Parce que oui, il faut bien parler de punk rock dans le cas de NoMeansNo. Je sais qu'au début où le nom du groupe a été colporté en France, on a tôt fait de lui accoler le terme "jazzcore" (sans doute parce qu'il était signé à l'époque sur Alternative Tentacles et que sa musique était beaucoup plus technique que la moyenne), mais en vrai, cette appellation aura plutôt desservie NoMeansNo. Le trio joue bien du punk rock. Progressif, si tu veux, le punk rock. Encore qu'en ces temps où le progressif est perceptible dans l'émo, le metal et le hardcore, le terme ne correspond pas plus. Punk rock, donc. Punk rock dans le premier sens du terme, c'est à dire original, personnel, vibrant, énergique. Il suffit d'ailleurs de se rendre à un concert de NMN pour s'en rendre compte. On ne croise pas de jazzeux. Ni d'émokids. Pas plus que de metalcoreux et de metalleux. On est en famille dans un concert des Canadiens. On porte des t-shirts All, Capital Punishment, Victims Family, DOA… des modèles vintage, pas des neufs, du chandaille qui a vécu ! Et tout cette fratrie fait la fête. Ça sourit dans le fosse et sur la scène. Ça se bouscule gaiement dans le pogo. Ça slamme joyeusement. Y'a même un type qui a jeté le contenu de sa pinte dès le premier morceau. A 7,50 euros le verre, ça donne une idée de la joie du gars ! "Old", "The Valley Of The Blind", "Slave", "All Lies"… défilent dans une débauche d'énergie. Rob Wright est toujours ce tueur à la basse. Son frère, John, est aussi une sommité en matière de tempo tordus. Et Holliston, qu'on attendait pas trop ce soir, tricote ses accords pour rendre le groove tonique des frangins plus accrocheur encore. "The Hawk Killed the Punk", "Faceless May", "Body Bag", "Till I Die" poursuivent une playlist placée sous le signe du best of de plus de 25 ans de carrière. Le public est remonté à bloc. On a à faire à des connaisseurs. Des fans. Des inconditionnels. Qui en demandent toujours plus. Dès que le groupe sort de scène, on sait qu'il va revenir. C'est obligé devant la clameur qui gronde dans le Glazart. On dit le public parisien silencieux et blasé. NoMeansNo ne dira jamais ça. Car il reviendra par deux fois. D'abord pour un "It's Catching Up" aussi furieux qu'extraordinaire, ensuite pour "Now" particulièrement ensorcelant. Et ça avec humilité, respect, humour et décontraction. Pfff… on connaît des musiciens qui n'ont pas le dixième du talent de NoMeansNo et qui se prennent déjà pour des révolutionnaires de la pop music. Rob Wright, John Wright et Tom Holliston doivent être sacralisés ! Et comme le dit un de leur t-shirt : "Old is the new young !"
Arg. Je m'emballe, je m'emballe… et j'oublie complètement de parler de la première partie, Invasives, un groupe de Vancouver choisi par NoMeansNo pour sa tournée européenne. Très proche musicalement de NoMeansNo, avec des intonations indie façon Fugazi ou Helmet, ce trio assurera une entrée en matière particulièrement relevée, réussissant même à remporter un joli succès auprès du public. Comme quoi, le public parisien quand on lui présente de bons groupes, il sait s'enflammer. Invasives est un groupe à suivre. — Frank Frejnik

Le 19/05/2010, Glazart, Paris
La question qu'on se pose toujours à un concert de NoMeansNo, c'est : "Mais ils ont quel âge ces gars-là ? Ils avaient déjà l'air vieux la première fois que je les ai vu !". Pourtant, une fois de plus avec ce concert parisien, la question ne se pose plus. Les frangins Wright et leur acolyte Tom Holliston pourraient effectivement être ton grand-père, ton père et ton oncle, leur punk rock reste toujours aussi démentiel.







