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Posté le Jeudi, 28 Juillet 2011

Neurosis + Amen

Le 23/07/2011 à La Machine (Paris)
De mémoire de fan, ça faisait depuis 1999 que Neurosis n'avait pas foulé les planches d'une salle parisienne. Douze ans ! Waouh. Méchant coup de vieux pour ceux qui étaient au Club Dunois. Déjà, à l'époque, les prestations du gang post-metal-tribal de San Francisco déchaînaient les passions, imaginez aujourd'hui, une décennie plus tard. Pas étonnant que La Machine (ex-Loco) affichait complet depuis plusieurs semaines.


Aux retrouvailles avec le groupe, on ajoutera celles avec la salle parisienne. L'ancienne Locomotive, aujourd'hui patrimoine du Moulin Rouge d'à côté, n'a changé que de nom. Si on excepte deux ou trois murs repeints en rouge, quelques frou-frous décorant les bars, La Machine est comme La Loco. Même le prix de canette de Kro n'a pas changé, toujours 5 €. Rien n'a été amélioré pour plus visibilité ou de confort du public. Si tu veux voir quelque chose du concert, il faut impérativement plonger dans le fosse, se trouver une place correcte et ne plus en bouger. Pas de pipi, pas de glou-glou. Si tu veux voir quelque chose, c'est à dire au moins un musicien en entier avec son instrument, tu ne bougeras pas. Tant pis pour ceux qui resteront sur les marches d'escalier (un bonne place néanmoins, on est souvent bousculé mais on voit) ou en haut des marches (mesurer au moins 1,90 m pour espérer voir la scène). Comme le concert de Neurosis et AmenRa affiche complet, autant dire qu'il faut jouer des coudes pour espérer voir en plus d'entendre.

AmenRa ouvre la soirée. Lancinant, rythmique, répétitif, sombre, bruyant, voix noyée dans un mur de saturation, jeu de scène sobre mais prenant. Le son de façade est impressionnant, impénétrable (ça change de celui du Rocher de Malakoff où les Belges ont donné, il me semble, leur dernier concert "parisien"), fracassant. Le groupe évolue dans une pénombre contrôlée, sous le faisceau d'un projecteur qui diffuse des images énigmatiques, mais dont le contenu renforce la qualité oppressante de la musique. Les musiciens sont concentrés et habités, et Colin, le chanteur, se révèle le plus possédé de tous, comme en transe sur la rythmique hypnotique et répétitive de ses camarades. Quarante minutes d'un set qui s'apparente à la bande-son de votre dernier cauchemar, celui où vous vous êtes réveillé en sueur et le cœur emballé. Belle (?) mise en bouche.

Si pour certains, c'était le concert de l'année avant même qu'il ait été donné, la prestation de Neurosis aura au moins démontré que tous les groupes ne perdent de leur intensité en vieillissant. Dès l'intro de "Locust Star", le son est gigantesque, prenant et oppressant. Assourdissant. Celui d'AmenRa était conséquent, celui des Américains est fracassant. On passe du post-hardcore à post-apocalyptique ! Les portes des Enfers s'ouvrent. Celles de notre conscience aussi, désormais entièrement acquise aux vibrations de Neurosis. Encore vaudrait-il mieux parler de secousses tant la musique des Américains est un tumulte sonore et sonique. Scott Kelly et Steve Von Till, les guitaristes-chanteurs, ont une présence magnétique, leurs postures et  gestuelles hypnotisent la foule. Leurs voix résonnent comme des incantations dont on ne jamais si on sont maléfiques ou positives. "End Of The Harvest", "At The Well" et "Water Is Not Enough" s'enchaînent dans un recueillement quasiment religieux. Seul Steve et Scott se permettent d'hurler, de gueuler et de rugir. Brrr… ces râles font  froid dans le dos. On y perçoit une colère abyssale. Sur "A Season In The Sky", les murs de La Machine tremblent. Ont-ils été aussi malmené depuis qu'ils sont rouges ? Pas sûr. "Belief" et "At The End Of The Road" continuent de labourer les crânes et frémir les murs. Malgré le tempérament lent des morceaux de Neurosis, il s'en échappe un déchaînement terrible, un fracas sonore qui fait courber l'échine. Un frisson parcours le corps. Tremblement, peur, excitation, folie, trouble, tout se mélangent. Avec "Killing Elk", l'agitation croît. Démesurément.

Rares sont les groupes qui parviennent à instaurer une ambiance qui décuple au fur et à mesure du set. C'était déjà le cas en 1999. Alors imaginez en 2011 avec douze années de concerts/tournées dans les papattes. La force de frappe de Neurosis est incroyable. Il n'existe pas beaucoup de groupes hardcore, metal, post-hardcore, new metal ou ce que tu veux qui l'égale. Aucune étiquette ne convient véritablement à la musique de Neurosis. Neurosis fait du Neurosis. Point à la ligne. Cependant, on aura eu le loisir à mesure que le concert se déroulait et que la setist passait en revue les différentes époques du groupe, que la musique du groupe a beau avoir une dimension unique, elle a clairement influencé le metal moderne, le post-hardcore, sludge metal, l'ambiant sombre et toutes les musiques dites extrêmes de cette dernière décennie. Vous qui êtes restez dehors ce samedi 23 juillet 2011, espérons que vous n'aurez pas à attendre dix ans pour (re)vivre ça ! — José Maria