ne se mouillent guère à dépasser la limite fatidique de 22h). Sauf que présentement, Dear Landlord n'a pas donné signe de vie de la journée. Et c'et lui qui prête le backline (la batterie et les amplis) aux autres groupes. D'où un certain problème, et la perspective pour Fat Beavers et The Helltons, les deux premières parties, de ne pas pouvoir jouer.
Un coup de téléphone des Ricains ("on n'est pas loin, on arrive, on sera sur place vers 21H") pousse enfin à trouver une solution dans l'urgence. Hop ! Fat Beavers va chercher sa batterie et un ampli. Re-hop ! The Helltons prêteront un ampli. De petits amplis riquiqui. Mais ça suffira. Après tout, la cave du Chiquito, c'est pas Bercy, hein ! The Helltons attaque enfin cette soirée placée sous le signe du punk rock endiablé. Les jeunes bordelais œuvrent dans un pop-punk typé 90's (Riverdales, Teen Idols, Queers) ou revival 90's (Teenage Bottle Rocket, The Methadones, Copyrights). Le son est véritablement cracra, la sono peine à calibrer les voix, mais c'est pas grave, le groupe donne tout, et ça passe comme une lettre à La Poste (un jour où elle n'est pas en grève). C'est dynamique, fun et terriblement accrocheur. Avec The Helltons, on tient nos Teenage Bottlerocket français ! Youpi !
A peine le temps de boire une mousse que Fat Beavers, en version quatuor ce soir du fait d'un bras plâtré pour le guitariste-chanteur, balance son punk rock frénétique, un brin chaotique (bon, ok, parfois complètement chaotique), joliment empressé et mais toujours tonique. Au bout de quelques morceaux, on apprend que Dear Landlord vient à peine d'arriver. Il est 21h30, Fat Beavers en joue une dernière pour le principe, mais il laisse immédiatement, beau joueur qu'il est, sa place aux Ricains. Pas le temps de décharger le matos du van, encore moins celui de tergiverser sur les amplis ou la batterie, le quatuor de No Idea se place sur la scène (hum… hum…) du Chiquito et envoie son punk rock endiablé en moins de temps qu'il n'en faut pour monter prendre une bière.

Ce qui suit est une tempête. Que dis-je un raz de marée punk qui, malgré les incidents de sono, les micros qui larsènent et la basse qui joue au chat et à la souris avec le technicien son, sera inoubliable. Et qui soulève cette ancestrale question dans nos esprits de Français : "Mais comment vont les Ricains pour avoir ce son si incroyable et cette énergie démesurée avec un matos aussi limité ?" Peu importe la manière, seul compte le résultat. Le set d'une demi-heure de Dear Landlord réjouira ceux qui s'étaient déplacé (une quarantaine de personnes), tant il fût intense, chaleureux et d'un tonus irréel. Parfois, certaines situations perdues d'avance se transforment en moment d'allégresse. Et le mini rappel inespéré ("Wiskey And Records", il me semble) qu'on permet au groupe donnera lieu d'une jubilation supplémentaire. Voilà pourquoi j'aime les concerts dans les rades. Pour ces moments là. — Frank Frejnik








