Pour assurer sa fréquentation, le Grand Souk fait appel à des blases qui parlent au grand public, comme Olivia Ruiz ou Coeur de Pirate. Ce qui veut dire pour des gens comme nous (et, je l'espère, comme vous) : encore plus de temps à passer à la buvette à recycler verre en plastique recyclable sur verre en plastique recyclable. Quand on en vient à parler d'écologie, laissez faire les connaisseurs. La brigade verte est en action : il ne restera pas un verre qui ne sera pas dignement recyclé.
Le petit événement de la soirée, c'était le come-back de Chokebore. Séance de rattrapage obligatoire pour celles et ceux qui n'avaient pas pu se rendre à la Maroquinerie en février dernier, le groupe s'étant fait un peu discret sur les affiches des rendez-vous de l'été. Outre cette date, ils devaient juste passer au Rock Dans Tous Ses Etats à Evreux, au Mix Up Festival à Creil, au Rockorama Festival à Toulon et au festival de Dour.
Dans les années 90, Chokebore était hautement apprécié aussi bien au sein de la scène hardcore que de la scène indie pop, sorte de groupe proto-"grunge" qui ne se serait jamais départi de sa crédibilité underground.
Les trois premiers albums du groupe formé à Honolulu (Hawaï) sont sortis sur Amphetamine Reptile, label américain plutôt radical, qui, à la même époque, sortait Helmet, Today Is The Day, Boss Hog, Unsane ou les Melvins. L'ex US-Marine qui tenait la boutique n'était pas précisément à-côté de la plaque quand il s'agissait d'avoir du flair.
Autant dire que Chokebore a été un groupe totalement influent, qu'il a marqué plus d'un spectateur et qu'il est probable qu'il ait même donné à plus d'un musicien l'envie de créer son propre groupe.

C'est avec une authentique simplicité que Chokebore remonte sur scène aujourd'hui, sans jouer de ce côté "retour d'une ancienne légende" que certains n'auraient pas hésité à utiliser comme un argument marketing.
Dans le public, pas mal d'anciens fans, fatalement conquis d'avance, dont beaucoup d'activistes, de Some Produkt à Derrière l'Usine, des vétérans du festival de Fontenay-le-Comte aux anciens habitués du Jimmy bordelais...
Alors okay, les membres du groupe ont pris leur inévitable coup de vieux, il n'y avait pas ces petites lunettes, ces calvities et ces cheveux blancs lors du Clusterfuck Tour en 1994 (!), le chanteur Troy ne fait plus d'acrobatiques pirouettes, mais les chansons sont toujours là, avec ces montées torturées qui finissent dans des explosions de cymbales et de distorsions.
Un set complet taillé sur mesure pour voyager dans le temps, sur la trace des albums Anything Near Water (avec "Thin As Clouds"), un peu de Black Black ("Alaska", "You Are The Sunshine Of My Life"), un peu de It's A Miracle ("Geneva", "Little Dream", "Police"), et beaucoup de A Taste For Bitters ("One Easy Pieces", "Days of Nothing", "It Could Ruin Your Day”, "A Taste For Bitters"...). On a aussi bien cru deviner une ou deux nouvelles chansons. Le groupe vient juste de passer quelques jours en studio, et a annoncé la sortie d'un nouvel EP à la rentrée.
Le groupe a joué, sourire au lèvre, jusqu'à la limite accordée par l'horloge, puis Troy a fini le show par la même invitation qui lui servait à prendre congé de la scène lors de la première tournée de Chokebore sur le continent : "le concert est fini, allons boire quelques bières ensemble et devenir amis !". — Guillaume Gwardeath










